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«Spotlight»: enfin un film sur le journalisme qui obtient l’Oscar

De gauche à droite, le casting de «Spotlight»: Michael Keaton, Liev Schreiber, Mark Ruffalo, Rachel McAdams, John Slattery, Brian d'Arcy James | Open Road Films

De gauche à droite, le casting de «Spotlight»: Michael Keaton, Liev Schreiber, Mark Ruffalo, Rachel McAdams, John Slattery, Brian d'Arcy James | Open Road Films

Le long métrage de Tom McCarthy, qui montre une enquête du Boston Globe parue en 2002 sur la pédophilie d’une centaine de prêtres à Boston, a obtenu l’Oscar du meilleur film. Une récompense qui n’avait pas été attribuée à un film sur le journalisme depuis 1948.

On ne s’attendait pas à ce que Spotlight gagne l’Oscar du meilleur film. Parce que son sujet –le journalisme– n’avait pas été récompensé depuis près de soixante-dix ans. La dernière fois, c’était en 1948 avec Le Mur Invisible d’Elia Kazan

Depuis 1929 et la création des Oscars, les nominations n’avaient pourtant pas manqué. Citizen Kane, d’Orson Welles, qui raconte l’histoire d’un magnat de la presse, était pressenti aux Oscars en 1941. L’année précédente, c’était Correspondant 17, d’Alfred Hitchcock, qui était en compétition. Mais aucun film n’avait été récompensé, jusqu’à cette exception de 1948.

Depuis, rien. Les nominations continuent pourtant de pleuvoir. En 1977, deux longs métrages sur le sujet sont sélectionnés pour être sacrés meilleur film. Dont l’un des plus connus sur le journalisme: Les Hommes du président, sorti en 1976, sur le scandale du Watergate, avec Robert Redford et Dustin Hoffman. L’autre étant Network, main basse sur la télévision, de Sydney Lumet. L’un des acteurs des Hommes du président a remporté l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, Faye Dunaway et Peter Finch ont emporté les Oscars des meilleurs acteurs pour Network, main basse sur la télévision. Mais, cette année-là, c’est Rocky (avec Sylvester Stallone) qui emporte l’Oscar du meilleur film. En 1988, Broadcast News ne l’obtient pas non plus, ni Good Night, and Good Luck, de George Clooney, en 2006.

Le film de Tom McCarthy réunit Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams mais l’enquête est loin d’être aussi haletante qu’un thriller

Travail minutieux

Pour cette édition 2016, de l’avis de la critique, Spotlight est un bon film mais n’avait pas les chances du grand favori, The Revenant, d’Alejandro Gonzales Iñarritu –que le jury a préféré récompenser autrement, en donnant lOscar du meilleur réalisateur à Iñarritu et celui du meilleur acteur à Leonardo DiCaprio (qui l’attendait depuis longtemps).

Car Spotlight n’a pas forcément le suspense des Hommes du président. Spotlight, c’est le nom d’une équipe de journalistes du Boston Globe, qui, en 2002, a publié une série d’articles dénonçant la pédophilie généralisée des prêtres à Boston et aux États-Unis. 

Le film de Tom McCarthy réunit Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams mais l’enquête est loin d’être aussi haletante qu’un thriller: elle montre le travail minuteux de Marty Baron (Liev Schreiber), Ben Bradlee Jr. (John Slattery), Walter Robinson (Michael Keaton), Sacha Pfeiffer (Rachel McAdams), Mike Rezendes (Mark Ruffalo) et Matt Carroll (Brian d’Arcy James) pour mettre à jour un scandale qui embarrasse toujours l’Église aujourd’hui

On les voit dans de longs plans au téléphone, devant leurs ordinateurs, frapper à des portes, rassembler des noms de prêtres impliqués. On est bien loin des parkings sombres dans lesquels Robert Redford et Dustin Hoffman interrogeaient leurs sources dans Les Hommes du président. Propublica, un média américain spécialisé dans l’enquête, soulignait à quel point Spotlight était fidèle au travail des journalistes qui enquêtent sur des affaires complexes.

Journalisme d’investigation

Avant la cérémonie, interrogés par CNN, les journalistes se réjouissaient de cette sélection. Les voici avant la cérémonie des Oscars à Los Angeles:

Mais Marty Baron, le rédacteur en chef de l’époque, aujourd’hui au Washington Post, écrivait le 24 février que, ce qui était le plus important pour lui, ce n’était pas la récompense elle-même mais la suite des événements:

«Les récompenses prennent la forme d’une statuette et sont une reconnaissance pour l’exceptionnelle réalisation d’un film. Mais les conséquences de la sortie de ce film comptent encore plus pour moi, et elles seront plus longues à apprécier.

 

Les retombées seront significatives si ce film a un impact: sur le journalisme, parce que les patrons, éditeurs et rédacteurs en chef investiront à nouveau dans le journalisme d’investigation; sur le public, parce que les citoyens reconnaîtront la nécessité d’une couverture locale riche et de médias influents; et sur nous tous, car cela nous encouragera à toujours écouter ceux qui ne peuvent pas parler et qui n’ont pas de pouvoir, notamment ceux qui ont été victimes d’abus sexuels ou autres.»

Les commentateurs notaient en effet que cette récompense était une victoire pour le journalisme d’investigation.

«Allez le journalisme d’investigation! #Spotlight»

 

«C’est une bonne nouvelle que Spotlight ait gagné l’Oscar du meilleur film. Tous mes encouragements et longue vie au journalisme d’enquête, essentiel à notre démocracie.»

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