Si les filles abandonnent les études scientifiques, c’est aussi à cause des garçons

Les étudiants ont tendance à surévaluer la compétence de leurs camarades de classe masculins et à sous-estimer celle des jeunes femmes | Idaho National Laboratory via Flickr CC License by

Les étudiants ont tendance à surévaluer la compétence de leurs camarades de classe masculins et à sous-estimer celle des jeunes femmes | Idaho National Laboratory via Flickr CC License by

Une étude menée par une équipe d’anthropologues souligne que les étudiants en filière scientifique sous-évaluent les compétences de leurs camarades du sexe opposé. Et ce n’est pas sans incidence sur la suite de leur cursus.

Qui est le meilleur élève ou le meilleur étudiant? La réponse dépend du sexe de la personne à laquelle la question est posée. Une étude, publiée dans Plos One et repérée par le Washington Post, menée par l’anthropologue Dan Grunspan, de l’université de Washington, confirme que les étudiants ont tendance à surévaluer la compétence de leurs pairs, en mettant sur le podium des représentants de la gent masculine, même quand des camarades de sexe féminin avaient des résultats supérieurs.

Ce sexisme, les chercheurs l’ont quantifié en interrogeant des milliers d’étudiants en licence de biologie. Résultats: pour qu’une jeune femme soit jugée comme la meilleure des étudiantes par ses camarades masculins, sa moyenne doit être de 0,75 point plus élevée. Un écart encore plus important outre-Atlantique qu’on ne le croit puisque les étudiants américains sont notés sur 4 (A correspond à 4, B à 3, C à 2, D à 1 et F à 0).

En clair, «cela revient à croire qu’un homme qui a B de moyenne et une femme qui a A ont les mêmes capacités», résume Sarah Eddy, qui a participé à l’étude. Et ce, sachant que les chercheurs ont déjà pris en compte dans leurs résultats le fait que les étudiants prenaient davantage la parole en cours que leurs condisciples de sexe féminin et sont donc plus visibles de leurs pairs.

Environnement hostile

Ce fossé de perception peut bien être encore plus conséquent dans les autres filières scientifiques. «Sachant que la biologie est une filière scientifique mixte, vous pouvez imaginer ce qu’il en est dans des cursus de physique, de mathématiques ou d’ingénierie, qui sont numériquement dominés par les garçons», poursuit Sarah Eddy dans un communiqué. Ce qui est problématique, c’est que le soutien de ses camarades est un facteur-clef dans la poursuite des études scientifiques chez les jeunes femmes, qui se retrouvent déjà en minorité numérique: «Pour finir vos études, vous avez besoin de croire que vous pouvez le faire, et une des choses qui peut vous convaincre est que vos camarades disent que vous en êtes capable.»

Autre point négatif que rappellent les chercheurs: leurs travaux sont la preuve que cet environnement hostile aux femmes n’est pas vraiment sur le point de disparaître. «Les étudiants sont les futurs décideurs, souligne Dan Grunspan. […] Si l’on retrouve ce problème au sein de la génération Y, cela signifie que les préjugés sexistes ne disparaîtront pas lorsque cette nouvelle génération sera au pouvoir.»

Reste qu’ils proposent quelques pistes pour enrayer, autant que possible, ce sexisme. Ils suggèrent de faire participer les élèves en suivant une liste aléatoire de noms ou encore de créer des petits groupes de parole, moins intimidants, pour inciter les jeunes femmes à s’exprimer. Mais concèdent que le défi n’en reste pas moins de taille.

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