Uber et les plateformes numériques doivent s’habituer à être présumées responsables

Dans une église après la tuerie qui 's'est déroulée à Kalamazoo, Michigan. Tasos Katopodis/Getty Images/AFP

Dans une église après la tuerie qui 's'est déroulée à Kalamazoo, Michigan. Tasos Katopodis/Getty Images/AFP

Alors qu'un chauffeur Uber est accusé aux États-Unis d'être l'auteur de la tuerie qui a causé la mort de six personnes ce week-end, la responsabilité des géants de la mise en relation numérique est à nouveau interrogée. Un scénario qui est amené à se répéter, signe de l'anxiété qui entoure le pouvoir croissant de ces nouveaux acteurs.

Les tueries de masse se suivent et se ressemblent malheureusement aux États-Unis, où un suspect a été arrêté dimanche 21 février après avoir tiré sur des passants dans trois différents lieux de la ville de Kalamazoo près de Detroit, État du Michigan, tuant six personnes et en blessant deux, dont une adolescente de 14 ans dans un état critique.

Selon une description désormais banale en pareille circonstance, le suspect Jason Brian Dalton, dont la photo de l’identité judiciaire s’affiche sur tous les journaux américains, est présenté comme le père d’une «famille américaine typique», vivant avec sa femme et ses deux enfants. Ses motivations ne sont pas encore connues des enquêteurs. En revanche, un point a été relevé dans les médias: Jason Dalton était depuis peu chauffeur pour la société de VTC Uber, qui se serait bien passée d’une telle publicité. La situation est d’autant plus glaçante que l’homme aurait, selon CNN, pris en charge des courses entre les trois moments où il a ouvert le feu, soit un laps de temps de près de sept heures avant d'être arrêté.

Cette mise en avant de l’emploi du tueur présumé ne laisse pas d’interroger: d'abord, bien qu'on puisse comprendre l'effroi des derniers passagers du suspect, dont l'un a trouvé son comportement tellement étrange qu'il a quitté le véhicule, les faits ne se sont pas déroulés dans la voiture, et ce n'est pas dans le cadre de sa fonction de chauffeur qu'il a agi.

Par ailleurs, aurait-on insisté autant dans les gros titres de la presse sur sa profession s’il avait été épicier, pharmacien, secrétaire ou ingénieur informaticien? Sans doute pas, et c’est l’indice que l’entité Uber et tout ce qui lui est lié de près ou de loin exercent une curieuse fascination sur le public. Car tout est hors norme avec Uber. Créée en 2009 seulement, l'entreprise était cinq ans plus tard valorisée à 50 milliards de dollars, montant largement dépassé depuis, et annonçait avoir employé au moins une fois 1 million de chauffeurs... Son ambition ne se limite pas à révolutionner le secteur des taxis, mais concerne plus largement l'avenir des transports urbains et de la physionomie de la ville.

Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités

L’anxiété liée à Uber trouve sa source dans la médiatisation de précédents cas d’agressions et de viols, notamment en Inde et aux États-Unis. En 2015, les autorités de Los Angeles et San Francisco avaient accusé Uber d’avoir laissé 25 chauffeurs œuvrer malgré des condamnations passées pour crime sexuel, cambriolage, kidnapping ou meurtre. Et on sait que les médias sont d’autant plus prompts à mettre en avant un nouveau cas qu'ils présupposent qu’il s’inscrit dans une loi des séries. Rien n'indique pourtant que les délinquants soient présents en proportion anormale chez Uber par rapport à d'autres corps professionnels.

En France, les chauffeurs de VTC, la formation nécessaire pour postuler chez Uber, doivent soumettre un extrait de leur casier judiciaire vierge. Les particuliers qui covoituraient occasionnellement un client via le service UberPop devaient aussi présenter ces garanties –mais le service a de toute manière été suspendu en 2015 à l’issue d’un long combat juridique et d’une épreuve de force avec les taxis. Néanmoins plusieurs clientes françaises s'étaient plaint sur les réseaux sociaux du comportement de certains chauffeurs qui les draguaient lourdement par texto, alors même qu'Uber interdit à ses chauffeurs d'entrer en relation avec un client après la course.

Pour autant, la responsabilité d’Uber reste limitée. Comme le note Numerama, l’entreprise stipule dans ses conditions d’utilisation qu’elle «NE GARANTIT PAS LA QUALITÉ, LE CARACTÈRE ADÉQUAT, LA SÉCURITÉ OU LA CAPACITÉ DES PRESTATAIRES TIERS.»

On reconnaît dans cette mise en retrait ce qui a fait la puissance des plateformes de mise en relation: profiter d'immenses effets de réseau à mesure que de nouveaux utilisateurs les rejoignent, sans avoir à se porter garantes des transactions entre les membres. Or, on ne décrète pas qu'on va changer le monde impunément, ni qu'on va bouleverser des pans entiers de l'économie et de la vie quotidienne sans conséquence. 

Si l’affiliation au réseau de chauffeurs Uber a été mise en avant dans le cas du tueur du Michigan, c’est parce que l’activité des plateforme numériques de mises en relation entre offreurs et demandeurs, les fameuses marketplaces comme Uber ou Airbnb, repose fondamentalement sur la confiance. Celle-ci est en général sous-traitée aux communautés d’utilisateurs qui s’évaluent et se notent mutuellement, évitant ainsi les mauvaises surprises. Dans la majorité des cas. 

Comme le remarquait le site Fasct Company, le processus de sélection d’Uber n’est pas infaillible, mais il existe, alors qu’Airbnb a préféré se passer de cette procédure, sans que les mauvaises expériences ne dépassent le stade de l’exception statistique. Mais avec un grand pouvoir viennent de grandes responsabilités, et les utilisateurs seront à n’en pas douter impitoyables avec ces nouveaux géants de l’économie à la moindre mésaventure, sans même parler d’un drame comme celui du Michigan.

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