Monde

Obama, prix Nobel de la paix: pas si ridicule que ça

Temps de lecture : 3 min

D'accord. La cause est entendue. Tout est dit : ce prix Nobel de la paix attribué à Obama est au mieux excessif, au pire ridicule. Il n'a rien fait de concret qui le désigne à cet honneur, si ce n'est des discours (en particulier celui du Caire, vis-à-vis du monde musulman); des gestes symboliques, notamment vis-à-vis de la Russie (la non installation de systèmes antimissiles en Pologne et en République Tchèque); une main tendue à l'Iran et à la Corée du Nord, ces mêmes pays que Bush avait voués à l'enfer éternel en les rejetant dans l'axe du mal; des bonnes intentions enfin: le désarmement nucléaire, la participation des Etats-Unis à la lutte contre le réchauffement climatique.

Comme il ya des délits de faciès, il ya des prix de bonne gueule et c'est Obama qui l'a eu. Ca fait d'ailleurs un an que le monde entier (excepté beaucoup de ses compatriotes) le lui décerne. C'est ce qu'on appelle l'Obamania. C'est comme ça. Le pauvre Barack Obama, réveillé à 6 heures du matin, en a été le premier surpris et sans doute le plus embarrassé.

Au-delà de l'étonnement et des réactions épidermiques, somme toute, assez saines, de la plupart d'entre nous, deux choses devraient nous faire réfléchir :

D'abord, ce choix du Comité Nobel est, comme dans les tremblements de terre, la réplique de la joie qui, à travers le monde, a résonné lors de l'élection d'Obama et, a contrario, des sentiments de rejet, d'hostilité, voire de haine, que G.W. Bush, au fil dans années, a suscités à travers le monde. Son arrogance, son manichéisme, sa brutalité, son ignorance, son hubris et celle de son équipe n'ont pas seulement terni l'image de l'Amérique à travers le monde. Ils ont endommagé la perception de tout le monde occidental par une bonne partie de l'humanité, Europe comprise.

C'est pour cela que l'opposition déterminée de la France à l'invasion de l'Irak par Bush et Blair a été si méritoire, si courageuse et d'ailleurs si parfaitement en phase avec la majorité des opinions publiques. Cette position n'a pas été le reflet d'un quelconque antiaméricanisme hérité d'un gaullisme dévoyé et dépassé. Elle a été l'expression la plus claire du refus du monde vu par Bush et les néoconservateurs : celui de la croyance en l'utilisation de la force militaire comme seule réponse aux problèmes internationaux; le mépris des principes élémentaires de démocratie, de liberté et de justice, qui sont les fondements de la société américaine; l'arrogance et le mensonge, y compris à l'égard des Alliés.

Ne sous-estimons pas les dégâts causés par ces huit ans de présidence Bush pour la solution des problèmes actuels, en particulier le problème iranien, le conflit israélo-palestinien et la question de l'Afghanistan. A l'heure où Barack Obama est en butte à l'hostilité des ultraconservateurs américains à propos de la réforme du système de santé, au moment où sa volonté de dialogue, ses offres de paix et son ouverture au multilatéralisme sont interprétés par l'extrême droite américaine comme autant de signes de faiblesse et d'esprit munichois, eh bien il faut se réjouir de l'attribution de ce prix Nobel de la paix. Obama en a bien besoin.

Naturellement, il s'agit d'une ligne de crédit, pas d'un chèque en blanc. Cette reconnaissance avant l'heure lui donne des obligations et représente un défi immense, voire un handicap que ses adversaires vont utiliser à tout bout de champs mais sur lequel lui même et les Alliés de l'Amérique doivent aussi méditer.

Il doit d'abord avoir des résultats, et vite, au Proche- Orient, en Afghanistan, sur le désarmement nucléaire, en Iran, dans les relations avec la Russie et la Chine, sur le climat, etc... Mais le défi va bien au-delà. Il s'agit ni plus ni moins pour Obama , s'il veut vraiment être à la hauteur de ce Nobel de la paix, de reconnaitre que les Etats-Unis ne sont plus les maîtres du monde, qu'ils doivent partager les responsabilités, qu'ils ne peuvent plus tout se permettre (par exemple en continuant à laisser filer leur monnaie et se faire financer leurs déficits par le reste du monde tout en exigeant que le dollar soit la seule devise internationale), que le multilatéralisme implique des compromis, à commencer par le fait d'accepter que les Etats-Unis ne sont pas au dessus de l'ONU et de la loi internationale. Bref, il s'agit de réviser soixante ans de pratiques, de doctrine, de réflexes et de certitudes sur le rôle des Etats-Unis dans le monde et la légitimité de leur «leadership». Pas moins.

Nous Européens, avons un rôle important à jouer dans cette révision, en fait cette véritable révolution: en fournissant notre expérience de partage des souverainetés qui est à la base de la construction européenne et, plus encore, en mettant un terme à cinquante ans d'une politique commode qui consiste à dénoncer l'unilatéralisme américain tout en nous reposant sur leur leadership pour résoudre tous les problèmes. La France n'est pas si mal placée pour y aider.

Si, avec ce prix saugrenu, le Comité Nobel avait ouvert la voie à de telles avancées, cela vaudrait la peine, non?

G. Le Hardy

A lire également: Le Nobel des bonnes intentions, Obama est une icône pop, Comment son nominés les prix Nobel? et Et si Obama refusait le prix?

Image de Une: Barack Obama Jim Young / Reuters

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