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VIDEO. Le grand décalage de l'Académie des César

Michael Douglas au Theatre du Châtelet à Paris le 26 février 2016. AFP PHOTO / PATRICK KOVARIK

Voici les trois moments à retenir de la cérémonie des César du vendredi 26 février.

C'était une cérémonie comme une autre, un peu trop longue, une maîtresse de cérémonie dans un rôle inconfortable qui ne va jamais à personne –et ne lui est pas allé non plus, et n'a pas fait rire. 

Mais trois moments, dans un décalage grinçant avec le parterre endimanché, sont à retenir. Incarnés par quatre acteurs. 

1.Rod Paradot

Le jeune héros de La Tête haute, le film d'Emmanuelle Bercot, qui raconte l'adolescence difficile d'un garçon en prise avec la justice des mineurs, a été sacré meilleur espoir masculin. Dans des balbutiements bouleversants, Rod Paradot aura tenu –de loin– le discours le plus émouvant de la soirée. 

 

Repéré dans son lycée où il suivait un CAP de menuiserie, Rod Paradot a égréné les remerciements d'une voix tremblante, entamant son discours par «ça va plus trop bien là» et «on a combien de temps déjà pour parler?». Il a remercié la réalisatrice, les producteurs («c'est des producteurs que je kiffe»), la CPE de son lycée, ou encore sa mère «parce que c'est elle qui croit en moi tous les jours et... je sais pas».

2.Zabou Breitman et Pierre Deladonchamps

Le duo Zabou Breitman et Pierre Deladonchamps (découvert dans L'inconnu du lac) avait déjà osé en 2015 des sarcasmes jouissifs sur la misogynie et l'homophobie du milieu du cinéma. Ils ont récidivé cette année d'une manière éblouissante, caricaturant méchamment et joyeusement le milieu qui s'étalait en smoking devant eux. (Le mieux aurait été de leur confier la présentation de la cérémonie.)

 

Moquant l'antisémitisme, la xénophobie, la misogynie, le pseudo «vivre ensemble», les discours lénifiants qui se dissipent dans les gestes violents, et l'hypocrisie, ils ont notamment échangé ce morceau de dialogue:

«En tous cas c'est bien de donner l'exemple. Nous sommes tous différentes: il y a ici ce soir des gens de grand talent.

- Et des gens qui n'en ont pas du tout.

- Non, il y a des gens vraiment merveilleux ce soir!

- Oui et des pourritures humaines qui vendraient leur mère pour une paire de Louboutin. Et pourtant tout le monde est assis à côté. On rigole, on boit des coups, et c'est ça le vivre ensemble.»

3.Michael Douglas

Le dernier moment mémorable de la soirée a été le discours de l'acteur américain Michael Douglas, venu recevoir un César d'honneur. Dans un français impeccable, il est revenu sur sa carrière, a raconté une petit anecdote sur son extraordinaire acteur de père, Kirk, et il a surtout remercié l'Académie des César, salué Claude Lelouch et ses films, et leur influence sur lui, fait l'éloge du cinéma français, avec lequel il a grandi, qui a tant joué dans sa carrière. 

Il a fini par une pirouette qui n'aurait pu faire davantage plaisir à l'Académie: 

«Je ne suis pas prêt à arrêter de faire des films. Alors si par hasard vous envisagez d'en faire en français? Voyez ce discours comme une audition et pensez à moi!» 

 

Voir le comédien discourir sur un cinéma français d'une autre époque –celle où celui-ci biberonnait tous les grands réalisateurs américains– face à une Académie qui depuis huit ans s'obstine à accueillir pour le César d'honneur des réalisateurs hollywoodiens tant elle ne rêve plus que de cinéma anglo-saxon, était l'ultime décalage de la soirée.

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