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Si Trump gagne, c'est aussi parce qu'il est moins néolibéral que les autres Républicains

Donald Trump lors d'un meeting à Valdosta (Géorgie), le 29 février 2016. MARK WALLHEISER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Donald Trump lors d'un meeting à Valdosta (Géorgie), le 29 février 2016. MARK WALLHEISER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Largement vainqueur du Super Tuesday, le milliardaire affiche une rhétorique économique très différente de celle de Ted Cruz ou Marco Rubio.

Après ses victoires dans le New Hampshire, en Caroline du Sud et dans le Nevada, Donald Trump vient de remporter la majorité des primaires républicaines du Super Tuesday, mardi 1er mars: il s'impose en Géorgie, en Alabama, dans le Tennessee, dans le Massachusetts, la Virginie, le Vermont et l'Arkansas. Marco Rubio n'a remporté qu'un Etat, le Minnesota, alors que Ted Cruz a gagné au Texas, où il est sénateur, dans l'Etat voisin d'Oklahoma et dans l'Alaska.

Si le message du milliardaire new-yorkais porte autant par rapport à celui de ses rivaux, c'est que sa rhétorique populiste est beaucoup moins néolibérale que celle des autres candidats du parti. Dans son discours de victoire mardi soir, il a par exemple promis qu'il «ferait en sorte qu'Apple crée ses produits dans notre pays.» Evidemment, il n'a pas expliqué comment il s'y prendrait, mais ce genre de message protectionniste le rend populaire. Comme l'explique Matthew Yglesias dans Vox, «il gagne parce qu'il a compris que pour les électeurs conservateurs, le nationalisme est beaucoup plus important que les dogmes néolibéraux».

Contrairement aux candidats de l'establishement républicain traditionnel, Trump s'oppose aux coupes budgétaires qui diminueraient le montant des retraites et des assurances santé pour les pauvres et les personnes âgées (Medicare et Medicaid). En avril dernier, il avait accusé les Républicains de vouloir réduire les financements de ces programmes sociaux:

«Ce n'est pas juste pour les gens qui cotisent depuis des années, et tout d'un coup on veut tout couper.»

Contrairement aux Républicains, qui sont contre une assurance santé publique à l'européenne, Trump a par le passé soutenu ce genre de système (même si son programme actuel en la matière n'est pas clair). Il est aussi plus protectionniste que les autres candidats. Cet été, le magnat de l'immobilier avait annoncé qu'il empêcherait les entreprises américaines, comme Ford, de délocaliser leurs usines au Mexique.

Dans Slate.com, Reihan Salam avance une thèse similaire sur le succès de Trump:

«Alors que les conservateurs ont traditionnellement mis l'accent sur l'importance d'une limitation du rôle du gouvernement, la campagne de Trump tourne autour de la promesse d'un gouvernement fort qui résoudra tous les problèmes des États-Unis, à condition qu'il soit dirigé par Trump.»

Salam note que les candidats les plus proches de l'orthodoxie néolibérale, comme Scott Walker, le gouverneur qui a fortement réduit le pouvoir des syndicats dans le Wisconsin, ont vite arrêté leur campagne. Les derniers opposants de Trump,  Marco Rubio et Ted Cruz, défendent eux tous les deux des thèses reaganiennes sur une intervention minimale de l'Etat. Le problème, c'est que cette idéologie ne plait pas toujours aux classes populaires blanches qui votent républicain. Celles-ci préfèrent le populisme de Trump, qui a déclaré par exemple cet été qu'il voulait augmenter les impôts des managers de hedge funds, qui payent proportionnellement moins que des salariés.

«Depuis Nixon, les républicains ont remporté leurs victoires politiques grâce aux classes populaires blanches. Cette population s'est maintenant révoltée contre l'élite du parti.»

Avec sa rhétorique raciste, Trump sait aussi très bien jouer sur les peurs des blancs des classes moyennes et populaires envers les minorités et les immigrés. Ce cocktail de nationalisme et d'étatisme fonctionne pour l'instant beaucoup mieux que les messages anti-impôts de ses rivaux.

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