Partager cet article

Pile ou face, cartes, courte paille: la politique américaine est parfois un jeu de hasard

Dans les caucus et d'autres décisions politiques, on recourt souvent au hasard. | frankieleon via Flickr CC License by

Dans les caucus et d'autres décisions politiques, on recourt souvent au hasard. | frankieleon via Flickr CC License by

Cette année encore, les caucus pour l'investiture présidentielle sont le théâtre de tirages au sort. Une pratique très critiquée et considérée comme archaïque.

L'élection présidentielle américaine brasse des milliers de militants et des millions de dollars de dépenses de communication, mais elle peut parfois basculer, à la marge, sur un lancer de pièce, un tirage de carte à jouer ou à la courte paille. Les primaires 2016 en sont une nouvelle fois l'illustration: si certains États organisent des primaires «classiques» (où les résultats sont jugés au niveau de l'État, avec un grand nombre de votants), d’autres se compliquent la tâche en organisant des caucus, c’est-à-dire des votes, non pas à bulletin secret mais à main levée, dans des circonscriptions électorales limitées.

Un système de caucus qui relève, pour ses détracteurs, d’un anachronisme inquiétant, impliquant une organisation compliquée et une faible participation. Et qui suppose par ailleurs un petit nombre d'électeurs, et donc une plus grande probabilité d'atteindre une égalité parfaite entre les candidats.

Quand deux candidats atteignent le même nombre de voix, il est stipulé dans certains États que celui qui raflera la totalité des délégués dans la circonscription, ou un délégué supplémentaire, sera tiré à pile ou face. D'autres variantes existent: on peut tirer à la courte paille ou tirer une carte à jouer, la plus forte remportant le tirage au sort.

Par exemple, dans le Nebraska, où les Démocrates votent le 5 mars, il est écrit dans le manuel de caucus que «dans le cas où il se forme deux groupes de préférence de taille égale pour un nombre de délégués impair, un pile ou face déterminera l'attribution du dernier délégué», qui donnera alors l'avantage à l'un des deux candidats. Dans l'Iowa, le caucus qui ouvrait la saison des primaires, au moins une dizaine de tirages au sort à pile ou face entre Hillary Clinton et Bernie Sanders avaient été relevés par les médias locaux.

Six de trèfle contre cinq de pique

Le journaliste Edwin Lyngar raconte à Salon.com comment, le 20 février dans le Nevada, sa famille et lui ont été chargés de provoquer le hasard pour départager les candidats démocrates:

«Notre caucus s'est soldé par une égalité: Clinton et Sanders bénéficiaient de quatre délégués. Comme le veut la tradition dans le Nevada, le dernier délégué a été attribué en tirant une carte. Ma fille et ma femme étaient avec les supporters de Clinton, tandis que mon fils et moi étions avec ceux de Sanders. Mes deux enfants ont été sélectionnés pour tirer les cartes. Mon fils l'a emporté sur ma fille, avec un six de trèfle contre un cinq de pique, et le délégué a été attribué à Sanders.» 

Une issue favorable, donc, au candidat que Lyngar soutenait. Cela n'empêche pas le journaliste de se montrer perplexe vis-à-vis de pratiques jugées «plus en adéquation avec l'époque du Far West qu'avec l'époque moderne».

Le Daily Titan, journal de l'université de Fullerton en Californie, dénonce lui aussi le manque de sérieux d'un tirage au sort pour un enjeu de cette importance: 

«Le système de tirage au sort utilisé dans plusieurs États est globalement inapproprié à notre époque: il devrait y avoir une modernisation de la méthode d'attribution des délégués.»

En revanche, le sénateur du Nevada Harry Reid, ancien leader de la majorité démocrate au Sénat, jugeait il y a deux semaines que la pratique du tirage au sort de cartes lors des primaires de son État ne posait pas de problème démocratique: «Nous pourrions avoir des combats à mains nues», avait-il ironisé. «Je pense qu'un lancer à pile ou face ou un tirage au sort de cartes est une pratique OK, surtout dans le Nevada», l'État où se trouve Las Vegas, la capitale du jeu.

Un siège tiré à la courte paille

Cette pratique américaine du tirage au sort ne s'arrête pas aux caucus pour l'investiture présidentielle. Le 20 novembre 2015, le hasard a ainsi été invoqué afin de départager le démocrate Bo Eaton du républicain Mark Tullos, en lice pour un siège à la Chambre des représentants du Mississippi. Bo Eaton a eu le bonheur de tirer une paille plus longue que celle de son adversaire. Plus improbable encore: dans le comté de Daviess (Kentucky), en 2012, c'est à pile ou face que s'est déterminée l'autorisation de vente d'alcool dans la circonscription de Graham, les partisans et les opposants de cette mesure étant à égalité 21 voix partout. Les opposants à ce commerce ont gagné, et le commerce d'alcool est dorénavant interdit dans ce quartier.  

En France, en revanche, les amateurs de tirage au sort en politique seront déçus: en cas d'égalité parfaite lors d'une élection, la loi attribue la victoire au candidat le plus âgé ou à la liste à la moyenne d'âge la plus élevée.

Retrouvez ici tous les articles de notre dossier «Questions de chance».

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte