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Aux Jeux olympiques, une candidature réussie est une candidature perdante

FRANCOIS GUILLOT / AFP.

FRANCOIS GUILLOT / AFP.

Vous n'avez pas pu y échapper, Paris est candidate à l'organisation des Jeux olympiques d'été 2024 face à Los Angeles, Rome et Budapest, cent ans pile après les Jeux 1924, qui s'étaient tenus dans la capitale. Vendu sous le slogan «La force d'un rêve», le projet parisien est «complètement en contrôle», selon le coprésident du comité d'organisation Tony Estanguet. «Il nous faudra être les meilleurs, être soutenus et nous soutenir les uns les autres», a lancé la maire de Paris, Anne Hidalgo.

Si cette candidature est soutenue par 65% des sondés dans une récente enquête, il n'y a pas forcément à aller très loin pour trouver des visions critiques de l'opportunité d'organiser cette compétition. Dans une chronique publiée par l'Associated Press, Paul Newberry explique ainsi, chiffres et interviews d'économistes à l'appui, qu'«il est clair que les vrais vainqueurs de cette compétition seront les trois villes perdantes»:

«Celui qui remportera les Jeux [...] a des chances d'être plombé par des milliards de dollars de dettes, peu importe la créativité comptable dont il fera preuve pour faire croire à des retombées, et de se retrouver avec des bénéfices bien peu tangibles une fois que la flamme olympique sera éteinte.»

Dans un post publié par le blog de France TV Info Classe éco (et récemment remis en avant par son auteur), l'économiste Alexandre Delaigue listait à l'automne 2013 les plaies financières liées à l'organisation des Jeux olympiques (coûts d'organisation bien plus élevés et bénéfices bien moins élevés que les estimations initiales, évaluations comptables douteuses...), notamment imputables à la compétition acharnée entre les villes:

«Ce n'est pas un hasard si les seuls Jeux réellement rentables des dernières décennies ont été ceux de Los Angeles en 1984, qui était la seule ville candidate à ces Jeux boycottés par les pays de l'Est, et qui a pu obtenir des conditions favorables.»

Le cas de Rio, qui organise les prochains Jeux d'été en août 2016, est particulièrement parlant et vient de faire l'objet d'une enquête du site ESPN consacrée à l'échec de ses promesses en matière d'environnement, sous le titre «La promesse que Rio n'a pas pu remplir». Le site note que «c'est loin d'être la première fois qu'un écart s'est creusé entre les arguments avancés lors de la présentation du projet et son exécution».

En décembre dernier, notre chroniqueur Yannick Cochennec estimait que «la candidature de Paris aux JO de 2024 mérite un vrai débat public» alors que la municipalité de Paris, longtemps réticente à l'idée d'une candidature olympique, fermait la porte à l'organisation d'un référendum pour que les Franciliens se prononcent sur son opportunité. Un vote auquel appellent d'ailleurs des élus écologistes parisiens, inquiets d'un possible dérapage budgétaire. En novembre dernier, la ville allemande de Hambourg avait dit non à une candidature à l'organisation des JO à l'issue d'un référendum serré.

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