Obama est une icône pop

Barack Obama est le président des artistes. Il n'a rien fait pour cela, mais l'art populaire américain s'est emparé de sa personne. Cela n'était plus arrivé depuis John Kennedy.

Même si ses plus ardents supporters trouvent qu'il parle beaucoup et bien mais finalement agit peu, même si son prix Nobel de la Paix fait jaser, le pouvoir de séduction de Barack Obama fonctionne toujours à plein dans un domaine: celui de l'art. Shepard Fairey vient juste de publier un livre Art for Obama qui rassemble une bonne partie de ce que les artistes ont produit et continuent à produire depuis la campagne présidentielle autour de l'image d'Obama. Et le moins qu'on puisse dire est que le sujet les inspire.

Justement, rappelez vous la campagne démocrate, il y a juste un an. Des artistes en première ligne, qui littéralement se sont emparés de son image, l'ont transformé, l'ont décliné. Un mouvement créatif, spontané... et populaire, qui s'est développé autour du candidat démocrate à l'investiture d'abord et à la présidence ensuite, sans avoir d'ailleurs le moindre lien direct, avec lui. Que les artistes soient un peu, beaucoup ... pas connus, au fond peu importait. Que leur travail soit bon ou ... moins bon, la non plus n'était pas la question. Seul comptait cet engouement hors norme et imprévisible au point que lors de la convention Démocrate de Denver en aout 2008, les «Artists for Obama» étaient omniprésents et même... envahissants.

Le candidat était à l'affiche sur des posters, des t-shirts, le merchandising habituel pour les campagnes ...mais inhabituel par l'implication artistique. Bien sur il y a Shepard Fairey qui en l'espace de quelques mois est passé de la rue à la National Gallery de Washington pour une affiche réalisée à partir d'une simple photo du candidat transcendée avec les trois couleurs du drapeau américain et en ajoutant le mot Hope (espoir). Le poster pouvait être téléchargé, imprimé ... pour une diffusion maximale. Fairey n'a pas été le seul à idéaliser son sujet. Ron English a lui aussi suscité a la fois la polémique et l'intérêt en créant un portrait biomorphisme d'Obama et de Lincoln. Une image qui s'est largement diffusée sur la cote est des Etats-Unis et la région de Chicago.

Upper Playground, un collectif mi galeriste virtuel mi diffuseur underground, a commissionné plusieurs artistes en faveur du candidat Obama. Il en a edité les séries limitées de Date Farmers un duo californien, Sam Flores , THE MAC et Munk One, Morning Breath.

Jusqu'à présent, seul John Kennedy avait à ce point intéressé les artistes... et singulièrement les artistes du pop art qui était dans la même conjonction de temps: de Robert Rauschenberg à James Rosenquist en passant  par l'inattendu The Peace Corps de Norman Rockwell et l'incontournable Andy Warhol qui signera un peu plus tard aussi Jimmy Carter ou Ronald Reagan pour une pub de marques de chemises ... Plus récemment Chuck Close , l'un des meilleurs portraitistes actuels, avait célébré Bill Clinton mais après son départ de la Maison Blanche.

Le cas de George W. Bush est évidemment un peu à part. Lui aussi a inspiré bon nombre d'artistes et a stimulé toute une mouvance de créateurs: les artistes ne l'ont pas raté... la plupart du temps pour dénoncer sa politique intérieure, la guerre en Irak, ect... Que cela soit Richard Serra, Fernando Botero dénonçant les tortures à la prison d'Abou Ghraib, ou la plupart des artistes qui avaient été sélectionné pour la Peace Tower en marge de la Biennale du Whitney Museum à New York en 2006.

En cet automne 2009, on peut déjà affirmer que jamais un président n'est entré aussi directement dans la culture populaire, au point de se confondre parfois avec elle, toute race, tout horizon culturel confondus. La rencontre entre l'art populaire et Obama est déjà une réalité. Alors que son entrée à la Maison Blanche n'avait pas encore eu lieu en janvier 2009, dans la fiction elle permettait au président élu de rencontrer Spiderman (son super héro préféré), en vrai !

Au Printemps dernier toujours en lien avec les Comics, une affiche grimant Obama en Joker tendance Dark Knight s'est propagée autour de Los Angeles, puis soulignée du mot «socialism» a été reprise lors de manifestations de sympathisants républicains.  Qui était derrière cette image tirée d'une couverture d'un ancien numéro de Time Magazine? Un jeune étudiant en Histoire qui s'était juste amusé à transformer l'image pour essayer un nouveau programme!

Il y a tout juste deux semaines une jeune illustratrice écossaise Marion Deuchars, a tracé sur le visage de Barack Obama toute une série de slogans contre le président pour illustrer un article sur la haine anti-Obama dans le New York Magazine.

Que Barack Obama le veuille ou non, son image transformée, retouchée, caricaturée est devenue un moyen d'expression politique ou pas pour bon nombre d'artistes américains, célèbres ou inconnus, underground ou omniprésents dans les galeries. Il fait partie intégrante aujourd'hui de la culture populaire américaine. Comme avec le prix Nobel, il a brûlé les étapes. Cela ne fait pas neuf mois qu'il est à la Maison Blanche!

Anne de Coninck

Lire également: Le Nobel des bonnes intentions et  Et si Obama refusait le prix?

Image de Une: Lincoln Obama par Ron English

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L'AUTEUR
Anne de Coninck travaille à New York notamment pour "Connaissance des Arts" et Slate.fr. Ses articles
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Publié le 10/10/2009
Mis à jour le 10/10/2009 à 10h32
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