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Donald Trump sème aussi la zizanie sur les parcours de golf

Donald Trump sur le Trump International Golf Links d'Aberdeenshire (Écosse), le 10 juillet 2012. Andy Buchanan / AFP

Donald Trump sur le Trump International Golf Links d'Aberdeenshire (Écosse), le 10 juillet 2012. Andy Buchanan / AFP

Le grand favori pour l'investiture républicaine possède plusieurs parcours où ont lieu des épreuves prestigieuses, pour le plus grand plaisir des golfeurs... mais pas des instances de ce sport.

Après le Super Tuesday du 1er mars, le prochain grand rendez-vous de la campagne électorale américaine est fixé au 15 mars avec une salve de grosses primaires dont celle de Floride, où Marco Rubio, sénateur du Sunshine State en position très précaire, jouera gros face à Donald Trump. Dans cette course à l'investiture, le magnat de l’immobilier va peut-être se retrouver brièvement au milieu de l’actualité sportive ce week-end, alors que tous les meilleurs golfeurs du monde convergent vers Miami à l’occasion du WGC-Cadillac Championship, disputé du 3 au 6 mars.

Après les quatre tournois du Grand Chelem, cette épreuve est l’une des plus importantes du calendrier, une sorte de «Masters 1000 du golf», pourrait-on dire en reprenant la hiérarchie des tournois de tennis. Elle se déroule au prestigieux club du Doral qui, chaque saison depuis 1962, accueille un tournoi du PGA Tour, le circuit professionnel américain, sur son célèbre parcours du Blue Monster.

Problème: le Doral est la propriété de Donald Trump qui, depuis qu’il en a fait l’acquisition en 2012, l’a rebaptisé Trump National Doral en le rénovant notamment à grands frais. Et même s’il n’est pas l’organisateur du WGC-Cadillac Championship, il en est largement partie prenante au point, en tant que force invitante, d’avoir remis son trophée au vainqueur en 2013 (Tiger Woods), 2014 (Justin Rose) et 2015 (Dustin Johnson). Et c’est ce qu’il s’est promis de faire une nouvelle fois si son agenda lui en laisse le temps. Pas question pour lui, semble-t-il, de ne pas faire atterrir son hélicoptère sur le petit héliport qu’il s’est fait construire au niveau du trou n°9 et de se priver ainsi du contact avec les spectateurs, qui lui reconnaissent une première grande qualité: Donald Trump est un fou de golf. Il a même laissé entendre qu’il pourrait être un jour enterré sur un parcours. «Quel meilleur endroit pour finir son existence», s’est-il emballé.

Ce lien étroit entre le favori républicain et le golf serait anecdotique si Donald Trump n’était pas véritablement entré en guerre contre le monde du golf professionnel (et vice-versa) à tel point que le PGA Tour envisage de délocaliser le WGC-Cadillac Championship dès 2017 et d’abandonner ainsi l’un de ses plus anciens lieux de prédilection. Motif de la discorde: les propos violents tenus par le candidat en direction des Mexicains ou des musulmans enfreignent les règles de tolérance et d’ouverture liées au sport et notamment au golf qui, de surcroît, cherche depuis longtemps à sortir de sa blanche image élitiste. «Après le terme de l’édition 2016, nous envisagerons toutes les options au niveau du futur de l’épreuve, a indiqué le PGA Tour, très mal à l’aise. Mais nous restons sur notre première appréciation en liaison avec celle d’autres organisations liées au golf, c’est-à-dire que les commentaires de M. Trump ne sont pas compatibles avec l’engagement pris par notre sport en termes d’accueil et d’intégration.»

Éloge de Jack Nicklaus

Voilà quelques mois, un tournoi exhibition qui devait avoir lieu au Trump National Golf Club à Los Angeles avait été purement et simplement annulé au prétexte des déclarations tonitruantes de Donald Trump. Le trouble est d’autant plus grand dans le golf américain que le Trump National Golf Club Bedminster, autre propriété du milliardaire dans le New Jersey, a déjà été choisi pour l’organisation de l’US Open féminin en 2017 et du PGA Championship, le quatrième tournoi du Grand Chelem de l’année chez les messieurs, en 2022.

La bataille a aussi traversé l’Atlantique car depuis une quinzaine d’années, les investissements de Donald Trump sont massifs dans le golf à travers le monde (il est propriétaire d’une quinzaine de resorts) et notamment en Écosse, mère patrie du jeu. En 2014, le milliardaire new-yorkais a ainsi mis la main sur le légendaire parcours de Turnberry, l’un des dix tracés pouvant accueillir le British Open. Mais le Royal & Ancient Golf Club de Saint-Andrews, l’autorité suprême en matière des règles du golf, qui supervise le célèbre tournoi britannique, envisagerait d’enlever temporairement Turnberry de sa liste des dix et de ne plus accorder sa confiance à Trump, toujours pour ses sorties verbales intempestives.

Trump en compagnie de Tiger Woods lors du WGC-Cadillac Championship en 2013. Warren Little / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Comme à son habitude, Trump, qui n’a pas mégoté financièrement pour améliorer les installations de Turnberry, se veut confiant: «C’est désormais le plus beau cadre. Il est incontournable.» Il n’empêche, il est d’ores et déjà acquis que le parcours, qui n’a pas abrité le British Open depuis 2009, ne sera pas prévu à l’agenda jusqu’à au moins 2021 inclus. Et les relations entre Trump et le Royaume-Uni sont globalement devenues exécrables au fil des mois.

En dépit de ses dérapages verbaux, Donald Trump est un personnage éminemment apprécié dans le golf américain, largement républicain, notamment parmi les golfeurs professionnels. «Ce qu’il a fait est fantastique pour le jeu, a notamment déclaré la légende Jack Nicklaus au sujet des investissements successifs du candidat new-yorkais. Il a misé sur ce sport à une époque où il était en perte de vitesse.» Trump et Nicklaus ont même travaillé ensemble pour imaginer le Trump Golf Links, inauguré en mai dernier dans le Bronx, à New York.

Comme beaucoup de golfeurs américains, Trump est à rebours de la volonté d’ouverture de ce sport prônée, notamment, par le PGA Tour. Ses propos au magazine Fortune sont très clairs sur ce point: «Laissons le golf être élitiste. Laissons les gens travailler dur et rêver pouvoir un jour être capable d'y jouer. Avoir les moyens d'y jouer.» Tout est dit à travers cette vision élitiste d’un sport qui se mériterait à travers une réussite économique et sociale. Un langage en conformité avec la pensée de nombre de Républicains plutôt adeptes d’un monde en vase clos. Récemment, en Caroline du Sud, Donald Trump a carrément prévenu qu’avec Bernie Sanders à la Maison Blanche, il ne serait plus possible de jouer au golf aux Etats-Unis. «Vous n’aurez plus d’argent pour cela», a-t-il prévenu.

Obama, «je le battrais»

Le sujet intrigue d’autant plus qu’à travers l’histoire, les présidents américains, républicains et démocrates, ont tous été très attachés à ce sport: ce fut le cas, par exemple, de D. Dwight Eisenhower, de John F. Kennedy ou les drois derniers locataires de la Maison-Blanche, Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama, ce dernier s’étant fréquemment vu reprocher son temps passé sur les parcours, y compris par le culotté Donald Trump. Interrogé sur une rencontre hypothétique, club en main, avec le 44e président des États-Unis, Trump a d’ailleurs été catégorique: «Je le battrais. Sérieusement. J’ai remporté de nombreuses compétitions de club.» Et peu importe les accusations de tricheries le concernant, pointées du doigt par le Washington Post, qui a mené l’enquête à ce sujet, ou par l’acteur Samuel L. Jackson.

Lui-même épinglé pour tricherie dans sa discipline, Tom Brady, star du football américain avec il joue fréquemment et qui le soutient politiquement, en est certain: «Il y aura un putting green à la Maison Blanche s’il est élu.» S’il venait à s’installer à Washington, il est vraisemblable aussi que le golf lui permettrait d’offrir au monde entier des scènes aussi cocasses que celle proposée par George W. Bush, club à la main, menaçant des terroristes potentiels avant de conclure son intervention musclée d'un célèbre: «Maintenant, admirez ce drive.»

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