Myriam El Khomri, à contre-emploi sur le projet de loi sur le travail

Myriam El Khomri, le 18 février 2016. KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Myriam El Khomri, le 18 février 2016. KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Pour les observateurs, ça ne fait pas de doute: Myriam El Khomri est la nouvelle Emmanuel Macron!

Le projet de loi de la ministre du Travail, Myriam El Khomri, sur la négociation collective, le travail et l’emploi, qui vise à réformer le code du travail et sera présenté en Conseil des ministres le 9 mars, a pris tout le monde de cours. Comme le note Le Parisien qui a publié le document de travail du projet, «s'il ne touche pas à la durée légale, [ce projet] donnera la main aux employeurs qui pourront avoir recours facilement aux multiples exceptions qui entourent la règle des 35 heures en établissant des accords.»

Décryptés dans un article de Libération, les aménagements prévus existent déjà pour certains dans la loi, mais le projet consiste à faciliter leur mise en œuvre dans les entreprises. Par exemple, le projet prévoit de faciliter le recours exceptionnel à un temps de travail allongé (jusqu’à 60 heures par semaine), par un accord d’entreprise. Il faut dans l’état actuel l’autorisation de l’inspection du travail.

De même, le projet de loi prévoit d’alléger les conditions économiques justifiant des licenciements économiques de salariés. Le patronat, qui accueille favorablement cette évolution, fait valoir que la définition trop restrictive du licenciement économique dans la loi française dissuadait les entreprises d’embaucher des CDI. Les indemnités prévues en cas de licenciement abusif devraient, par ailleurs, être plafonnées. Les syndicats ont unanimement rejeté ces mesures.

Quand des journaux qui militent pour une libéralisation accrue du marché du travail se félicitent de mesures «chocs», c’est le signe que les propositions risquent de ne pas plaire à gauche. Et c’est justement ce qui se passe, les syndicats, mais aussi de nombreux socialistes y compris leur premier secrétaire, ayant fait entendre leur réserve sur le projet en l'état.

La loi «El Macron»

Comme l'analyse Thierry Fabre dans Challenges, «Myriam El Khomri fait du Macron». Son confrère du gouvernement a d'ailleurs salué des mesures qui apporteront «plus de souplesse, plus de flexibilité, et des protections repensées», et qui permettront de créer plus d'emplois.

«Plus consensuelle, elle ne vient pas de la droite du parti», écrit Thierry Fabre, et c’était justement la raison de sa nomination au ministère du Travail: elle devait rassurer la gauche du PS mais se retrouve à contre-emploi... et pourrait même devoir se servir du 49-3 pour faire passer son texte, comme avant elle Emmanuel Macron. Au point qu’on parle, s’amuse Dominique Seux sur France Inter, d’une loi «El Macron» pour moquer ce projet qui semble porter la marque du ministre de l’Économie.

Selon le journaliste de Challenges, le choix de faire porter ce projet à la ministre du Travail viendrait de Manuel Valls: le Premier ministre chercherait à marginaliser son rival, avec qui il partage une même ligne libérale sans pour autant bénéficier d'une popularité comparable.

Partager cet article