Si Donald Trump est favori, c’est parce qu’il est le candidat de la peur

Le candidat à la primaire républicaine Donald Trump à Las Vegas, lors du caucus du Nevada, le 23 février 2016 | Ethan Miller/Getty Images/AFP

Le candidat à la primaire républicaine Donald Trump à Las Vegas, lors du caucus du Nevada, le 23 février 2016 | Ethan Miller/Getty Images/AFP

Les électeurs républicains veulent un candidat qui puisse protéger les États-Unis. Et ils pensent que c’est Donald Trump.

Las Vegas (Nevada, États-Unis)

La fête donnée mardi 23 février par Donald Trump pour célébrer sa victoire n’a pas rassemblé autant de monde que son meeting de la veille à Las Vegas mais elle n’en était pas moins remuante. Serrées dans la grande salle du Treasure Island Casino, des centaines de personnes –portant pour la plupart des vêtements aux couleurs de Trump ou agitant des drapeaux américains– ont crié et chanté le verre à la main en l’honneur du magnat de l’immobilier tandis qu’ils attendaient les résultats du caucus républicain du Nevada.

«Let’s make America great again («Rendons sa grandeur à l’Amérique»), m’a dit Dane Senser, un senior arborant un chapeau Trump, en manquant de renverser sa Budweiser. C’est simple, mais c’est si vrai. C’est un grand pays et nous sommes un grand peuple. C’est le meilleur pays du monde, il faut en être fier, pas en avoir honte.» Pour Senser, Trump est un personnage porteur d’avenir, quelqu’un qui peut donner à l’Amérique ce qu’il lui faut pour réussir. «Il va donner de l’espoir aux gens. C’est tout ce dont notre pays a besoin aujourd’hui.»

Il semble que les Républicains du Nevada ont été du même avis.

Outsider en tête

Marco Rubio avait le soutien de l’establishment politique de l’État et Ted Cruz dominait chez les électeurs religieux mais, dans leur vaste majorité (comme dans le New Hampshire et en Caroline du Sud), les électeurs ont plébiscité l’ancienne star de la téléréalité et sa promesse de rendre «sa grandeur à l’Amérique». La fréquentation a explosé les prévisions passées et les électeurs ont envahi les sites du caucus (ce qui a entraîné du désordre dans certaines circonscriptions) pour donner leurs voix au milliardaire. Trump l’emportait haut la main, avec plus de 45% sur près de 90% des suffrages comptés, contre 23% environ pour Rubio et environ 22% pour Cruz. Trump l’a emporté chez toutes les catégories d’électeurs, allant même jusqu’à battre Cruz auprès des évangélistes et Rubio auprès des Républicains plus modérés.

Ce que Trump souhaite faire –sa politique, ses projets, ses propositions– est moins important que ce qu’il est, c'est-à-dire un avatar autoproclamé de la fierté nationale

La victoire a été sans appel et, encore une fois, Trump a montré qu’il était le seul candidat disposant d’une coalition assez forte pour le porter à travers tout le processus de la primaire et rassemblant à la fois la classe ouvrière blanche, les évangélistes conservateurs et les Républicains modérés. À vrai dire, il est prévu que Trump domine les primaires du Super Tuesday, mardi 1er mars, puisqu’il est en en tête dans huit des douze scrutins. La semaine prochaine à cette heure, Trump pourrait être premier en nombre de scrutins et de délégués. Et, s’il est possible que cela finisse par tourner à l’avantage d’un autre candidat, c’est tout de même peu probable. Le dernier candidat à l’élection présidentielle américaine (dans l’un ou l’autre parti) à avoir remporté la nomination sans avoir gagné de «early state» (les premiers États à voter) a été Bill Clinton en 1992. Mais il y a une différence fondamentale entre la situation d’alors et maintenant. Ces États étaient alors divisés entre de multiples candidats, ce qui donnait à Clinton assez d’espace pour rattraper ensuite son retard. Le fait d’avoir remporté consécutivement plusieurs États lors de ces primaires donne à Trump un avantage de taille.

En bref, Donald Trump est clairement en tête de cette course à l’investiture. Point barre. Oui, Rubio est le favori de l’establishment conservateur et, oui, Cruz est le préféré des militants mais aucun des deux n’est en mesure de dépasser Trump ou de transformer la course en duel. Sans une inversion majeure des tendances, Trump pourra s’échapper du peloton et, pour la première fois de l’époque moderne, un véritable outsider remportera l’investiture d’un grand parti, qui se retrouverait totalement désemparé. Comme l’a déclaré Amanda Carpenter, l’ancienne porte-parole de Cruz, à CNN le 23 au soir: «J’ai vraiment peur lorsque je pense à ce que la nomination de Donald Trump impliquerait concrètement. Ce serait la fin du Parti républicain.»

Partisan de l’autoritarisme

Les partisans de Trump ne tarissent pas d’éloges envers le magnat de l’immobilier. Ils louent son sens des affaires, ils aiment ses paroles très dures envers des pays comme la Chine ou le Mexique, ils aiment qu’il dise ce qu’il pense. «Il dit tout haut ce que nous pensons tous tout bas», comme me l’ont déclaré plusieurs personnes le 23 au soir. Ce que Trump souhaite faire –sa politique, ses projets, ses propositions– est moins important que ce qu’il est, c'est-à-dire un avatar autoproclamé de la fierté nationale.

Cela dit quelque chose d’important sur l’attrait exercé par Trump. Trump est un partisan typique de l’autoritarisme. «Qu’est-ce que voulons tous? a-t-il demandé lors de son meeting de lundi. Nous voulons la sécurité. Nous voulons un pays fort.» Par-dessus tout, ses électeurs sont aussi des partisans de l’autoritarisme. Comme l’a expliqué le sondeur Matthew MacWilliams dans Vox, «le sexe, le niveau d’éducation, l’âge, l’idéologie, l’identification à un parti, les revenus ou l’ethnie des électeurs n’ont tout simplement aucun rapport statistique avec le fait qu’ils votent Trump». Ce qui compte, en réalité, c’est de savoir si l’électeur est partisan ou non de l’autoritarisme. «Les personnes qui atteignent des scores élevés sur l’échelle de l’autoritarisme aiment la conformité et l’ordre, défendent les normes sociales et se méfient des étrangers. Et, lorsqu’ils se sentent menacés, ils soutiennent des politiques et des leaders agressifs», écrit-il.

Une chose est sûre: Trump veut que ses partisans aient peur. Il veut qu’ils aient peur des immigrés, peur des musulmans, peur de quiconque ne rentre pas dans le moule. Mais le plus important est que ses électeurs ont peur. Ils ont peur pour leur pays et ils voient un protecteur en Trump. Et, compte tenu de la position de Trump dans cette primaire, ils ont maintenant peur de finir par le conduire au pouvoir.

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