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Les élections en Iran sont faussées mais cruciales

Hassan Khomeini, petit-fils du fondateur de la République islamique, l’ayatollah Rouhollah Khomeini, vote à Téhéran, le 26 février 2016 | STRINGER/AFP

Hassan Khomeini, petit-fils du fondateur de la République islamique, l’ayatollah Rouhollah Khomeini, vote à Téhéran, le 26 février 2016 | STRINGER/AFP

Tout ce que vous devez savoir pour comprendre l’enjeu des élections iraniennes.

Les Iraniens votent ce vendredi 26 février dans le cadre d’élections considérées comme un référendum de popularité crucial, bien que pas tout à fait équitable, du président Hassan Rohani, signataire d’un accord historique sur le programme nucléaire du pays en 2015.

Le scrutin porte sur 290 sièges au Majlis, le parlement iranien, actuellement dominé par les opposants conservateurs de Rohani. Le président aimerait que ses alliés siègent en plus grand nombre au Parlement, ce qui lui permettrait de mettre en œuvre davantage de mesures de son programme économique réformateur avant les élections présidentielles de 2017. Mais il lui faudra compter avec quelques obstacles.

Pour commencer, c’est le Conseil des gardiens de la Constitution, formé d’alliés du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, qui décide qui a le droit de se présenter. Si plus de 12.000 candidats en ont manifesté la volonté, 60% d’entre eux, des réformateurs pour la plupart, ont été retoqués par le Conseil. Plutôt que des partis formels, les Iraniens votent en règle générale pour des listes de candidats aux opinions compatibles, dirigées par des hommes politiques populaires. Après le filtrage du Conseil, les électeurs de nombreuses régions iraniennes n’auront le choix qu’entre des candidats conservateurs. Au total, 6.200 candidats se présentent.

Marge de manœuvre

Les Iraniens votent aussi pour élire des membres de «l’Assemblée des experts», qui en compte quatre-vingt-huit. Il s’agit de l’assemblée de théologiens qui choisira le prochain Guide suprême si l’ayatollah Khamenei, 76 ans, meurt ou ne peut plus assumer ses fonctions. Le Conseil des gardiens a fait preuve d’encore moins d’indulgence pour cette élection et n’a permis qu’à 161 candidats de se présenter sur les 800 qui en avaient manifesté l’intention. Parmi les disqualifiés, figure Hassan Khomeini, petit-fils du fondateur de la République islamique, membre du clergé réformateur connu pour communiquer avec ses ouailles via Instagram.

Les radicaux cherchent à dépeindre Rohani et ses alliés sous les traits de marionnettes des gouvernements occidentaux

Les campagnes officielles n’ont été autorisées que pendant la semaine qui a précédé les élections, et même alors elles ont été extrêmement réglementées. Les candidats ne sont pas autorisés à faire des discours dans la rue, à utiliser des haut-parleurs extérieurs, à agiter des banderoles pendant les meetings ni à placarder des affiches dépassant 15 centimètres sur 20. Cette fois, la plus grande partie de la campagne s’est déroulée sur les médias sociaux. Facebook et Twitter sont bloqués en Iran depuis les manifestations de la Révolution verte de 2009, mais beaucoup d’Iraniens ont les moyens d’y accéder quand même et ils sont utilisés par d’éminents politiciens (Instagram, qui appartient à Facebook, reste généralement accessible).

Les radicaux cherchent à dépeindre Rohani et ses alliés sous les traits de marionnettes des gouvernements occidentaux. Khamenei lui-même a sombrement insinué mercredi 24 février l’existence d’un complot dirigé par les États-Unis pour «infiltrer» le pays à la suite de l’accord sur le nucléaire. Malgré cela, les sondages qui ont suivi la signature de l’accord à l’été 2015 montraient qu’une majorité des Iraniens l’approuvaient et pensaient qu’il allait améliorer la situation économique du pays. Environ 60% avaient une image positive de Rohani à l’époque. Ceci dit, il est fort peu probable que la majorité des Iraniens aient constaté une amélioration notable de leurs conditions de vie depuis la signature de l’accord, qui ne remonte qu’à quelques mois. Et, même si c’est le cas, le quasi-verrouillage du système politique du pays entrave la percée des alliés de Rohani.

Les élections en Iran ont beau être profondément faussées, elles ont une grande importance. La transition entre Rohani et son prédécesseur, Mahmoud Ahmadinejad, avait été significative, même si les deux avaient été des candidats approuvés officiellement. La poursuite de la coopération du gouvernement iranien avec d’autres pays dépendra en partie de l’existence d’une marge de manœuvre pour les réformateurs. Et elle dépendra aussi des États-Unis, dont les élections en novembre 2016 pourraient bien avoir, plus encore que les élections d’aujourd’hui en Iran, un impact sur l’avenir politique de Rohani, sur l’accord nucléaire et sur le positionnement de l’Iran dans le monde.

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