Science & santé

Quand «le Créateur» s’invite dans un article scientifique publié par une revue en ligne

Repéré par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 04.03.2016 à 11 h 18

Repéré sur Nature

Il a tout de même fallu deux mois pour que l'alerte soit lancée.

The dudes / Chris Holt via Flickr CC License By

The dudes / Chris Holt via Flickr CC License By

La phrase est passée inaperçue pendant près de deux mois, jusqu’à ce qu’un chercheur ne la repère et donne l’alerte sur Twitter. Le site Nature raconte qu'un article publié en ligne dans la revue scientifique libre d’accès PLoS ONE le 5 janvier 2016 par des chercheurs de l’université de Wuhan (Chine) soutient que l’architecture de la main humaine et sa dextérité sont «le dessein du Créateur», et que la coordination des mouvements de la main est un indice qui pourrait nous mener vers le mystère de la création...

Cette mention d’un créateur avec un grand C ne peut qu’évoquer le dessein intelligent. Selon ce courant de pensée, certains faits peuvent être expliqués en ayant recours à l’hypothèse d’une création par un être intelligent, ce que la communauté scientifique rejette et assimile à une forme déguisée de créationnisme, autrement dit d’arguments religieux utilisés pour contrer la théorie de l’évolution.

Trois occurrences

C'est donc un tweet publié le 2 mars qui a servi de point de départ d’une vaste discussion au sein de la communauté scientifique. La controverse a même depuis ses petits hashtags attitrés: #handofgod («la main de Dieu») et #Creatorgate («le scandale du Créateur»).


La phrase incriminée –et toujours en ligne le 4 mars au matin– apparaissant dès l'«abstract», le résumé d’un paragraphe en tête d’article, il est surprenant qu’aucun des relecteurs ou des visiteurs du site ne l’ait repérée pendant les deux premiers mois de sa présence en ligne –ce qui rappelle qu’une bonne partie des articles scientifiques publiés de nos jours ne sont consultés par quasiment personne. L'erreur est d'autant plus accablante que le «Créateur» est mentionné trois fois dans le texte, souligne Wired.

Machine à cash

L'un des coauteurs chinois contacté par Nature explique qu'aucun de ses collègues ne maîtrise couramment l'anglais –langue de publication de l'article– et qu'ils n'étaient pas au courant des connotations liées au terme... Le 3 mars, les éditeurs de la revue ont publié un communiqué dans lequel ils reconnaissent que la procédure de relecture n’a pas fonctionné correctement et que le retrait de l’article est en cours.  

Même si ce loupé concerne un article sur les milliers publiés par la revue chaque année, le modèle de PLoS ONE est très discuté depuis son lancement en 2006. Contrairement aux revues académiques payantes, PLoS met en accès libre –modèle dit d'open access– sur Internet l’intégralité des publications. Cette démocratisation du savoir a un prix... pour les auteurs, qui payent pour voir leur article publié.

Un système de relecture par les pairs («peer review») est censé assurer qua les publications respectent une méthodologie scientifique rigoureuse. Si cette condition minimale est respectée, la décision de publier l’article est indépendante de la qualité des résultats: leur portée, leur impact ou leur nouveauté scientifiques n’entrent pas en compte dans le jugement des relecteurs. Conséquence, 70% des textes soumis à relecture par des auteurs sont acceptés et publiés. Un taux d'acceptation très élevé, que les scientifiques sceptiques sur le modèle PLoS ONE pensent lié au fait que le groupe d'édition PLOS soit devenu une «machine à cash».

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