Le parti républicain est un monstre à trois têtes

Ted Cruz, Donald Trump et Marco Rubio lors du débat du 13 février 2016. JIM WATSON / AFP.

Ted Cruz, Donald Trump et Marco Rubio lors du débat du 13 février 2016. JIM WATSON / AFP.

Et la seule chose qui puisse empêcher l'investiture de Donald Trump serait qu'on en voie plus que deux.

Les résultats de la primaire de Caroline du Sud ont aidé le parti républicain a réduire la lutte pour l'investiture, dans les faits, à trois candidats. Mais il y a encore beaucoup de chemin à faire avant qu'ils ne soient plus que deux, et Donald Trump garde l'avantage tant que ce n'est pas le cas.

Après sa victoire de samedi, Trump a aisément réussi le «doublé» New Hampshire-Caroline du Sud. En la matière, l'histoire électorale est simple à comprendre côté républicain: le candidat qui réussit cette performance remporte l'investiture. Néanmoins, l'échantillon statistique est plutôt réduit et il existe encore un scénario qui peut faire chuter Trump: s'il doit affronter en duel Marco Rubio ou Ted Cruz. Le problème de la majorité anti-Trump est de trouver comment passer d'une compétition à trois candidats, la plus naturelle si on se fie aux résultats de la Caroline du Sud, à un duel à deux.

Rubio et Cruz sont arrivés au coude à coude en Caroline du Sud avec un score légèrement supérieur à 22%, là où Trump a remporté plus de 32% des voix. Comme c'était déjà le cas après la troisième place au finish de Rubio derrière Cruz et Trump dans l'Iowa au début du mois, l'entourage du sénateur de Floride essaie de vendre ce résultat comme une victoire décisive pour lui. Cela lui fait pourtant commencer les primaires avec une troisième place, puis une cinquième, puis une seconde –très loin de ses espoirs de «stratégie 3-2-1», qui reflétaient l'importance d'une victoire dans une des primaires «isolées» avant le «Super Tuesday» du 1er mars. Il n'en reste qu'une, les caucus du Nevada, et même s'ils ne sont pas gagnés d'avance pour Trump, il y domine les sondages avec une marge qu'il n'avait pas dans l'Iowa, la seule primaire qu'il n'a pas gagnée pour l'instant.

Pendant ce temps-là, Cruz peut lui revendiquer une victoire, mais n'a pas réussi à la convertir en gains ailleurs dans le pays. Contrairement à d'autres vainqueurs de l'Iowa, comme Mike Huckabee et Rick Santorum, Cruz était supposé bâtir sur ce succès, et le fait qu'il finisse à peine au-dessus de 22% en Caroline du Sud après une quasi-«impasse» sur le New Hampshire n'est pas encourageant pour lui. Il est de plus difficile de voir quels États il peut remporter désormais, à l'exception notable du Texas. Or, il a besoin de succès très vite, car sa stratégie pour remporter l'investiture nécessite de remporter un Grand Chelem dans le Sud le 1er mars pour se bâtir une position de favori en vue des États à quitte ou double du 15 mars (Floride, Illinois, Ohio...), où le vainqueur remportera tous les délégués. Le problème, c'est que la Caroline du Sud est dans le Sud, et que Trump l'y a nettement battu.

Deux choix

Dans sa recherche de quelqu'un capable d'affronter Trump au corps à corps, le parti républicain n'a plus que deux choix: un candidat, Rubio, qui a le plus de marge de progression mais qui n'a été capable de disputer la victoire dans aucune primaire jusqu'ici; et un autre, Cruz, qui en a remporté une mais a du mal à élargir sa base au-delà des électeurs les plus conservateurs.

Dans l'ensemble, Rubio a les meilleurs arguments. Maintenant que Jeb Bush a officiellement retiré sa candidature et que celle de John Kasich est dans les limbes, il peut espérer attirer à lui suffisamment de votes (et d'argent) pour obtenir de meilleurs résultats. Et à partir du 15 mars, le calendrier lui sera beaucoup plus favorable –ou, du moins, beaucoup plus défavorable à Cruz.

Mais même si Cruz commence à être distancé par Rubio, quelle serait la raison qui pourrait le pousser à se retirer? La plupart des candidats se retirent quand ils n'ont plus d'argent, et l'argent n'est pas un problème pour lui. Si ses soutiens n'augmenteront probablement pas tant que Rubio est en lice, ils ne s'effondreront pas non plus. Il peut se maintenir en espérant prendre enfin son envol à un moment de la course –ou au moins essayer d'amasser assez de délégués pour empêcher les autres candidats d'atteindre une majorité absolue lors de la convention.

Du «couloir de l'establishment» au couloir anti-Trump

Depuis des mois, un des récits dominants autour de la primaire républicaine a été celui de la bagarre dans ce qu'on a appelé le «couloir de l'establishment», où jouaient des coudes Rubio, Bush, Kasich et Chris Christie. Elle a joué un rôle dans le New Hampshire, ces quatre candidats se partageant le substantiel électorat anti-Trump et permettant à ce dernier de revendiquer une victoire éclatante. Le New Hampshire a failli à sa mission de désigner un «vainqueur» au sein de l'establishment, mais la Caroline du Sud a résolu ce problème.

La question du «couloir de l'establishment» semble probablement réglée, mais est remplacée par une autre encore plus piégeuse: qui, au sein du «couloir anti-Trump», sort du lot à cet instant précis? L'enjeu est désormais beaucoup plus élevé qu'il ne l'était dans le New Hampshire ou en Caroline du Sud. Si ce dilemme Cruz-Rubio n'est pas résolu, Trump en tirera profit, et celui-ci sera bien plus élevé qu'une ou deux primaires étatiques: soit il remportera la nomination, soit il ira à la convention pour combattre le candidat arrivé en tête en nombre de délégués. Et dans ce dernier cas, cela ne sera pas beau à voir.

Partager cet article