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Ils veulent faire couler François Hollande à tout prix

ALAIN JOCARD/AFP

ALAIN JOCARD/AFP

Tout se passe comme si, à gauche, tous le monde avait acté que le président sortant ne pourrait pas être candidat, ou entreprenait de l’en empêcher.

«Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir!!!» chantait naguère Johnny Hallyday. C’est ainsi que l’on peut caractériser la situation de François Hollande. Tout se passe comme si, à gauche, tous les acteurs disposant d’une visibilité médiatique quelconque, donc d’une ambition présidentielle, avaient soit acté que le président ne pourrait pas être candidat (faute d’avoir inversé la courbe du chômage), soit entrepris de l’en empêcher. Dans la première catégorie se trouve sans doute le Premier ministre. Dans la seconde, un front épars qui va de Martine Aubry à Jean-Luc Mélenchon en passant par Cécile Duflot, Anne Hidalgo et Arnaud Montebourg. La liste n’est pas limitative: il s’agit de tous ceux qui poussent à une primaire à gauche dont le premier effet serait d’humilier le président sortant, s’il devait y être contraint.

François Hollande fait face à une situation inédite: l’hostilité d’une partie de son groupe parlementaire (élu en principe pour le soutenir), celle de l’Hôtel de ville de Paris et la distanciation croissante de l’Hôtel Matignon. Sans oublier les syndicats, pour la plupart faibles et hostiles, alors que lui-même se veut l’apôtre du dialogue social.

Cerise sur le gâteau: la diatribe de Martine Aubry, celle qui n’a pas eu le courage d’affronter elle-même Marine Le Pen aux régionales, mais qui trouve celui de «poignarder dans le dos» le président, selon l’expression de Jack Lang. Ce dernier et Emmanuel Macron ont d’ailleurs été les seuls à monter en défense: cette rareté illustre l’extrême solitude du chef de l’État.

Au-delà du jeu des egos, des postures et des tactiques (c’est l’excès de tactiques qui a perdu Dominique de Villepin...) y a-t-il, comme l’énonce Manuel Valls, deux gauches irréconciliables? Face à un gouvernement qui veut assumer (timidement) son social-réformisme ou son social-libéralisme, il y a une partie du PS qui ne se trouve à l’aise que dans l’opposition, ne serait-ce que parce que cette partie-là considère qu’il faut déjà regarder au-delà de 2017. Mais il y a là des positions et des attitudes qui ressemblent à s’y méprendre à celles du parti communiste des années 1980-1990, une vision de la société qui a conduit ce parti à n’être plus que l’ombre de lui-même.

La querelle sur la réforme du Code du travail en est une nouvelle illustration: le statu quo présenté comme un rempart contre un texte qui, globalement, malgré ses imperfections, accepte de considérer que le chômage de masse ne peut être vaincu que si l’on encourage les créations d’emploi privés. C’est la défense des «insiders» contre les vrais chômeurs, c’est-à-dire la continuation d’un consensus national qui a produit un immense désastre social. Mais, pour une partie du PS comme pour le PC et l’extrême gauche, il doit être inscrit dans le marbre que les entreprises, donc les patrons, sont l’ennemi! Le procès fait à François Hollande et son gouvernement va aussi au-delà puisque sont dénoncés pêle-mêle, outre ce qui serait une dérive libérale, des tournants «sécuritaires et identitaires». Bref, il est temps de retourner vite fait dans le confort de l’opposition. Il est urgent de suivre la voie paisible et rassurante du déclin…(situation qui n’est pas sans rappeler le choix de Jeremy Corbyn à la tête du parti travailliste ou encore le succès de Syriza en Grèce et le score de Podemos en Espagne, lequel bloque l’arrivée au gouvernement des socialistes).

Dans ce contexte, le président n’a guère d’autre choix que de tenir bon, même si la réforme doit et peut être amendée; faire savoir ce qu’il a fait. On s’apercevra alors que les mesures «de gauche» ne manquent pas, de l’alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail jusqu’à la révolution que peut être le compte personnel d’activité, en passant par le tiers payant généralisé…Et faire savoir ce qu’il fait (à la condition d’être relayé et soutenu) au nom de la lutte contre le chômage qui, vraisemblablement, profitera à son successeur.

Mais nous sommes à moins d’un an et demi de l’échéance présidentielle. Et malgré le fait que l’on ne voit pas, pour le moment, où se trouve le passage (le trou de souris est devenu le chas d’une aiguille) rappelons-nous qu'il n’y a pas si longtemps nous vivions avec quatre certitudes: les États-Unis n’auront jamais Ben Laden; DSK sera président de la République; le Japon est le pays le mieux armé pour affronter une catastrophe nucléaire; la rue arabe ne défera jamais un tyran. Mieux vaut donc garder une part pour l’incertitude. D’autant que, dans quelques semaines, sera vraiment lancée la bataille pour la primaire à droite, laquelle, selon son plus ou moins bon déroulement, peut modifier cette partie-là du paysage. Et plus nous approcherons de l’échéance présidentielle, plus celle-ci apparaîtra dans sa simplicité: les Français auront le choix entre trois offres. L’une de repli xénophobe, incarnée par l’extrême droite; l’autre de réforme de l’État à travers une cure de libéralisme, incarnée par la droite de gouvernement; et la dernière, qui représentera une forme d’équilibre, plus sociale que libérale; le président apparaîtra alors, quoi qu’on en pense, comme le plus légitime pour la défendre.

On comprend donc que soit engagée aujourd’hui une course de vitesse: il faut, pour les adversaires de gauche de François Hollande, impérativement le couler avant que le nouveau paysage ne se mette en place…

 

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