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Le Royaume-Uni mène depuis 1946 l'une des plus extraordinaires études du monde

JONATHAN NACKSTRAND / AFP

Et cette étude influence toute la société britannique

Entre le 3 et le 9 mars 1946, en Grande-Bretagne, des scientifiques se sont mis à enregistrer chaque naissance intervenue dans le pays. Et ont entrepris de suivre des milliers de bébés, depuis leur naissance cette semaine-là, jusqu'à leur mort. Cette étude est devenue, explique dans le Guardian la journaliste Helen Pearson, la plus longue étude d'importance sur le développement humain, dans le monde. Et les sujets s'apprêtent à atteindre leurs 70 ans le mois prochain. 

«L'analyse de ces personnes a été tellement réussie que des chercheurs ont répété l'exercice depuis, se mettant à suivre des bébés nés en 1958, 1970, au début des années 1990 et au tournant du 21e siècle.»

Plus de 70.000 personnes, sur cinq générations, ont participé ou participent encore à ces études faites depuis la naissance. Aucun autre pays au monde ne suit des générations entières avec une telle ampleur, précise The Independant, qui consacre un article élogieux au livre qu'Helen Pearson publie sur le sujet The Life Project: The Extraordinary Story of Our Ordinary Lives.

Dans l'article du Guardian, Pearson explique que les découvertes générées par cette étude extraordinaire (sur les inégalités sociales, scolaires, les ravages du tabagisme) a considérablement influencé la façon dont le système britannique s'est construit autour de ces études. 

Par exemple, sur la première cohorte –les bébés nés en mars 1946– les mères avaient été interrogées de manière très précise: 

«Avez-vous réussi à vous procurer le demi-litre supplémentaire de lait quotidien nécessaire? Qui s'occupait de votre mari quand vous étiez au lit avec le bébé? Combien avez-vous dépensé en maillots de corps, jupons, grenouillères, chaussons, bonnets et draps pour bébé? Et combien avez-vous dépensé en blouses, corsets, soutien-gorge et culottes pour vous-même?»

A l'annonce des résultats, le public fut choqué de mesurer les conditions très dures dans lesquelles les femmes du milieu ouvrier donnaient naissance: les bébés des familles les plus pauvres avaient par exemple 70% de plus de probabilité d'être mort-nés que ceux des classes les plus élevées, et les mères de milieux ouvriers recevaient des soins bien plus mauvais. «Les résultats firent l'effet d'une bombe, arrivant juste à temps pour être intégré dans les plans du système de santé britannique (NHS): à son lancement, en 1948, la couverture santé associée à la grossesse et l'accouchement devinrent gratuits, et à la même époque des pensions de maternité plus généreuses furent introduites.» Le rapport fut «le brouillon de la couverture santé liée à la maternité qui existe depuis lors». 

L'étude dans son ensemble a influencé le système éducatif, le système de santé, la compréhension de l'obésité, les efforts pour améliorer la mobilité sociale... Elle explore les effets de la pollution, du divorce, des gênes dans certaines maladies... Le seul désavantage: l'étude «tend à la Grande-Bretagne un miroir, et parfois nous n'aimons pas ce que nous voyons», note Pearson.

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