Partager cet article

Pourquoi vous devriez suivre le combat juridique de Kesha

Kesha, sur scène le 6 février 2016, lors de la Silverlake Overpass Four Year Anniversary Party | Katie Stratton/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP

Kesha, sur scène le 6 février 2016, lors de la Silverlake Overpass Four Year Anniversary Party | Katie Stratton/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP

La bataille judiciaire que mène la chanteuse Kesha en dit long sur le fonctionnement de l’industrie musicale et le sexisme qui y règne.

Celle qui faisait le bonheur des stations de radio en 2009 avec «Tik Tok» et dont le dernier album est sorti en 2012 refait parler d’elle en ce début d’année 2016, mais pour des raisons bien différentes. Comme nous l’explique Buzzfeed France, elle poursuit depuis plusieurs années son producteur, Lukasz Gottwald, dit «Dr. Luke», qu’elle accuse d’abus sexuels et psychologiques. Ses fans reprochaient depuis longtemps à l’homme d’avoir trop de contrôle sur la création et la vie de la jeune femme, qui, en 2014, est traitée pour soigner sa boulimie.

«En octobre 2014, la bataille judiciaire commence. Kesha porte plainte contre Dr. Luke pour agression sexuelle, harcèlement sexuel et harcèlement moral», explique Buzzfeed France, notamment à cause de possibles viols répétés lors d’un vol en avion et de l’usage de GHB (la «drogue du viol») par son producteur lors d’une autre soirée. En novembre 2015, elle a également demandé à annuler le contrat qui la lie indéfiniment à son producteur et qui l’oblige à enregistrer à l’avenir quatre nouveaux albums (ce que le juge a refusé de faire le 19 février 2016).

Cette affaire longue de plusieurs années soulève deux problèmes essentiels dans le monde de la musique: l’établissement des contrats liant un ou une artiste à une grande major et le sexisme ambiant dans le milieu.

Sans précédent

D’un point de vue juridique, le différend entre Kesha et Sony (via Dr. Luke) démontre bien les failles du milieu musical américain. Bloomberg nous explique que, en arrivant à Los Angeles à l’âge de 18 ans, Kesha a vite été sous contrat avec trois labels: Prescription Songs LLC, Kasz Money Inc. et Kemosabe Records LLC. Dr. Luke en possède deux et occupe le poste de PDG dans le troisième. En 2009, Kasz Money (comprendre Dr. Luke) trouve un accord avec RCA/Jive, label de Sony, pour fournir à la multinationale des chansons de Kesha. «Avec [Dr. Luke] au milieu, [Kesha] Sebert et Sony Music ne négociaient pas directement, ce qui veut dire que la compagnie ne pouvait pas laisser tomber [Kesha] Sebert si l’entreprise le voulait.» Contrairement à ce que l’opinion publique veut bien croire, Sony avait donc les mains liées et Gottwald dirige toujours les négociations sur les contrats. Et quand bien même elle changerait de producteur, celui qu’elle accuse d’abus sera toujours le dirigeant des labels auxquels elle est légalement liée.

Il s’agit donc d’une situation extrêmement délicate d’un point de vue juridique. «L’affaire autour de Kesha n’a aucun précédent, écrit le Pacific Standard. Beaucoup d’industries doivent faire face à des problèmes de sexisme et de harcèlement, mais le cas de Kesha est bien plus compliqué en raison de l’abus potentiel qui s’est instauré dans la structure des contrats de l’industrie musicale.» Souvent, un artiste signe pour un premier album avec des «options» pour en faire d’autres par la suite. Le studio contrôle ainsi son travail, son image et son avenir potentiel dans le milieu.

«Relation de domination»

Le magazine en ligne rappelle également que, ces derniers temps, de nombreuses artistes ont parlé publiquement pour dénoncer des abus de Heathcliff Berru, fondateur d’une firme de relations publiques spécialisée dans la musique. L’une des victimes supposées, Beth Martinez, a expliqué que le sexisme ambiant dans le milieu, qu’il s’agisse de remarques, de gestes ou d’agressions, rend les négociations difficiles pour les femmes, mais aussi que l’affaire Kesha pourrait avoir des répercussions positives par la suite:

«Que ces allégations finissent ou non par amener un changement, nous n’avons jamais été aussi proches de remettre en cause cette relation de domination très ancienne et soutenue par la loi.»

Le combat actuellement mené par Kesha est donc essentiel pour la façon dont le monde de la musique fonctionne mais aussi et surtout pour la place des femmes dans ce milieu.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte