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Après Cologne, une Allemande appelle à oser parler du «sexisme importé»

À Cologne, le 7 janvier 2016. Roberto Pfeil / AFP.

À Cologne, le 7 janvier 2016. Roberto Pfeil / AFP.

Une jeune allemande reproche à la gauche de fermer les yeux sur «le sexisme que les réfugiés apportent avec eux» et appelle à faire tomber ce tabou «sans tomber dans le piège du racisme».

L’intense débat sociétal provoqué en Allemagne par les agressions de masse qui ont eu lieu à Cologne durant la nuit du 31 décembre ne semble pas près de se tarir. D’après les derniers éléments de l’enquête, que rapportait mi-février le Huffington Post Deutschland, la grande majorité des personnes interpellées par la police n’étaient pas des réfugiés mais des ressortissants du Maroc et d’Algérie vivant depuis longtemps en Allemagne.

Une jeune femme qui a souhaité garder l’anonymat publie cette semaine une tribune dans le quotidien de gauche Die Tageszeitung, dans laquelle elle accuse la gauche allemande de fermer les yeux sur ce qu’elle appelle «un sexisme importé extrêmement patriarcal»:

«Je suis une femme et je suis de gauche. Depuis les événements à Cologne, j’ai un problème car je ne me sens plus représentée dans les débats. La gauche dit qu’on ne doit parler de la violence sexualisée que lorsqu’elle n’est pas exercée par les migrants. […] Elle dissimule ce qui m’est arrivé. La droite utilise elle les événements pour exacerber les préjugés à l’encontre des réfugiés. […] Elle a usurpé mon sujet.»

La jeune femme ne fait pas partie des victimes de la nuit de Cologne mais raconte qu’elle a elle-même été confrontée au harcèlement sexuel lors d’un séjour en France, où elle a fait une partie de ses études:

«Je vivais dans un foyer universitaire délabré. Les hommes et les femmes devaient partager les douches, les salles de bain et les toilettes qui se trouvaient dans le couloir. C’est là que j’ai eu pour la première fois des expériences désagréables avec de jeunes hommes originaires des pays du Maghreb. Ils ne me regardaient pas. Ils me fixaient. Ils frappaient durant des minutes entières contre la porte de ma chambre. Ils attendaient devant ma cabine de douche. M’écoutaient devant la porte des toilettes.»

Elle relate également avoir échappé de justesse à un viol, après avoir accepté l’invitation à dîner d’un professeur marocain qui enseignait à son université. Elle n’a pas porté plainte, n’en a parlé ni à la direction de l’université, ni à ses parents. Ces expériences traumatisantes ont ébranlé ses convictions, se souvient-elle:

«Le pire, c’était les doutes qui se sont installés dans ma conscience. Je changeais de trottoir quand je voyais des Arabes. J’évitais leurs quartiers. Je me dégoûtais: est-ce que je commençais soudain à voir en chaque Arabe un violeur potentiel? Suis-je devenue raciste?»

La jeune femme explique avoir choisi «la stratégie contraire»:

«Je voulais devenir une citoyenne meilleure. J’ai fait la connaissance d’Allemands d’origine arabe. Ils m’ont parlé des discriminations quotidiennes. Ils sont devenus mes amis. Je me disais que "mon" agresseur aurait également pu être un Français ou un Allemand de naissance.»

Elle s’est également engagée comme bénévole dans un centre d’accueil pour réfugiés l’année dernière. Mais le silence gêné de la gauche allemande après les événements de Cologne, les discours des associations féministes pointant le fait que le sexisme est profondément enraciné dans la société allemande et le fait qu’elle ait été agressée récemment dans le métro par deux jeunes hommes parlant arabe l’a poussée à prendre la parole, explique-t-elle:

«Ce qui préoccupe les féministes est juste: signaler que le sexisme au quotidien est présent depuis toujours en Allemagne. Dans la rue. Au bureau. Dans les relations de dépendance. Mais le doigt tendu par la gauche vers le lieu de travail, la Fête de la Bière et le carnaval en tant que lieux où s’exerce le sexisme ne sert à rien alors que nous sommes sur le point de devenir une société d’immigration. Lorsqu’il était question de cas d’abus sexuels au sein de l’Église catholique, les défenseurs des droits des enfants n’ont pas songé à parler d’abord des abus sexuels à l’école.»

Mettre le doigt sur «le sexisme que les réfugiés apportent avec eux» et ce «sans tomber dans le piège du racisme» consiste pour elle à «parler de structures patriarcales»:

«On pourrait aussi imaginer des solutions de gauche dans le combat contre le sexisme importé: plus de cours d’intégration. Soutien aux femmes. Projets en faveur de la parité. Un débat sur les valeurs au sein de l’islam. Et enfin, un texte de loi sur le viol qui mérite son nom.»

L’auteure fait ici référence au code pénal allemand, qui ne reconnaît actuellement l’existence d’un viol que dans trois cas de figure, lorsqu’un rapport sexuel est obtenu par la violence, sous la menace ou lorsque la victime n’est pas en capacité de se défendre. Après la nuit de Cologne, le ministre allemand de la Justice, Heiko Maas (SPD), a justement annoncé vouloir durcir le droit pénal relatif aux violences sexuelles, comme nous le rapportions en janvier.

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