Life

Plus besoin de tuer des souris pour savoir si les huîtres sont bonnes

Jean-Yves Nau, mis à jour le 02.01.2010 à 11 h 56

Une nouvelle technique de sécurité sanitaire des mollusques marins va voir le jour.

Olivier Laban, président de la section régionale conchylicole d'Arcachon a annoncé vendredi 1er janvier  que le ministère français de l'Agriculture a mis fin au «test souris», très contesté par les professionnels et son remplacement, très attendu, par un test chimique. M. Laban a déclaré avoir été informé par courrier de cette nouvelle applicable sur l'ensemble du littoral français depuis le 1er janvier  2010. «C'est une énorme nouvelle, je suis ravi car enfin des promesses d'un politique sont tenues,  s'est félicité M. Laban. Il y a longtemps que toute la profession attendait cela.»

Nous republions ci-dessous le texte, daté du 11 octobre, que Slate.fr avait consacré à cette question sanitaire, économique et conchylicole.

Quand la science vient au secours des ostréiculteurs. Depuis plusieurs années ces derniers dénonçaient, avec une vigueur croissante, la fiabilité du test sanitaire (dit «test de la souris») officiellement mis en œuvre pour autoriser les huîtres à la consommation. Or ce test devrait bientôt être remplacé par un autre, plus sophistiqué et moins cruel. Il est, pour l'heure, simplement qualifié de «chimique». L'information vient d'être donnée par  Marc Mortureux, directeur général de l'Agence française pour la sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Le futur test destiné à vérifier la qualité sanitaire des huîtres est selon lui dans les dernières étapes de sa validation scientifique avec les essais  menés dans les laboratoires spécialisés de l'Afssa et de l'Ifremer.

«Le test chimique est à portée de main» assure M. Mortureux  prenant toutefois soin de rappeler que la décision d'utiliser un autre test que celui «de la souris» reviendrait in fine à la Commission européenne. «C'est l'Europe qui décidera, mais lorsque sa décision sera rendue effective, nous serons prêt», a encore ajouté M. Mortueux, évoquant la perspective du premier  semestre 2010.

Les tests sanitaires effectués sur des souris de laboratoire sont depuis des années au centre de controverses récurrentes et parfois violentes. Les producteurs d'huîtres mettent en cause sa fiabilité et les conséquences économiques désastreuses que ses résultats peuvent avoir dans les milieux de l'ostréiculture. La controverse a été particulièrement vive au cours de l'été 2009 sur le bassin d'Arcachon où les résultats de ces tests ont été à l'origine de sept périodes successives d'interdiction de commercialisation des huîtres ou des moules. Cette situation conflictuelle a poussé parfois des professionnels exaspérés à violer les interdictions préfectorales de consommation de ces produits de la mer.

Sur le fond, la question soulevée était bien celle  de la valeur de la réglementation toxicologique aujourd'hui en vigueur. Pour les ostréiculteurs  les tests mis en oeuvre à partir d'extraits d'huîtres injectés à des souris pour déterminer la présence ou non de produits toxiques pouvaient très fréquemment donner des résultats faussement positifs: ils désignaient comme potentiellement dangereuses des huîtres qui selon eux ne l'étaient nullement. Or la qualité de ces tests était validée par les scientifiques de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer).

Pour démontrer qu'ils avaient raison et que les scientifiques avaient tort les ostréiculteurs du bassin d'Arcachon en étaient venus  à consommer publiquement (et à offrir aux touristes) des huîtres officiellement déclarées interdites à la vente  sans que les consommateurs souffrent ensuite de problèmes de santé. Dès lors quelle valeur accorder à  la réglementation en vigueur?

En pratique le «test de la souris» vise à déterminer la présence ou l'absence de phycotoxines dans la chair des mollusques lamellibranches. Les phycotoxines sont des substances libérées par certaines espèces de micro-algues et qui, une fois consommées, peuvent avoir de redoutables conséquences sanitaires. Depuis que l'on a identifié la toxicité potentielle des huîtres à cause de ces substances, la liste des micro-algues dangereuses n'a cessé de s'allonger. «Les espèces toxiques (comme les espèces non toxiques) se disséminent rapidement entre les différents pays du monde, notamment par les eaux de ballast des navires, mais également du fait des échanges multiples de mollusques vivants entre différents pays ou régions», expliquait-on en 2006 auprès de l'Ifremer.

Les spécialistes distinguent, selon leurs conséquences pathologiques, quatre familles de phycotoxines: les «diarrhéiques», les «paralytiques», les »neurotoxines à action rapide» et les «amnésiantes» qui comme leur nom l'indique, provoquent de graves troubles neurologiques avec perte de mémoire. Les mesures et les seuils de toxicité  ont été  fixés par la réglementation européenne sur la base de recommandations d'experts (dont ceux de l'Ifremer).

En pratique trois types d'examens peuvent être effectués sur des souris. Le premier vise à identifier les toxines diarrhéiques: on mesure le temps de survie d'un échantillon de trois souris piquées avec un extrait d'hépato-pancréas des mollusques testés. Si au moins deux des trois souris meurent en moins de 24 heures, le test est considéré positif. Cette période était préalablement de 5 heures mais, en 2002, l'Union européenne avait décidé de la porter à 24 heures.

Un autre  test consiste à injecter à des souris 1 ml d'une solution acide extraite de la chair totale des coquillages. Le temps de survie est alors compté en minutes. Le troisième test est «une analyse chimique en chromatographie liquide à haute performance couplée à une détection par ultraviolets».  Si les tests sont positifs les coquillages sont considérés comme insalubres et la zone de production dont ils sont issus est fermée.

Trois questions furent alors publiquement soulevées en 2006 à l'occasion d'une nouvelle crise.  Pourquoi des huîtres testées positives pouvaient-elles apparemment être consommées sans risque? Pourquoi ne pas mener des études épidémiologiques chez les consommateurs? Pourquoi ne pas modifier la réglementation étant entendu qu'une protection «plus que maximale» des consommateurs pouvait avoir de graves conséquences économiques ?

Les responsables sanitaires indiquèrent alors qu'un  programme scientifique européen était en cours. Objectif: remplacer les tests sur les souris de laboratoire par des analyses chimiques hautement plus sensibles et fiables. Trois ans plus tard il semble que l'on devrait pouvoir, du moins si  Bruxelles en est d'accord, garantir que huîtres et moules peuvent être consommées sans danger tout en faisant l'économie du cruel recours aux petits rongeurs.

Jean-Yves Nau

Image de Une: Huîtres du bassin d'Arcachon Olivier Pon / Reuters

Jean-Yves Nau
Jean-Yves Nau (803 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte