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L’énigme du vol de nuit du Gardner Museum de Boston

Près de vingt-six ans plus tard, l’emplacement laissé intact d’une des toiles volées du Gardner Museum | FBI

Près de vingt-six ans plus tard, l’emplacement laissé intact d’une des toiles volées du Gardner Museum | FBI

Des Rembrandt, un Vermeer, un Manet… Un quart de siècle après ce vol sans effraction de chefs-d’œuvre, le FBI n’a retrouvé ni les tableaux ni les voleurs.

Il s’agit du plus grand vol jamais perpétré dans un musée américain. Le 18 mars 1990, au petit matin, deux hommes entrent sans effraction en simulant une intervention de la police, dans le Gardner Museum, de Boston. Ils prennent le temps de décrocher des toiles, d’enlever quelques objets, avant de repartir comme ils étaient venus, par la porte. Depuis plus rien… ou presque.

Un quart de siècle plus tard, le vol de treize œuvres d’art, dont des Rembrandt, un Vermeer, un Manet, reste une énigme. Les déclarations péremptoires du FBI (police fédérale américaine) et les spéculations les plus farfelues continuent d’alimenter la presse locale mais les voleurs et les œuvres restent introuvables.

Au chat et à la souris

Régulièrement des informations viennent entretenir le mystère. En août 2015, le FBI a diffusé pour la toute première fois quelques minutes d’une vidéo provenant d’une caméra de surveillance. Ce qu’on voit sur les images? Rien de très spectaculaire: un des gardes de sécurité répond à ce qui semble être un appel provenant d’une porte, ouvre et laisse un homme entrer. Ce dernier repart un peu plus tard à bord d’une voiture.

Le plus étrange dans ces images est que la scène dévoilée se déroule le 17 mars, soit une journée avant la date du vol, jour de la Saint-Patrick, la fête nationale irlandaise fériée à Boston. Le FBI n’a même pas expliqué pourquoi il a diffusé la vidéo…

Cela va bientôt faire vingt-six ans que la police fédérale américaine recherche en vain les tableaux et les voleurs. De nombreuses pistes ont été suivies sans succès. La police et les malfrats semblent parfois jouer au chat et à la souris. Une rançon de 5 millions de dollars a été offerte. Sans résultat.

Lettre anonyme

On sait que le jour du vol, deux hommes déguisés en policiers sont entrés par la porte du musée, ont enfermé les deux gardes et pris calmement les treize toiles de maîtres et objets d’art, débranchant au passage l’alarme. En tout, ils resteront quatre-vingt-une minutes sur place, avant de repartir tranquillement par la porte, avec un butin estimé, aujourd’hui, entre 200 et 300 millions de dollars.

Les enquêteurs ont pu reconstituer leurs déplacements à l’intérieur du musée. Les deux voleurs ont pris leur temps

Ce vol sans précédent a été préparé minutieusement, comme en témoignent la date choisie, les déguisements, la connaissance des lieux et des insuffisances du système de sécurité. Les enquêteurs ont pu reconstituer le déplacement des voleurs à l’intérieur du musée grâce aux détecteurs de mouvement. Les deux voleurs ont pris leur temps. Ils se sont séparés pour visiter les salles d’exposition, sont retournés au bureau de la sécurité, sont descendus deux fois voir les deux gardes enfermés au sous-sol.

Avant de quitter le bâtiment, ils ont aussi pris le temps de retirer la bande vidéo qui avait capturé leurs images dans le musée. Ils ont également arraché l’équipement de détection de mouvement qui était relié à l’ordinateur, sans toutefois réaliser que les informations étaient aussi enregistrées sur le disque dur de l’ordinateur.

L’enquête a pris de nombreux détours inattendus voire rocambolesques. En avril 1994, le musée a reçu une lettre anonyme proposant l’échange des treize objets d’art contre 2,6 millions de dollars et l’immunité totale pour les voleurs. Les autorités devaient répondre via un code secret dans le journal de la ville, le Boston Globe, à la rubrique des taux de change de la lire italienne. Une deuxième lettre anonyme, une semaine plus tard, avertissait que le processus serait lent pour préserver la confidentialité… Puis plus rien.

En 1997, un journaliste a été emmené dans un entrepôt où son informateur lui aurait montré ce qui semblait être une des œuvres volées, authentifiée par une signature; le tout s’est déroulé en moins de deux minutes. Les négociations qui ont suivi avec l’informateur n’ont jamais abouti: ni arrestation, ni retour des œuvres.

Prescription

Au fil des années, diverses théories sont apparues, plus farfelues les unes que les autres. Les cambrioleurs seraient des hommes de main de la mafia ou de la pègre locale de Boston, dont la plupart seraient désormais morts. Il s’agirait d’un voleur spécialisé dans les œuvres d’art déjà en prison au moment des faits, ou d’une opération de l’Armée de libération irlandaise. On a évoqué également des gangsters corses, des émissaires du Vatican, des émirs collectionneurs du Moyen-Orient…

En 2013, le FBI a tenté de redorer son blason et a affirmé publiquement connaître les identités de ceux qui se cachaient derrière le vol, assurant qu’ils étaient morts… mais pour autant n’a jamais révélé leurs noms. Deux ans plus tard, en 2015, le FBI déclarait que des truands locaux étaient derrière le vol.

Après toutes ces années, les voleurs ne peuvent de toute façon plus être poursuivis, délais de prescription oblige. Le procureur de Boston a confirmé qu’aucune poursuite ne peut être engagée si les toiles sont rendues en bon état.

On a évoqué des gangsters corses, des émissaires du Vatican, des émirs collectionneurs du Moyen-Orient...

Il y a peut-être une lueur d’espoir. Au début de l’année 2016, un suspect, depuis longtemps soupçonné d’être lié au larcin et emprisonné depuis les années 1990, a vu sa sentence réduite discrètement par les autorités, sans qu’elles donnent la moindre explication.

Jamais réapparues

Cela permettra peut-être d’obtenir des réponses à de nombreuses questions sur les choix des voleurs. Certaines toiles dérobées sont des purs chefs-d’œuvre, comme Le Concert, de Vermeer ou le seul paysage connu de Rembrandt, Le Christ dans la tempête sur la mer de Galilée, ou encore le tableau de Manet Chez Torotini. Le reste des objets volés est plus hétéroclite, avec des croquis à l’encre ou encore un fanion en forme d’aigle datant de l’ère napoléonienne.

Les voleurs n’ont pas réussi à décrocher un grand autoportrait de Rembrandt et ont ignoré un dessin de Michelangelo qui était pourtant accroché à proximité. Plus étrange, ils ne sont jamais montés au troisième étage du musée, où se trouve peut-être la pièce la plus précieuse de sa collection, Le Viol d’ Europa, par Titien.

Les toiles volées ne sont jamais réapparues quelque part dans le monde. Elles n’ont jamais été proposées dans une vente publique ou chez un marchand quelconque. Et jusqu’à ce jour, le curieux musée Gardner de Boston n’offre à ses visiteurs que des cadres vides à la place des toiles et des emplacements déserts pour les objets manquants. Cela rend encore l’atmosphère plus étonnante de ce bâtiment construit au début du XXe siècle comme un palais vénitien pour abriter la collection d’une riche héritière, Isabella Gardner.

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