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Yannick Noah sera-t-il la «potion magique» du tennis français?

Yannick Noah pendant une session d’entraînement de l’équipe de France pour la Coupe Davis le 2 mars 2016, au stade Vélodrome de Baie-Mahault, en Guadeloupe | MIGUEL MEDINA/AFP

Yannick Noah pendant une session d’entraînement de l’équipe de France pour la Coupe Davis le 2 mars 2016, au stade Vélodrome de Baie-Mahault, en Guadeloupe | MIGUEL MEDINA/AFP

Le message du capitaine Noah pour remporter une dixième coupe Davis est clair: les joueurs devront se plier à sa volonté ou se démettre.

Le tennis français, englué dans nombre de polémiques loin d’être terminées, part prendre l’air et le soleil en Guadeloupe à l’occasion du premier tour de Coupe Davis entre la France et le Canada, du 4 au 6 mars. Pour la première fois de son histoire, l’équipe de France évoluera dans une région d’outre-mer, à Baie-Mahault, où un court en terre battue a été construit à grands frais au cœur d’un vélodrome. Même si la grande majorité des joueurs n’était pas favorable à cette option géographique, comme l’a signalé Gaël Monfils au cours d’une conférence de presse remarquée à l’Open d’Australie, il n’a pas été question de tenter de faire changer d’avis celui qui avait décidé pour tout le monde: Yannick Noah.

Intronisé capitaine de Coupe Davis en septembre 2015 après le débarquement si peu élégant et si mal géré d’Arnaud Clément par la Fédération française de tennis (FFT), l’ancien vainqueur de Roland-Garros revient donc aux affaires et, comme il en a toujours été ainsi avec lui, il faudra se plier à sa volonté ou se démettre.

À 55 ans, Yannick Noah rempile dans une fonction qu’il avait déjà occupée de 1991 à 1992 et de 1995 à 1998. Mission pour lui: permettre à la France de gagner à nouveau la Coupe Davis, qui lui échappe depuis 2001. Un défi à la mesure du champion-chanteur, capitaine victorieux en 1991 et 1996 sans oublier son succès au même poste en Fed Cup, la Coupe Davis au féminin, en 1997.

«Ondes positives» pour remettre de l’ordre

Éloigné des affaires des terrains depuis des années, Yannick Noah revient donc à ses premières amours à l’heure où sa carrière sur scène et dans les bacs a connu un gros trou d’air inattendu après une longue période de succès ininterrompu. Depuis quelque temps, son image d’homme immensément populaire a été écornée par des prises de position politiques, qui ont semblé dérouter une partie de ses fans. Ses opinions un peu à l’emporte-pièce au sujet notamment du sport espagnol qu’il accusait de céder à la «potion magique» ont surpris et déplu au niveau international. Sa propension à répéter que le tennis actuel ne le passionnait pas a étonné et lassé.

Loin de faire l’unanimité en dépit de ses résultats passés, son retour à la tête de l’équipe de France a donc été très diversement apprécié, d’autant qu’il a été soupçonné d’avoir participé, à sa façon, à l’entreprise de déstabilisation d’Arnaud Clément par le biais de critiques sévères lors de la défaite en finale face à la Suisse à Lille en 2014. À l’inverse, il s’était complètement tu au moment de la désillusion de la finale de Belgrade en 2010, une finale contre la Serbie largement plus à la portée des Bleus et au cours de laquelle Guy Forget, le capitaine de l’époque, dont il est très proche, avait eu une lourde part de responsabilité dans cet échec.

Noah est persuadé de ne pas avoir perdu son savoir-faire en matière de «gagne»

En Guadeloupe, Yannick Noah est en phase de (re)découverte avec des joueurs qu’il connaît peu ou mal, en sachant que cette équipe n’est pas vraiment aimée du public. Celui-ci lui reproche, pêle-mêle, son inefficacité au plus haut niveau, ses domiciles fiscaux en Suisse et ses personnalités parfois compliqués à suivre à l’image de son leader, Jo-Wilfried Tsonga, dévoué au groupe depuis quelques années mais qui est davantage apparu comme un diviseur au cours de la récente période entre ses aigreurs lilloises et son comportement très individualiste lors du quart de finale entre la Grande-Bretagne et la France en juillet 2015.

Mais Noah est convaincu qu’il peut mettre de l’ordre dans les esprits et dans cette équipe en lui insufflant des «ondes positives», selon l’une de ses expressions préférées. Avec le temps, il est persuadé de ne pas avoir perdu son savoir-faire en matière de «gagne» et n’allez pas lui faire croire qu’il ne serait pas capable de communiquer avec une génération dont il connaît très bien les codes puisque son fils, Joakim, basketteur des Chicago Bulls et très accessoirement de l’équipe de France, est né en 1985, comme Jo-Wilfried Tsonga. Il ne reste plus qu’à reprendre les bonnes vieilles recettes pour créer un projet autour de cette équipe.

Père Fouettard New Age

C’est l’une des particularités du tennis français en Coupe Davis: point de salut sans un «stage commando», méthode initiée par Yannick Noah depuis 1991 et dont les deux derniers capitaines français, Guy Forget et Arnaud Clément, se sont fortement inspirés. Tous les autres pays remportent la Coupe Davis sans en passer par ce rituel initiatique, mais pas l’équipe de France, qui, avant la finale de Lille, avait d’ailleurs effectué un stage à Bordeaux tandis que l’équipe de Suisse s’était contentée du strict minimum en matière de préparation sans que cela nuise à son rendement.

Ce premier tour contre le Canada à la Guadeloupe a d’autant moins échappé à la règle que le décor de carte postale de la rencontre invitait naturellement aux footings et séances de relaxation sur la plage pour mieux apprendre à se connaître au lever du jour. Bref, ce qu’adore le «New Age» Noah, adepte de yoga et de sophrologie entre chien et loup et qui, avant la finale de 1991 à Lyon, avait notamment planté son «camp» à Montreux, en Suisse, avant de le déplacer à Hendaye à l’aube de la finale 1996 disputée à Malmö, en Suède. Dans cette organisation très cadrée, où les retards aux repas sont sanctionnés par des amendes, Noah impose sa façon de fonctionner à des joueurs pas forcément habitués à être gendarmés de la sorte.

Dans son passé de capitaine, il est même arrivé à ce «capitaine Fracasse» de jouer les pères Fouettard, comme en 1992, pour un France-Suisse à Nîmes, lorsqu’il avait exclu des simples Guy Forget et Henri Leconte, pourtant héros de la finale de Lyon quatre mois plus tôt. Pénalisée par ce handicap, la France avait été éliminée, mais le stage (encore un) précédant la rencontre organisé à Royan n’avait laissé aucun doute à Noah sur le manque de préparation et d’implication de ses deux stars. Des regrets? Quels regrets!? «On a perdu à un moment essentiel où je devais affirmer mon autorité, a-t-il rappelé dans les colonnes de Tennis Magazine en décembre 2015. C’est comme quand tu punis ton gamin. Ça ne veut pas dire qu’il va comprendre tout de suite, et tu en es le premier touché. Mais au final, c’est pour son bien

Comment s’en sortira-t-il avec les meilleurs joueurs tricolores du moment? La réponse à cette question sera connue sur la durée au-delà de ce France-Canada, où les sélectionnés auront eu la probable volonté d’être de parfaits petits communiants au moment de découvrir la «messe» servie par leur nouveau capitaine.

Le tennis français rêve d’une dixième Coupe Davis mais ce n’est pas un saladier d’argent supplémentaire, à une époque où il perd de son éclat à cause de la désaffection de plus en plus régulière des meilleurs mondiaux dans cette compétition, qui sera suffisant pour relancer l’engouement du tennis en France. Seule une Coupe des Mousquetaires, soulevée par un joueur français à Roland-Garros, pourrait changer la donne (aucun titre du Grand Chelem décroché ailleurs n’aurait cette vertu). Voilà bientôt trente-trois ans que Yannick Noah attend un successeur sur la terre battue de Roland-Garros sans pouvoir y faire grand-chose, contrairement à la Coupe Davis. Aucun des joueurs de son équipe présente en Guadeloupe n’était né le 5 juin 1983.

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