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L’Iran teste de nouveaux missiles et inquiète les Etats-Unis

Des Iraniens se prenant en photo avec le Simorgh (Phoenix) à Téhéran, le 11 février 2016 ATTA KENARE / AFP

Des Iraniens se prenant en photo avec le Simorgh (Phoenix) à Téhéran, le 11 février 2016 ATTA KENARE / AFP

Téhéran compte sur l’administration Obama pour être obsédée par l’accord sur le nucléaire au point de préférer regarder ailleurs.

Durant les festivités qui commémoraient ce mois-ci l’anniversaire de la révolution iranienne de 1979, et à quelques semaines des élections iraniennes, qui ont connu un taux de participation élevé, et révélé ce dimanche la victoire des réformateurs, les responsables iraniens ont dévoilé une réplique de la dernière fusée du pays, le Simorgh. 

Conçue pour propulser un satellite dans l’espace, elle ressemble de manière frappante à la fusée que la Corée du Nord vient tout juste d’utiliser pour lancer son propre satellite, ce qui renforce la crainte de voir Téhéran travailler avec Pyongyang pour développer des missiles balistiques modernes capables de frapper Israël et une partie de l’Europe.

Braver les interdictions

La poursuite débridée des recherches en matières balistiques de l’Iran est le dernier exemple de la manière dont ce pays s’affirme depuis l’accord historique sur le nucléaire signé au mois de juillet avec les États-Unis et cinq autres grandes puissances. Si les représentants américains disent que l’Iran a respecté jusqu’ici l’accord sur le nucléaire, depuis plusieurs mois, Téhéran a bafoué des restrictions internationales sur les missiles balistiques et les importations d’armes tout en étendant son soutien à divers groupes militants dans la région.

L’Iran a ainsi conduit deux tests de missiles balistiques malgré une interdiction des Nations Unies et semble impatient de lancer sa nouvelle fusée Simorgh. Les agences de renseignement occidentales craignent que l’Iran ne soit en train de construire un missile balistique intercontinental qui pourrait être doté d’une tête nucléaire –si Téhéran venait à dénoncer les termes de l’accord sur le nucléaire.

Et à travers toute la région, l’Iran mène une guerre interposée mais aussi avec ses propres troupes afin de protéger le régime syrien du président Bachar el-Assad, miner l’influence d’Israël et soutenir les Houtis chiites contre les troupes appuyées par les Saoudiens au Yémen. Travaillant avec l’appui de l’aviation russe, les forces spéciales iraniennes –aux côtés des combattants de la milice libanaise du Hezbollah– ont aidé le régime d’Assad a chasser les rebelles de territoires stratégiquement importants comme le secteur longtemps contesté qui entoure la ville d’Alep.

Inquiétudes

Ces mouvements éveillent des inquiétudes dans les capitales du proche Orient et au sein du Congrès américain, y compris dans le camp du président Obama, les démocrates ayant soutenu l’accord sur le nucléaire mais craignent désormais de voir l’administration céder trop de terrain à Téhéran.

Le sénateur Chris Coons (Démocrate –Delaware), qui a voté en faveur de l’accord sur le nucléaire, déclare qu’il souhaitait voir l’accord aboutir, mais que l’heure était venue de «durcir le ton» avec l’Iran. 

«Il va falloir que nous déclarions clairement que nous n’allons pas tolérer leur mauvais comportement et que nous sommes prêts à punir l’Iran» a déclaré Coons à Foreign Policy.

Coons et d’autres législateurs démocrates ont pris un risque politique significatif en soutenant l’accord sur le nucléaire, contre l’avis de tous les membres républicains du Congrès, mais aussi de l’AIPAC, le principal groupe de soutien à Israël ainsi que d’autres groupes juifs. Le soutien des démocrates a été possible grâce à une intense campagne de lobbying de la Maison Blanche, les principaux représentants répétant leurs assurances que l’administration opterait pour une ligne dure si l’Iran contrevenait à l’accord.

A présent, ces démocrates «se demandent si l’administration les soutient» comme l’a déclaré, sous anonymat, un haut fonctionnaire démocrate du sénat. Les responsables de la Maison Blanche disent qu'ils vont rester vigilants face à toutes les mesures prises par l'Iran qui pourraient menacer ses voisins. Même avec l'accord nucléaire «qui garantit que nos partenaires ne seront pas confrontés à un Iran doté d'une arme nucléaire, nous allons encore faire face à des actions déstabilisatrices de l'Iran», a déclaré un responsable de l'administration, qui a tenu à garder l’anonymat.

Sanctions

Mais tandis que le Congrès pousse l'administration à prendre des mesures pour entraver l'Iran, le secrétaire d'État John Kerry a lancé un appel aux législateurs jeudi pour qu’ils retardent l’examen du renouvellement de la Loi sur les sanctions contre l'Iran –qui maintient un large éventail de sanctions financières et autres à l’égard de Téhéran et qui sont sans rapport avec le programme nucléaire.

«J’y suis opposé pour de nombreuses raisons», a déclaré John Kerry à la Commission des Affaires étrangères de la chambre, en affirmant que le Congrès devrait attendre de voir comment l’Iran se conforme à l’accord sur le nucléaire et en rappelant que des sanctions pourraient être rapidement adoptées si Téhéran violait l’accord.

Tant Kerry que James Clapper, directeur du renseignement national, ont déclaré aux législateurs jeudi dernier que l’Iran a jusqu’ici rempli ses obligations en vertu de l'accord, dont la mise en œuvre est certes encore à un stade précoce. Les experts considèrent que le vrai test viendra plus tard, lorsque les inspecteurs internationaux demanderont à Téhéran l'accès à des sites sensibles possiblement en lien avec l'armée iranienne.

En attendant, Coons et certains législateurs exhortent les États-Unis et d'autres grandes puissances à préparer des plans d'urgence en cas de violations mineures de l'accord nucléaire, qui ne seraient pas suffisamment graves pour déclencher une reprise des sanctions économiques internationales. Ces plans pourraient impliquer des sanctions unilatérales par les États-Unis ou des mesures coordonnées avec les gouvernements européens.

«Nous avons besoin d’établir un éventail d’options qui démontrera que nous ne tolérerons pas d’excursions en dehors des limites de l’accord», a déclaré Coons dans une interview accordée à FP.

Sukhoi et droits de l'homme

L'accord sur le nucléaire a imposé une série de limites au programme nucléaire iranien en échange de la levée des sanctions économiques paralysantes, libérant jusqu'à 100 milliards de dollars d'actifs gelés. Dans la phase finale des négociations, les États-Unis et d'autres puissances ont cédé à la demande de Téhéran d’assouplir les conditions de l'embargo sur les achats d'armes et le développement de missiles balistiques, imposées pour sanctionner l'Iran de ses activités nucléaires. L'embargo sur les armes doit expirer dans cinq ans et les restrictions de missiles balistiques dans huit ans – à la condition que l'Iran respecte l'accord nucléaire.

Mais la Russie, partie prenante de l’accord, a depuis annoncé son objectif de vendre des missiles antiaériens S-300, très sophistiqués, ainsi que des chasseurs à réactions Sukhoi 30. L'Iran cherche depuis longtemps à acquérir des missiles S-300, qui, avec une portée de près de 120 km, rendrait beaucoup plus compliquée une attaque aérienne israélienne ou américaine contre ses sites nucléaires. L’achat de missiles ne viole pas les termes de l'embargo sur les armes, voté par l’ONU et toujours en application, mais l’achat de Sukhoi, si.

Les États-Unis maintiennent également des sanctions contre l’Iran sur le dossier des droits de l’homme et en tant qu’État «parrain du terrorisme» une désignation qui date des années 1980. En 2011, Obama a publié un décret introduisant de nouvelles sanctions à l’égard de responsables paramilitaires iraniens et d'autres entités liées à la répression des Syriens. Dans les mois qui ont suivi l'accord nucléaire, l'Iran a renforcé sa présence militaire en Syrie avec le déploiement d’unités des forces spéciales ainsi que d’autres unités soutenues par Téhéran comme celles du Hezbollah ou de milices chiites étrangères. Les alliés iraniens paient un lourd tribut: un nouveau rapport de l'Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient estime que le Hezbollah aurait perdu au moins 865 combattants en Syrie entre le 30 septembre 2012 et le 16 février 2016.

L'Iran a également soulevé des inquiétudes à Washington récemment, après des essais de tir d'une fusée dans le golfe Persique à moins de 2 kilomètres d’un porte-avions américain et après la capture de 10 marins de la Marine américaines dont les navires s’étaient «égarés» dans les eaux iraniennes. L'Iran a rapidement libéré les marins après une suite de conversations téléphoniques entre Kerry et son homologue iranien, Mohammad Javad Zarif. Mais avant leur libération, l'Iran a publié une vidéo embarrassante des équipages à genoux, les mains derrière la tête, les images d'un marin américain en larmes, et un entretien avec un officier américain présentant ses excuses pour cette incursion involontaire.

Mais il n’y a pas que cela qui donne des boutons à Washington. L'Iran a procédé à un test de missile balistique en octobre dernier et un autre en novembre, en dépit de l’interdiction de l’ONU. Les États-Unis ont imposé des sanctions à l’issue des essais de janvier, mais leur mise en place a été retardée le temps que Washington négocie la libération d’Américains détenus en Iran en échange d'Iraniens détenus aux États-Unis.

Lancement à venir

Au début de la semaine prochaine, l’Iran va probablement effectuer son premier essai de sa fusée Simorgh. Ce propulseur spatial a reçu le nom «d’un oiseau mythique de la Perse, si vieux qu’il aurait assisté trois fois à la destruction de l’univers» écrit Branda Roses dans sa Mythical Creatures Bible. «C’est une créature immense, de la forme d’un paon, avec un plumage spectaculaire, les griffes d’un lion et assez gros pour soulever un éléphant ou une baleine.»

En cas de succès, son lancement représenterait une réussite majeure pour un programme de missiles ayant remarquablement progressé ces dernières années grâce à l'aide de la Corée du Nord. Les images satellites obtenues par les chercheurs de l'Institut d'études internationales de Middlebury à Monterey montrent que l'Iran prépare un site de lancement, et le pays a publié une note à l’attention de tous les pilotes de lignes, les avertissant qu’il effectuera un lancement entre le 1er et le 2 mars.

Ce lancement sera inévitablement condamné par la communauté internationale, même si la fusée est conçue pour le but pacifique de placer un satellite en orbite. Les experts ayant analysé la fusée Simorgh disent qu'elle a été explicitement conçue pour les lancements spatiaux, mais l'Iran va naturellement acquérir, par son lancement, des donnés de l'expérience qui seront utiles pour le développement de fusées à longue portée.

Coopération avec la Corée du Nord

Un peu plus tôt en février, la Corée du Nord a mis en orbite un satellite avec une fusée de type Unha, selon toute vraisemblance, ayant une taille et des moteurs similaires à la fusée Simorgh. Les deux premiers étages des missiles utilisent des moteurs élaborés à partir des missiles de moyenne portée nord-coréenne, les No-Dong. Le Simorgh et l’Unha utilisent tous deux des moteurs de conception remontant à la guerre froide et qui équipaient les missiles balistiques soviétiques lancés depuis leurs sous-marins, le SS-N-6. Nous ignorons comment l'Iran a obtenu ces moteurs, mais il est probable qu'ils ont été fournis par la Corée du Nord, qui, selon Michael Elleman, enseignant-chercheur sur les questions régionales à l’Institut International d'études stratégiques, les avait obtenus dans les années 1990 auprès de la Russie.

La coopération entre l'Iran et la Corée du Nord sur ces questions a débuté pendant la guerre Iran-Irak, quand Téhéran se trouvait en manque d'un missile balistique capable de frapper des cibles irakiennes au-delà des lignes de front. Iran s’était tout d’abord tourné vers la Libye et la Syrie, pour leur acheter des quantités limitées de missiles Scud. Elle avait fini par demande de l’aide à la Corée du Nord. Pyongyang a alors également fourni d’importantes quantités de missiles Scud, jetant alors les bases de près de trois décennies d’une coopération qui va probablement culminer avec le lancement du Simorgh.

Comme avec tout ce qui concerne la Corée du Nord, l’exacte étendue de la coopération entre Téhéran et Pyongyang demeure entourée de mystère. Mais le mois dernier, le département du trésor a révélé que des «spécialistes iraniens des missiles» s’étaient rendus à Pyongyang «au cours des dernières années» afin de «travailler sur un propulseur de 80 tonnes développé par le gouvernement nord-coréen.»

L'élève dépasse la maître

Le gouvernement des États-Unis a refusé de fournir des détails supplémentaires sur ce propulseur, et des experts du contrôle des armements s’interrogent sur cette révélation, mentionnée dans le texte d’une sanction adressée à 11 entités et individus associés au programme de missiles balistiques du pays. Elleman pense que le propulseur pourrait être celui de l’Unha. Mais David Wright, co-directeur du programme de sécurité mondiale au sein de l’UCS, a déclaré qu’un propulseur de 80 tonnes serait trop important pour la fusée nord-coréenne.

Wright considère malgré cela que les accusations portées contre la Corée du Nord et l'Iran par le gouvernement des États-Unis - et les caractéristiques et composantes communes de leurs propulseurs spatiaux – sont probablement justifiées: «L'Iran et la Corée du Nord travaillent en collaboration pour résoudre les problèmes de développement liés à la mise en orbite d’objets spatiaux» dit-il.

Si la Corée du Nord a fourni à l’Iran les bases de son programme de missiles dans les années 1980 et 1990, il y a de bonnes raisons de penser que Téhéran a dépassé Pyongyang. Le Simorgh est plus grand et plus puissant que l’Unha et Elleman dit que l’Iran dispose désormais de capacités supérieures à celle de la Corée du Nord en matière d’ingénierie et de conception: «Bon nombre de personnes qui suivent ce dossier considèrent que l’élève a dépassé le maître.»

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