Si Apple cède face au FBI, devra-t-il céder face à la Chine et la Russie?

Andrew Burton / AFP.

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Dans le duel qui oppose actuellement Apple au gouvernement américain, le droit à la confidentialité des informations n'est pas qu'un argument éthique pour la marque à la pomme: c'est aussi (surtout?) un argument marketing, comme si les intérêts business et ceux des défenseurs de la vie privée en ligne venaient à (brièvement) coïncider. C'est ce qu'explique un article du New York Times qui revient notamment sur l'impact que pourrait avoir ce conflit sur le décisif marché chinois (dont le ralentissement a déjà impacté de manière importante l'action Apple):

«Aujourd'hui, la Chine est le second marché pour Apple derrière les États-Unis –les consommateurs chinois ont dépensé 59 milliards de dollars en produits Apple l'an dernier– et l'iPhone, le best-seller de l'entreprise, y est devenu à la fois une marque de statut social et une forme de sécurité personnelle, étant donné à quel point il est difficile à "craquer" dans un contexte d'inquiétudes croissante autour du hacking et de la cybercriminalité.»

D'après le quotidien américain, «le groupe vise le long terme», dans un contexte où la sécurité et le droit à la vie privée «font partie de sa marque, spécialement à l'international»: «Et l'idée est que, s'il coopère avec un gouvernement, il finira par devoir coopérer avec tous.» Fortune note par ailleurs que coïncidence, ce duel avec le gouvernement américain survient alors qu'Apple lance sa solution de paiement Apple Pay en Chine.

L'argument selon lequel une défaite d'Apple face au FBI pourrait conduire à des répercussions inquiétantes à l'étranger a également été utilisé par plusieurs observateurs, comme Nicholas Weaver, chercheur à l'International Computer Science Institute de Berkeley (Californie), interviewé par le Los Angeles Times:

«Cela affaiblit complètement le droit à la vie privée à l'étranger, et si le gouvernement croit que cela ne créera pas un précédent qui sera utilisé en Chine, en Russie et ailleurs, il commet une grosse erreur.»

Interviewé par le Guardian, le sénateur démocrate de l'Oregon Ron Wyden, à la pointe sur les questions de technologie et de vie privée, a lui aussi fait part de son inquiétude:

«Cette demande du FBI pourrait avoir un effet boule de neige dans le monde entier. Pourquoi donc notre gouvernement devrait-il donner à des régimes répressifs comme la Russie et la Chine un modèle pour forcer les entreprises américaines à créer des "portes dérobées"? Les entreprises doivent se conformer aux demandes légales dans la mesure où elles en sont capables, mais aucune ne devrait être obligée de délibérément dégrader son produit. Sur le long terme, la sécurité en ligne des Américains sera la vraie perdante.»

Cette attitude d'Apple ne va pas par ailleurs sans une possible hypocrisie, comme le note Quartz, qui rapporte des informations divulguées par la presse chinoise en janvier 2015, selon lesquelles la marque à la pomme avait accepté à l'époque des contrôles de sécurité demandés par le gouvernement chinois.

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