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Sur son blog, Marine Le Pen évince le logo du FN pour adoucir son image

Capture écran du blog de Marine Le Pen.

Capture écran du blog de Marine Le Pen.

L'oriflamme n'apparaît nulle part sur le blog de la patronne du Front national. C'est parce que le parti fait encore peur aux Français.

On la voit souriante sur son balcon. Enlaçant sa fille devant la télévision, confortablement assise sur son canapé, dans son salon. Ou à la campagne, cheveux au vent. L’écriture est subjective, émotionnelle. Elle y déclare par exemple vouloir «marquer une pause, ce genre de pause nécessaire pour discuter longuement avec ceux qu’on aime». Sur son blog Carnets d'espérances, dont Marine Le Pen a annoncé le lancement mardi 24 février au soir, la présidente du Front national a choisi de nous prendre par les sentiments. En gommant toute référence visuelle au parti. Jusqu’à présent, le FN affichait pourtant clairement la couleur. Sur les affiches des élections régionales, le logo était bien visible. Que signifie ce changement?

Plus que ses principaux rivaux, le Front national s’est illustré aux dernières élections par un logo et un nom de parti bien présents. Comme s’il voulait afficher sa fierté. Peu de temps après les élections régionales, le chercheur Nicolas Lebourg analysait cette mise en avant lors d’une conférence de presse de la Fondation Jean-Jaurès: «Il y a une identité de labels assumée, quand la plupart des partis ne l’assument pas Sur le blog de la nièce de Marine Le Pen et élue du Vaucluse, le logo du FN est d’ailleurs bien visible.

Souffrant d’un certain discrédit, les partis de gouvernement se font plus discrets. Le PS et Les Républicains ont moins mis en avant leur marque. Sur la profession de foi de Claude Bartolone, la rose était minuscule. Chez Les Républicains, l’oriflamme encore moins visible. On y voyait un logo «J’ai choisi Valérie», avec en gros titre: «l’alternance avec Valérie Pécresse», qui misait clairement sur la personnalité de la candidate.

Nouveau front

Afficher clairement l’appartenance au Front national était donc un parti pris des élus FN. Mais les résultats des élections régionales ont constitué une claque pour Marine Le Pen, déjouant les pronostics de la candidate dans le Nord-pas-de-Calais-Picardie, qui espérait remporter quatre régions et n’en obtînt aucune. Elle hésite donc sans doute à mettre en avant la marque FN, responsable pour nombre d’analystes du plafond de verre auquel il s’est heurté. La moitié des sondés d’une enquête TNS-Sofres considère encore le Front national comme «un danger pour la démocratie».

Marine Le Pen poursuit son entreprise de dédiabolisation, sur le plan cette fois de l’image personnelle. Elle ouvre un autre front, autrement dit, à côté du possible changement de nom du parti. Ce, après l’adoption d’un nouveau slogan, «La France apaisée» et l’éviction de Jean-Marie Le Pen, dont elle estimait qu’il ternissait l’image du mouvement avec ses provocations et son passé brutal en Algérie. Un père qui ne cesse encore aujourd'hui de se rappeler à elle.

Image peu chaleureuse

Plutôt qu’un parti qui fait peur, Marine Le Pen préfère afficher sa personnalité, dont elle sait qu’elle est (plutôt) appréciée des Français. La patronne de la formation d’extrême droite décroche depuis quelques années de bonnes places dans les classements des personnalités politiques favorites. Elle était ainsi deuxième en mars 2015 de l’enquête Ifop-JDD des «femmes dont les Français souhaitent qu'elles jouent un rôle plus important à l'avenir, dans la vie politique française». Marine Le Pen estime sans doute qu’elle a tout intérêt à utiliser son image.

Des chats, un canapé, des photos misant sur la douceur, une typo qui évoque la féminité, la rondeur, le soin. Avec un tel univers, elle espère changer cette vision d’une femme peu chaleureuse qui lui colle à la peau (seulement 32% la trouvent «sympathique et chaleureuse», ils sont en revanche 79% à la trouver «volontaire»).

Dans le classement général d’une autre enquête de l’Ifop, testant cette fois 50 personnalités, la cheffe de file arrivait à la 41e position, avec 30% d’opinions positives. On peut donc penser tout à la fois que la patronne du FN joue de son image plutôt positive, étant l’un des seules visages connus du Front national, tout en étant consciente qu’il existe une réelle marge de progression. De cette image dépend l’avenir de son parti aux prochaines élections.

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