Stephen Curry, le meilleur remède contre la nostalgie

Stephen Curry après son panier victorieux de la dernière minute contre le Oklahoma Thunder. J Pat Carter / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Stephen Curry après son panier victorieux de la dernière minute contre le Oklahoma Thunder. J Pat Carter / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Arrêtez de pleurer sur les exploits de Michael Jordan ou les années Larry Bird: le meneur des Golden State Warriors change en temps réel la manière de pratiquer le basket.

Mise à jour du 10 mai 2016: Stephen Curry a été désigné pour la deuxième année consécutive meilleur joueur de la saison NBA

J’aime beaucoup LeBron James, mais je peux comprendre que ce ne soit pas le cas de tout le monde. C’est le meilleur athlète de sa génération, le joueur le plus futé de la NBA et un coéquipier fantastique. Il est aussi gros et baraqué et il écrase les gens sur son passage. Il exagère les fautes et il chouine. Quitter Cleveland pour Miami n’était pas vraiment une trahison... mais c’était quand même un peu salaud.

Ou alors, pour le dire autrement: LeBron James est un être humain. Ce n'est pas Michael Jordan, qui a remporté tous les championnats qu’il était censé gagner. Ce n’est pas un joueur de basket sorti d’un livre pour enfants. Ce n’est pas un personnage de Space Jam (enfin, pas encore). C’est une vraie personne qui a fait un sacré paquet de trucs, une partie bien et une autre pas terrible.

Ça, c’est la voie normale vers le génie. Vous avez des fans, vous avez des gens qui vous détestent et la seule chose qui les rassemble tous, c’est quand ils se moquent de vos cheveux.

Pas normal

Stephen Curry n’est pas normal. Il vient juste de battre le record du nombre de paniers à trois points dans une seule saison, alors qu'il reste encore 24 matchs à disputer. Le record qu’il a battu, c’était le sien, qu’il avait établi l’année dernière. Dire qu’il est le meilleur shooteur de tous les temps ne rendrait même pas justice à ses capacités. Curry a un tel talent pour envoyer le ballon dans le panier que les autres basketteurs professionnels ont l'air pathétique à côté. Il ne joue pas dans la même cour que les autres en NBA. C’est un grand shooteur comme Einstein était un grand physicien.

C’est aussi un fantastique dribbleur, un passeur génial et en plus, il sait comment marquer tout près du panier. Et il est capable de tirer vraiment, vraiment très bien. Vous avez vu son panier de la victoire lors du match de samedi soir contre Oklahoma City? Venez, on le regarde encore une fois.


Seul Steph Curry était capable de tenter un truc pareil et d’y arriver, un tir à trois points en transition à plus de 11 mètres. Le ballon a trouvé le panier, évidemment. Curry a étreint ses coéquipiers, sauté de joie, crié et levé le bras droit en l’air, et c’était un grand moment pour tout le monde sauf pour les moustachus sur le banc des Thunder.

Steph Curry n’est pas un être humain. C’est un basketteur tout droit sorti d’un livre pour enfants. En 2009, à la toute fin de sa dernière saison universitaire, le journaliste Tommy Craggs le qualifiait de «tour de magie époustouflant dont tout le monde voit le truc». Aujourd’hui, chez les pros, contre des adversaires qui font disparaître les illusionnistes novices, le spectacle est de plus en plus impressionnant, improbable et joyeux. Les fans se pointent jusqu’à 90 minutes avant l’entre-deux juste pour le voir s'échauffer.

Deux soirs par semaine, il se démène au milieu du seul et unique échantillon d’humanité susceptible de faire passer un gros costaud de 27 ans pour un gamin fluet

Steph Curry a l’apparence d’un être humain. Il a des bras qui ont une taille de bras et des jambes qui ont une taille de jambes. Il pèse 86 kilos et mesure 1 mètre 90. Pour un homme, il est grand, mais pour un pro du basket, il est petit. Deux soirs par semaine, il se démène au milieu du seul et unique échantillon d’humanité susceptible de faire passer un gros costaud de 27 ans pour un gamin fluet. Il transforme le plus grand spectacle de monstres génétiques itinérants de tous les temps en match d'exhibition et nous, nous regardons les confettis voler.

Il n’y a rien qui ne soit pas aimable chez Steph Curry. C’est le joueur de la NBA auquel il est le plus facile de s’identifier, et le meilleur joueur d’une équipe au bilan de 53 victoires pour 5 défaites. Ses détracteurs sont de vieux grincheux comme le MVP 1964 Oscar Robertson, qui ronchonnent que, de leur temps, les matchs c’était autre chose, que les équipes avaient des centres, que les types savaient jouer en défense et que les joueurs s’entraînaient à affronter les rigueurs d’une longue saison en fumant comme des pompiers.

Vivre dans le présent

Les fans et les journalistes sportifs sont obsédés par la notion d'héritage. Avant qu’un joueur ne prenne sa retraite, nous réfléchissons à la manière dont nous allons penser à lui quand il la prendra. Nous comprenons les matchs d’aujourd’hui en les comparant aux statistiques d’hier.

Ça ne marche pas avec Curry. On n’a jamais vu personne comme lui, et on n’a jamais rien vu qui ressemblait à ça.

Les meilleurs sportifs sont ceux qui font le moins de bourdes. Au base-ball, les grands batteurs atteignent la base 4 fois sur 10. Les meilleurs shooteurs ne marquent que la moitié de leurs paniers. Tout le monde fait des erreurs, ce qui signifie que personne n’est inattaquable.

C’est comme ça que le sport a toujours fonctionné, mais ce n’est pas comme ça que joue Curry. Les basketteurs n’ont pas pour habitude de marquer au buzzer depuis le milieu du terrain. Ils ne marquent pas des paniers à trois points à 11 mètres.

Plus que les victoires à la chaîne et les jumpers à une distance impossible, voilà ce qui est le plus incroyable dans la saison de Curry: il a tué la nostalgie. Oubliez Larry Bird. Oubliez Oscar Robertson. Oubliez Michael Jordan—arrête de pleurer Michael, tu t’en sors toujours très bien. Stephen Curry est toujours plus sympa à regarder que n’importe quel autre joueur que le parquet ait jamais porté. Il change la manière de pratiquer ce sport, et il nous le montre en temps réel. Les fans de sport sont des obsédés du passé. Stephen Curry nous oblige à vivre dans le présent.

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