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«Elle est désireuse de vivre avec moi, d’aimer, mais a du mal à concrétiser»

Détail du tableau «“I Am Half-Sick of Shadows,” Said the Lady of Shalott» peint en 1915 par John William Waterhouse | via Wikimedia Commons (domaine public)

Détail du tableau «“I Am Half-Sick of Shadows,” Said the Lady of Shalott» peint en 1915 par John William Waterhouse | via Wikimedia Commons (domaine public)

Cette semaine, Lucile conseille Pascal, un homme de 40 ans amoureux mais frustré par le manque de présence de sa compagne.

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

C’est une histoire assez simple, qui s’est compliquée avec le temps. 

J’ai rencontré une femme et nous sommes littéralement tombés en amour, un coup de foudre comme on en vit rarement, je crois, dans une existence.

Nous avons tous les deux 40 ans et un beau vécu derrière nous. Mais c’est ainsi. La rencontre a été foudroyante. 

Pour ma part, j’avais l’impression d’avoir 17 ans à nouveau. Je tremblais à chaque fois que j’allais voir cette femme, j’avais des papillons dans le ventre, comme on dit. Et elle courait vers moi.

Nos deux vies respectives sont extrêmement remplies, par nos enfants d’abord (nous en avons un chacun de notre côté), et surtout par nos vies professionnelles très intenses. Je n’ai pas forcément envie de vivre aujourd’hui vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec elle, mais plus de partager des moments privilégiés. Et quand nous l’avons fait, elle parlait même d’osmose parfaite. 

Je me suis rendu compte au fil du temps que cette femme était très désireuse de faire avec moi, de vivre avec moi, d’aimer, mais avait plus de mal à concrétiser dans les actes.

Comme si le fantasme, ou l’idée de faire, lui convenait mieux que de faire, tout simplement.

Ce qui a provoqué chez moi d’immenses frustrations et déceptions. 

Cela a pu se traduire par des week-ends avortés parce qu’elle n’avait pas le temps, un problème familial à régler, ou parce qu’elle est épuisée par le travail. Idem pour des sorties plus anodines type ciné ou concert. 

Son credo, quelque part, c’est: j’en ai envie, mais...

Son credo, quelque part, c’est: j’en ai envie, mais...

 

J’ai fini par comprendre que son tempérament est de type passif-agressif: elle n’est absolument pas malveillante à mon égard et est capable, quand elle est vraiment là, d’élans d’amour incroyables. Mais elle n’est pas souvent là et c’est bien ça mon problème. J’ai l’impression qu’elle n’arrive pas à faire autrement, même si elle met son histoire personnelle au travail chez un psy, depuis des années, et ce, de façon intermittente. Son histoire: manque d’amour de sa maman à l’arrivée d’un petit frère, un père autoritaire, très puissant, et presque tyrannique, des histoires d’amour avant moi avec des hommes limite pervers, manipulateurs, parfois même violents physiquement. 

Je l’avoue, j’aime cette femme, je sais qu’elle m’aime. Et je ne sais quelle attitude je dois adopter. La quitter, et abandonner les moments de bonheur qu’elle me procure malgré la somme de frustrations, ou faire avec, faire preuve de patience et l’amener, très progressivement, à sortir de cet état. 

Vous le voyez, c’est compliqué. Et je m’interroge: existe-t-il une troisième voie, médiane? 

Pascal

Cher Pascal,

J’ai longtemps réfléchi à la fameuse voie médiane qui vous pose problème. Serait-ce de continuer cette relation tout en mettant votre compagne face à ses défauts, d’imiter ses failles en la reflétant comme un miroir? Je ne crois pas que cette solution soit la bonne. Tout simplement parce que, si mettre le nez des chats dans leur urine déposée au mauvais endroit ne provoque aucune réaction, cette solution ne ferait que faire fuir tout humain qui se respecte. Qui supporterait d’être infantilisé, moqué, singé (même dans un but pédagogique)?

Comme je suis convaincue que personne ne peut sauver personne, je ne crois pas que vous mettre en position de sauveur soit une solution, que ce sauvetage soit passif ou actif.

À quel point êtes-vous prêt à souffrir pour elle et les moments si précieux passés avec elle?

Vous parlez de coup de foudre et c’est beau. Mais il arrive qu’un événement aussi parfait et rare soit dénué de timing. C’est votre problème, ici.

Vous vous aimez mais elle n’a pas encore parcouru le chemin nécessaire pour apprécier ce trésor (ou peut-être a-t-elle trop parcouru de chemin?). C’est à vous de décider si vous vous sentez capable de l’aimer envers et contre tout, et en particulier elle-même, et de parier sur ce futur plus apaisé que vous pourriez passer ensemble. Même si je me permets de vous faire remarquer que l’accompagner sur ce chemin ne vous donne pas plus de droit sur ce qu’elle sera à son issue.

Vous avez aussi le droit de décider que c’est trop pour vous, trop dur, trop compliqué. La vie et votre expérience vous donnent cette prérogative.

Je vais donc répondre à vos questionnements par une question: à quel point êtes-vous prêt à souffrir pour elle et les moments si précieux passés avec elle?

Vous avez votre enfant et votre travail, vous êtes aguerri à l’amour, vous savez que vous pouvez rencontrer quelqu’un d’autre avec qui partager une relation simple et confortable, ce qui vous assurera des années sereines à défaut de passion. Quel est le prix que vous donnez à la passion?

Il n’y a pas de mauvaise réponse ici. Comme votre compagne a ses propres interrogations et son propre chemin à parcourir de son côté, vous avez le vôtre. Vous n’êtes responsable que de votre propre choix et de vos propres décisions. Ce n’est pas à moi, ni à qui que ce soit d’autre, de juger de la sincérité de votre amour, de votre compréhension et de votre patience et de décider pour vous. Rester et souffrir ne fait pas de vous un masochiste. Et partir et vous protéger ne fait pas plus de vous un lâche. Il vous faudra vivre avec l’un ou l’autre de ces choix. Prenez le temps d’y réfléchir, mon conseil est le suivant: faites ce que vous dicte votre cœur, pas votre raison.

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