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Si votre sosie existe, vous le trouverez bientôt en quelques clics

Image extraite d'une vidéo du site Twin Strangers.

Image extraite d'une vidéo du site Twin Strangers.

Alors que la probabilité que vous tombiez par hasard sur votre double était infime, voire scientifiquement inexistante, les algorithmes sont en train de bouleverser la donne.

Commençons par briser un mythe. «Si l’on parle de sosie au sens génétique, c’est à dire à l’ADN identique, seuls les vrais jumeaux sont des sosies.» Le généticien André Langaney, chercheur au laboratoire de génétique de l’Université de Genève et au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, balaie l’idée répandue selon laquelle chacun possède son sosie quelque part sur Terre. Les vrais sosies, les «monozygotes» –issus d’une même cellule oeuf– représenteraient 0,35% des naissances à l’échelle sur la planète. La probabilité de rencontrer un clone génétique de soi sans lien de parenté est infime, pour ne pas dire inexistante. «Les biologistes aiment dire aux astronomes, non sans une certaine fierté, qu’il y a plus de combinaisons génétiques possibles chez l’être humain que de particules dans l’univers.»

Très concrètement, si l’on pouvait «déplier» notre ADN, il serait long d’environ 2 mètres, pour 3,2 milliards de petites molécules appelées «nucléotides». Ça, c’est pour les combinaisons possibles «en théorie». Dans les faits, toutes ne seraient pas viables, car seule une partie minime de notre code génétique varie d’un individu à l’autre. «En réalité, les êtres humains ont tous un ADN identique à 99,9%.» 0,1%, soit 3 millions de nucléotides, tout de même.

Si vous vivez dans l’idée qu’un jour, le hasard vous confrontera à votre clone, vous vous faites donc des illusions (hors hypothèse, bien sûr, de clonage humain): le nombre d’habitants sur Terre –7,35 milliards– et notre espérance de vie moyenne –70 ans pour un Terrien en 2012– sont dérisoires face à la variété potentielle du génome.

Génotypes et phénotypes

Dans les conditions actuelles, deux personnes avec des patrimoines génétiques différents peuvent cependant avoir un physique très proche. Dit autrement, des génotypes distincts peuvent déboucher sur des phénotypes ressemblants. «Je vous ai expliqué la théorie, mais en pratique, ce n’est pas si simple, confirme André Langaney. Le hasard peut faire que l’on ressemble beaucoup plus à son cousin ou à un inconnu qu’à son propre frère! L’individu n’est pas uniquement la résultante d’une combinaison génétique déterminée dès la fécondation, et heureusement! Regardez par exemple les vrais jumeaux: ils ne sont déjà pas identiques à la naissance, alors qu’il sont issus de la même cellule oeuf. Si l’un est placé au-dessus de l’autre dans l’utérus, par exemple, il sera probablement un peu plus grand à la naissance et gardera souvent un peu d’avance sur son frère.»

Après la naissance puis au cours de la vie, une multitude d’autres facteurs dans l’environnement vont affecter notre apparence physique. Ainsi, le lieu de naissance (position géographique, ville ou campagne, mer ou montagne, humidité, température, qualité de l’air et de l’eau...), l’alimentation, l’éventuelle consommation d’alcool ou de tabac pourront impacter progressivement le physique d’un individu. On comprend donc mieux pourquoi deux vrais jumeaux élevés par des parents différents, par exemple, peuvent ne pas se ressembler autant qu’un frère et son cousin élevés sous le même toit, ou que deux inconnus séparés par 10.000 kilomètres mais qui ont des modes de vie similaires…

Le photographe québécois François Brunelle (à qui Slate avait consacré un grand format photo en 2013) l’a d’ailleurs montré en sillonnant la planète ces quinze dernières années, à la recherche des «sosies qui s’ignorent». À ce jour, il aurait photographié, en noir et blanc, plus de 200 «paires» d’hommes ou de femmes n’ayant aucun lien de parenté et ne s’étant jamais vus auparavant pour la plupart, mais présentant des ressemblances frappantes.


Cliquez sur l'image pour visionner le Grand Format.

L’exemple du sosie indonésien de Barack Obama est un cas d’école pour André Langaney. «Leur ressemblance est frappante. Et pourtant, né d’une mère d’origine européenne et d’un père kenyan, le président américain n’a aucune origine indonésienne. En revanche, il a passé plusieurs années de sa vie sur l’île dans sa jeunesse (de 6 à 10 ans). Il en a probablement gardé quelques traits physiques comme une manière inconsciente de sourire, ou même des effets de mode, comme les cheveux rasés courts que beaucoup de personnes ont là-bas…»

Facebook, un vivier à sosies

Posséder ainsi des «faux sosies» ou «simili-clones» dans le monde est une chose. Reste à les trouver. Pour les stars, c’est facile, car les yeux du monde sont braqués sur elles. Le commun des mortels ne pouvait pas rivaliser... jusqu’à l’apparition d’internet. En octobre 2015, un selfie d’un photographe écossais, qui avait rencontré par hasard son sosie dans un avion, avait par exemple fait le tour du monde. Un troisième sosie plutôt ressemblant, puis une flopée d’autres, un peu moins probants, s’étaient déclarés dans les heures suivantes.

Un des premiers exemples de la vague des sosies trouvés sur les réseaux sociaux fut le cas «Graham CoMRrie et Graham CoRMie» en 2011. L’histoire raconte qu’en tapant son nom sur Facebook, Graham Comrie tomba sur son double irlandais suite à une faute de frappe. En plus de partager le même prénom et presque le même nom, ils découvrirent par la suite qu’ils exerçaient le même métier, étaient tous les deux chauves et un peu enveloppés, qu’ils s’étaient marié la même année et qu’ils possédaient aussi un chien –rare– de la même race. Le plus bluffant, c’est qu’il ne se seraient peut-être jamais rencontrés alors qu’ils n’habitaient qu’à… quinze kilomètres l’un de l’autre!

Ce «hasard» est devenu détectable grâce au nombre astronomique d’utilisateurs du premier réseau social du monde. Avec 1,5 milliard de personnes actives par mois en septembre 2015, Facebook est le deuxième site internet le plus consulté au monde après Google. Chaque membre est statistiquement séparé des autres par 3,57 personnes selon le réseau social.

Sur Facebook, vous avez potentiellement accès à 775 millions d’individus ayant au maximum 9 ans de plus ou 9 ans de moins que vous. Sachant que nous sommes actuellement 7,35 milliards d’êtres humains sur Terre et que 20% des Terriens sont sur Facebook, en ajoutant qu’environ 50% des utilisateurs font partie de la tranche 18-35 ans (âge moyen: 22 ans), la probabilité que le hasard vous confronte à un sosie est importante si vous faites vous même partie de la tranche d’âge. Reste à faire votre propre «faute de frappe magique»...

«Découvrir et être découvert par vos doubles»

A défaut, certains sites dédiés au sujet vous proposent aujourd’hui de vous mettre directement en lien avec vos sosies. Il suffit de remplir certains critères et de se référer à des algorithmes puissants. L’un des plus connus est un site américain, Twin Strangers, qui met en avant depuis plusieurs mois des vidéos mettant en scène la première rencontre de deux sosies. Grâce au site, Niamh Geaney a ainsi trouvé trouvé deux fausses jumelles très ressemblantes, l’une à une heure de chez elle, en Irlande, et l’autre en Italie.


L’inscription sur le site est simple et très rapide: il suffit de télécharger deux photos puis de remplir quelques critères (teint de peau, fourchette d’âge, forme du visage, des sourcils, des yeux, du nez et de la bouche), puis de régler la modique somme de 3,95 dollars pour «découvrir et être découvert par vos doubles» pendant une durée de six mois. En moins de trente secondes, le programme recoupera vos données avec celles des milliers d’autres utilisateurs inscrits (on ne connait pas le nombre exact) et vous vous verrez proposer plusieurs centaines de «sosies potentiels». A vous ensuite de les accepter comme membre de votre team Twin Strangers en cliquant sur «oui» ou de passer au suivant en cliquant sur «non».

J’ai fait personnellement le test et sur les 750 profils potentiels qui me furent soumis, je n’ai trouvé qu’un début de ressemblance avec une quinzaine... Rien de très probant, d’autant qu’il y a eu à peu près autant de cas où les photos me faisaient penser à d’autres personnes de mon entourage. La base de données n’est donc probablement pas encore assez fournie pour défier totalement le hasard, mais les capacités techniques et le principe sont là. Les techniques de reconnaissance faciale sont en plein boom et de plus en plus perfectionnées. Jusqu'ici, pour la plupart des gens, une vie entière à courir après son présumé sosie n'aura pas suffi. Demain, deux clics suffiront pour forcer le hasard et tomber nez à nez avec lui –même si ce sosie, en réalité, n'existe pas.

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