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La mystérieuse (et parfois crapuleuse) origine des langues secrètes

Carnet proposant des jeux d’espions pour enfants, début des années 1960 | Sludge G. via Flickr CC License by

Carnet proposant des jeux d’espions pour enfants, début des années 1960 | Sludge G. via Flickr CC License by

«How bona to vada your dolly old eek?» Ça ne vous dit rien? Normal, c'est du polari, une des nombreuses langues secrètes inventées au cours des siècles.

Dans le Londres des années 1930, il fallait se faire discret quand on était homosexuel(le). Les gays et lesbiennes utilisaient un langage secret pour discuter en public et se reconnaître entre eux, le tout sans se faire repérer. Ce langage codé, nommé «polari», était également utilisé par les criminels, prostitués et gens du spectacle. Mélange un peu flou de yiddish, lingua franca, italien et cockney, le polari fut popularisé par un duo humoristique pendant les années 1960, comme rapporte ce reportage de la BBC. Avec la dépénalisation de l’homosexualité, le polari est progressivement tombé en désuétude... sans toutefois totalement disparaître. La preuve: dans son dernier album, plus précisément dans la chanson «Girl loves me», David Bowie utilise un mélange de polari et de nadsat, langage fictif employé dans Orange Mécanique.

 

Car le polari n’est pas le seul cryptolecte à avoir vu le jour. Ces langues secrètes existent depuis plusieurs siècles et permettent à des communautés ostracisées ou criminelles de communiquer au grand jour. Dans une longue enquête pour la BBC, David Johnson revient sur les différents langages secrets utilisés au fil des époques et des pays.

Lexique carcéral

Dans les années 1970, relate David Johnson, le linguiste Michael Halliday a noté des similitudes entre le jargon des voleurs, utilisé par les brigands au Moyen Âge, et des jargons plus récents comme le «kolkata», à Calcutta, ou le «grypserka», employé dans les prisons polonaises. Les trois langages se basent sur une langue maternelle, à partir de laquelle certains mots sont remplacés par d’autres. Souvent, de multiples termes sont inventés pour désigner une même chose à l’origine, ce que Halliday nomme «surlexicalisation». Le kolkata a par exemple quarante-et-un mots pour police et vingt pour bombe.

Le linguiste avance l’anticonformisme, plus que le secret, comme raison d’être de ces langages. Ce qui explique sans doute pourquoi les prisons sont des lieux privilégiés pour le développement de ces codes. En Nouvelle-Zélande, le «boobslang» des places carcérales a un lexique, et il contient environ 3.000 mots.

Parfois, un code se popularise et certains de ses termes passent dans la langue d’origine. Dans le cas du polari, des mots comme «barney» (un pub) ou «drag» (vêtements de femme) sont passés dans la langue anglaise. En France, l’argot et le verlan se sont progressivement glissés dans notre langage familier quotidien. Consécration de ces codes alternatifs, l’acteur Jean Rochefort s’est mis à revisiter les classiques de la littérature, version 2016, comme un véritable boloss.

 
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