Le monde entier a un vrai problème de culture du viol

Les victimes de viols sont pour beaucoup «en partie responsables» de ce qui leur arrive.  | Richard Potts via Flickr CC License by Creative Commons 2.0

Les victimes de viols sont pour beaucoup «en partie responsables» de ce qui leur arrive. | Richard Potts via Flickr CC License by Creative Commons 2.0

«Indécises, aguicheuses, irrationnelles». L'idée que les femmes victimes de viol ont une part de responsabilité dans les violences qu'elles subissent continue à exister dans la mentalité française. Mais aussi partout ailleurs.

«La responsabilité du violeur est atténuée si la victime a eu une attitude provocante en public (40%) ou si elle portait une tenue sexy (27%).» Le sondage publié par Mémoire Traumatique et Victimologie, le 2 mars 2016, a relancé un débat ancien, mais toujours d'actualité: la «responsabilité» de la victime dans un viol. 

1.001 personnes représentatives de la population française majeure ont été interrogées par internet. Et les résultats restent frappants. 

  • 76% des Français(e)s jugent que «dans la vie, de nombreux événements sont ressentis comme violents par les femmes alors qu’ils ne le sont pas par les hommes».

  • 42% des personnes interrogées estiment que les femmes sont moins rationnelles; 25% affirment qu'elles sont moins sûres de ce qu'elles veulent que les hommes. 

  • 19% sont convaincus que les femmes qui refusent d'avoir une relation sexuelle veulent en fait dire oui. Et 21% estiment que les femmes peuvent prendre du plaisir à être forcées. Un tiers des jeunes de 18 à 24 ans est d'accord avec cette affirmation.

  • Enfin, 24% estiment qu'une fellation ou qu'un acte de pénétration avec le doigt ne sont pas des viols. (Or, tout acte de pénétration est un viol.)

Une pensée globalisée

Si cette enquête est révélatrice d'un problème évident de culture du viol en France, nous ne sommes pas les seuls concernés. En février 2015, un sondage britannique mené par l'Office for National Statistics (ONS) nous apprenait que les victimes de viol «alcoolisées ou avec une attitude provocante sont fautives» pour plus d'un quart des sondés, rapportait The Telegraph.

Les adolescents et les personnes âgées de 55 à 59 ans exprimaient relativement moins de compassion que les autres avec les victimes de violences sexuelles qui avaient bu ou avaient eu un comportement s'apparentant au «flirt». 

Ainsi, 34% des jeunes âgés de 16 à 19 ans estimaient que l'alcoolisme de la victime la rendait «complètement, majoritairement ou un peu responsable» du viol subit. De même, 46% pensaient la même chose d'une femme ayant «flirté» avec son violeur.

En Australie, un sondage national mené par VicHealth, publié en 2014 et mené sur 17.500 personnes révélait qu'une Australien sur cinq affirmait que la femme est «en partie responsable» de son viol si elle est soûle. De même, un sur six soutient –comme les 19% en France– l'idée qu'une femme qui dit «non» à une relation sexuelle veut en fait dire «oui».

 

En Italie, un sondage mené en novembre 2015 par l'association We World Onlus en association avec Ipsos Italia mettait en lumière une tendance similaire. Pour 25% des Italiens interrogés et âgés de 18 à 29 ans, la violence sur les femmes est justifiée «par un excès d'amour ou par le désespoir des hommes». 32% des personnes de cette catégorie estimaient que «les épisodes de violence doivent être affrontés à la maison».

En Inde, rapportait le Washington Post en 2012, «la violence à l'encontre des femmes indiennes est répandue et a des racines profondes». Cette année-là, Mukesh Singh, l'un des six hommes impliqués dans un viol collectif a déclaré qu'une «femme est beaucoup plus responsable d'un viol qu'un homme [car] une femme décente ne se promène pas à 21 heures».

Enfin, un sondage daté de 2003 par quatre professeurs sur 800 élèves d'une université turque montrait que les femmes violées par leur compagnon étaient jugées «partiellement responsables» autant par les hommes que par les femmes. Les résultats étaient les mêmes dans le cas du récit d'un viol par un étranger qui contient des «mythes»: la femme est provocante et habillée de manière attirante.

Capture d'écran de l'étude menée en 2003 en Turquie sur 800 élèves d'université. 


En revanche, dans le cas de l'histoire d'un viol par un étranger mais dont le récit ne comporte pas de «mythes» -la femme est couverte, n'a pas d'attitude provocante- elle est jugée comme non responsable.

Dans tous les cas de figure, ni hommes ni femmes jugent que l'homme est «complètement responsable».

 

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