Quelles sont les personnalités historiques qui «s'exportent» le mieux?

Une statue de Socrate à Athènes, le 27 juin 2015. Le philosophe grec est quatrième du classement Pantheon. Aris Messinis / AFP

Une statue de Socrate à Athènes, le 27 juin 2015. Le philosophe grec est quatrième du classement Pantheon. Aris Messinis / AFP

Une base de données du MIT tente d'estimer quels sont les personnages dont la réputation a le plus franchi les frontières de leur pays de naissance.

Qui est le politique le plus célèbre de tous les temps? Quel pays produit le plus de figures religieuses? D’acteurs pornographiques? Qui était la «célébrité» la plus en vogue avant 950? Autant de questions auxquelles Pantheon tente d'apporter une réponse. Cette base de données du Massachussets Institute of Technology (MIT) essaie de donner une vue «objective» des personnalités historiques les plus célèbres, au niveau mondial, de chaque pays, c'est à dire celles dont la réputation a le plus traversé les frontières. Un travail qui vient de donner lieu à une publication dans la revue Nature.

«Les États-Unis n’ont pas seulement exporté du soja et des réacteurs: c’est aussi le lieu de naissance de Neil Armstrong et Miles Davis», constate César A. Hidalgo, professeur associé au MIT Media Lab et créateur de Pantheon. «Cela faisait plusieurs années que je travaillais sur l’évolution de la structure industrielle des pays et régions, [...] quand je me suis rendu compte que les pays n’exportaient pas seulement des produits, mais aussi de la culture.»

Il y avait déjà eu quelques initiatives de bases de données du même genre par le passé: Pantheon est néanmoins la seule qui prend en considération un grand nombre de langues (277), d’individus (11.341), dans tous les domaines et sur une si grande période (de 4.000 ans avant Jésus-Christ à 2010). Pour ce faire, ses créateurs ont compilé les données de Wikipedia et Freebase, vérifiées manuellement, et celles de Human Accomplishment: The Pursuit of Excellence in the Arts and Sciences, 800 B.C. to 1950, un ouvrage de Charles Murray publié en 2003, qui classe 4.000 innovateurs de 800 avant Jésus-Christ à 1950.

Différents critères ont permis de définir la popularité de chaque personnage: le nombre de langues dans lesquelles une page Wikipedia est disponible, le nombre de pages vues en fonction des langues, le coefficient de variation des pages vues (pour court-circuiter les personnages célèbres sur une très courte durée), l’index de popularité historique (lui-même calculé en fonction de plusieurs critères)... Les résultats sont visibles sous plusieurs formes: des classements, modifiables selon la ville de naissance, le pays d’origine ou le domaine, ainsi que plusieurs types de visualisations. Les possibilités d’exploitation sont quasi-infinies. En voici quelques exemples.

Qui est le plus populaire: l'acteur, l'écrivain ou le politique? 

En visualisant tout d’abord les données par pays, il est possible de noter quelle catégorie de personnalités un pays «produit» le plus. Ainsi, 33% des personnes de la base de données nées aux Etats-Unis sont acteurs ou actrices, sur un total de plus de 2.000 individus.

Au Royaume-Uni, les catégories professionnelles sont déjà plus diverses: les politiques occupent une plus grand place (13,69%), de même que les joueurs de foot (8,25%). Le taux d’écrivains est également plus élevé (9,97%).

En France, les politiques constituent la catégorie la plus représentée, avec 17,49%. Les écrivains sont aussi plus représentés que dans les deux pays précédents, avec 14%, de même que les peintres et les artistes en général. À noter que, au niveau des personnalités qui ont vécu le XXe siècle, De Gaulle est devancé par Claude Monet, Jean-Paul Sartre et Marcel Proust.

Poutine, 40e Russe le plus populaire

En fouillant les différents classements, on découvre aussi qu’il y a une forte concentration d’empereurs romains dans les personnalités serbes, ou que Vladimir Poutine n’est que le 40e Russe le plus connu de l’Histoire. L’homme le plus connu n’est d’ailleurs pas Jésus-Christ, mais Aristote. En Palestine, le dernier personnage recensé par Pantheon est né en… 767.

Les différentes visualisations permettent également de comparer l’origine géographique d’une catégorie professionnelle en fonction des époques. Ainsi, jusqu’en 1800, les explorateurs étaient majoritairement issus d’Europe de l’Ouest. Christophe Colomb, Amerigo Vespucci, Leif Erikson, Marco Polo furent ensuite «remplacés» par les héros de la conquête spatiale. Les astronautes et cosmonautes américains et russes tels Neil Armstrong, Buzz Aldrin ou Youri Gagarine furent les explorateurs du XXe siècle.

 

L'absence des femmes

Pantheon met par ailleurs en lumière l’absence flagrante des femmes de l’«exportation» des personnalités. Il n’y en a que huit dans les cent premiers du classement général: la première, Cléopâtre, est située à la 29e place. La plus récente, Elizabeth Ie d’Angleterre, est née en… 1533. Quand on organise le classement par métiers, puis par genre, on s’aperçoit que les catégories où les femmes sont les plus présentes sont le mannequinat, la pornographie, avec 100% des représentants pour chacune, ainsi que… le mariage: la catégorie compagnon/compagne, où l'on trouve Anne Boleyn, Madame de Pompadour ou Eva Braun, comporte 93% de femmes.

La base de données se base sur les lieux de naissance des célébrités pour les classer, et non sur leur nationalité. Cela donne des situations assez cocasses, comme pour le peintre impressionniste français Camille Pissarro, un des deux membres du classement des Îles Vierges des Etats-Unis. Freddie Mercury réapparaît en Tanzanie, qui a intégré le protectorat de Zanzibar depuis. Ségolène Royal n’est quant à elle pas répertoriée en France, mais au Sénégal. Et si vous cherchez Adolf Hitler ou Emmanuel Kant, vous ne les trouverez donc pas en Allemagne mais respectivement en Autriche et en Russie, où se trouvent aujourd'hui leur ville de naissance.

La carte ci-dessous répertorie certaines de ces curiosités.

 

En plus de ne considérer que le pays de naissance et non la nationalité, les créateurs de Pantheon ont pris en compte les frontières actuelles. «Je dois avouer que nous avons reçu quelques mails pas très sympathiques à cause de l’utilisation des frontières modernes pour Pantheon 1.0», admet César Hidalgo. «Mais en même temps, la création de cette première base de données, assez simple, était une étape nécessaire avant la création d’une base améliorée.» Le fondateur indique par ailleurs que l’équipe derrière Pantheon travaille actuellement à la création d’une nouvelle base de données, enrichie en géocodage historique et biographies.

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