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Quand Boris Johnson combattait l'Union européenne en tant que journaliste

Le maire de Londres Boris Johnson lors de la conférence annuelle du parti conservateur, à Manchester, le 6 octobre 2015. OLI SCARFF / AFP

Le maire de Londres Boris Johnson lors de la conférence annuelle du parti conservateur, à Manchester, le 6 octobre 2015. OLI SCARFF / AFP

Le maire de Londres, qui vient de se prononcer pour le «Brexit», était correspondant à Bruxelles dans sa jeunesse et y a signé plusieurs articles retentissants.

Boris Johnson est passé dans le camp du «Brexit». Le maire de Londres a annoncé, dimanche 21 février, son intention de faire campagne pour la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, arguant que les Britanniques méritent un «meilleur contrat», «pour qu’il[s] économise[nt] de l’argent et reprenne[nt] le contrôle».

Il faut dire que les relations houleuses entre l’UE et l'élu conservateur ne datent pas d’hier: entre 1989 et 1994, le jeune Britannique, alors âgé de même pas 30 ans, était journaliste à Bruxelles et alimentait déjà le moulin des eurosceptiques. Alors correspondant pour le quotidien conservateur The Daily Telegraph, Boris Johnson s’amusait régulièrement à tourner en ridicule Jacques Delors, à l’époque où celui-ci était président de la Commission européenne. En 2003, il faisait part de son expérience au Telegraph:

«Plus je passais du temps à Bruxelles (et j’y suis resté cinq ans), plus je me rendais compte que ça ne fonctionnerait jamais. Les Allemands allaient à des dîners entre Allemands, les Français à des dîners entre Français. Les Britanniques envoyaient leurs enfants jouer au cricket à la "British school" de Tervuren. Les Danois voulaient tellement rester Danois qu’ils insérèrent une clause spéciale dans le traité de Maastricht, sur l’union politique et monétaire, s’assurant que les Allemands ne pourraient s’acheter de maisons de vacances sur la côte de Jutland. Et malgré ça, le 2 juin 1992, les Danois plongèrent le plan dans le chaos.»

Le 2 juin 1992, les Danois rejettent le traité de Maastricht par référendum, le non récoltant 50,7% des voix. Un non que Boris Johnson connaît bien, car il en fut tenu pour partiellement responsable dans les hautes sphères bruxelloises.

«Delors veut régner sur l'Europe»

En mai 1992, Boris Johnson assiste à une rencontre informelle de ministres des Affaires étrangères à Guimaraes, au Portugal. Il se rend à une cabine téléphonique pour appeler son rédacteur en chef, à l’heure du thé, sur une place poussiéreuse, raconte-t-il au Telegraph. Un peu plus tôt, il a écrit un article sur la volonté de Delors d’accorder plus de pouvoirs à Bruxelles une fois Maastricht ratifié, et souhaite savoir ce que son article est devenu. «Il va faire la une», lui répond Frank Taylor, rédacteur en chef de la rubrique étranger du quotidien. «Je l’ai titré: “Delors veut régner sur l’Europe”.»

Johnson tique sur la formulation, mais se console avec la une, sans se douter de la suite des événements. La campagne pour le non danois s’empare de l’article, qui se répand dans les rues et se retrouve sur les pancartes des manifestants. Moins d’un mois plus tard, les Danois rejettent le traité de Maastricht, craignant pour une bonne part d'entre eux une perte de souveraineté et une interférence grandissante de Bruxelles dans leurs affaires internes. L’affaire va plus loin encore: sans l’approbation de douze pays, l’Union politique et monétaire est menacée, de même que le mécanisme de taux de change européen (MCE) et, à terme, la monnaie unique. Il faudra une renégociation du traité et un nouveau référendum pour que les Danois l'adoptent, en 1993.

Dans le Telegraph, en 2003, Johnson tempérait toutefois son influence:

«On pourrait dire que si je n’avais pas publié mon papier sur “Delors veut régner sur l’Europe”, les Danois n’auraient pas rejeté Maastricht, la crise du MCE ne se serait pas produite et le gouvernement de John Major n’aurait pas été plongé dans le chaos. C’est n’importe quoi, bien sûr. Les Tories avaient plein d’autres problèmes, et les difficultés du MCE n’étaient pas la seule raison au "non" danois.»

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