L’algorithme de Netflix souffre aussi d’un manque de diversité

La couleur de peau des réalisateurs et des acteurs des films et séries que vous visionnez sur Netflix peut être un critère pour affiner les recommandations qui vous seront faites | Joanna Poe via Flickr CC License by

La couleur de peau des réalisateurs et des acteurs des films et séries que vous visionnez sur Netflix peut être un critère pour affiner les recommandations qui vous seront faites | Joanna Poe via Flickr CC License by

Les films et séries avec des acteurs noirs risquent d’être invisibles sur la plateforme Netflix.

La force et le succès de Netflix, le site de streaming de films et de séries accessible sur abonnement, résident dans son algorithme. Pas moins de 900 ingénieurs travaillent dessus pour améliorer le système de recommandation de contenus. Et ce petit système marche très bien: par exemple, si vous avez aimé regarder l’intégrale de la série Friends, le site vous conseillera ensuite de commencer The Big Bang Theory ou How I Met Your Mother, des sitcoms similaires et susceptibles de vous rendre tout aussi accros. De plus, le site contient sûrement le nombre de catégories le plus impressionnant des catalogues en ligne. En plus des films d’action et d’aventure ou des comédies, d’autres catégories «cachées» existent: films belges, films de basket, films expérimentaux, films gays et lesbiens, séries coréennes, séries pour ados…

Chacun de vos visionnages et de vos notes permettra ainsi au site de perfectionner les recommandations, mais pas seulement. Le Monde détaillait en 2014 le processus mis en place par le site. Après un temps de promotion de contenus, l’algorithme personnalise votre page de recommandations en fonction de vos visionnages. Vient ensuite la prédiction, améliorée grâce à «l’historique du profil enregistré, à la collecte passive des données (film ou série visionné, en entier ou non, pauses, utilisation du Replay, etc.), mais aussi avec les informations saisies (recherche, notation, etc.) et les caractéristiques des vidéos consultées, qui sont marquées dans la base de données avec des mots-clés (genre, acteurs, récompenses, éléments particuliers, etc.)».

Mais, derrière cet algorithme en apparence parfait se cache peut-être un lourd défaut. Sur MarieClaire.com, la journaliste April Joyner, elle-même grande utilisatrice de Netflix, explique que, «soudainement, un bon tiers des nouvelles recommandations de films comprenaient des acteurs noirs dans les premiers rôles. Une catégorie “film afro-américains” a même surgi dans [son] fil».

Entonnoir

Bien sûr, elle a supposé au début que ce choix algorithmique était la conséquence de son addiction pour la série Scandal (dont l’actrice principale est noire). Ou encore que les «films afro-américains» avaient aussi des étiquettes «thriller» ou «drame familial». Avant d’adopter un autre angle d’analyse:

«Je pourrais voir le fait que vous ne pouviez pas savoir tout ce que Netflix avait à offrir avant de montrer un intérêt spécifique pour des contenus “noirs”. Je pourrais aussi voir le fait que, pour le nouvel abonné, dont les préférences ne sont pas encore enregistrées ni traquées par Netflix, les films et les séries “noirs” sont, pour la plupart, cachés.»

Un ancien employé de Netflix, interrogé par la journaliste, lui a expliqué que «les algorithmes ont une capacité finement réglée pour reconnaître des modèles sociaux». Ainsi, en plus de la classification par genre, le contenu même des films peut aussi avoir des conséquences sur les recommandations: la journaliste explique que, si vous regardez des films avec des scènes lesbiennes, les suggestions afficheront d’autres films avec des scènes lesbiennes. C’est la même chose pour les films afro-américains ou tout simplement africains, la couleur de peau des réalisateurs et des acteurs pouvant être un critère au même titre que le genre du film ou de la série. Plutôt que d’élargir vos horizons culturels, le site risque donc bien souvent de les restreindre, comme un entonnoir. Un biais d’autant plus dommageable que, selon MarieClaire.com, le catalogue Netflix ne contient que très peu de contenus créés par des personnes de couleur.

«Il y a toujours une décision faite par un humain et donc un biais humain dans ces plateformes», explique Safiya Noble, qui étudie l’intersection entre la technologie et les biais culturels. De plus, les personnes de couleur et les femmes font partie des catégories de population les moins représentées de l’industrie technologique. Une économie qui reproduit donc les biais d’une autre industrie, bien réelle, celle du cinéma, comme l’a montré la polémique autour du manque de diversité aux Oscars.

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