Votre week-end dans la Grande-Bretagne du «Brexit»

Tower Bridge illuminé  / jpitha via Flickr CC License By

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Que changerait, pour un touriste français, une sortie du pays de l'Union européenne?

Pour un ressortissant de l'Union européenne, passer un week-end à Londres a déjà quelque chose d’un peu exotique: il faut traverser une étendue d’eau, par dessus ou par en-dessous, montrer ses papiers d’identité, changer de l’argent, s’habituer à la météo et se rendre compte, une fois sur place, que les prises électriques sont différentes. Un «Brexit» pourrait toutefois rendre l’expérience encore plus atypique sur une poignée de points. Illustration.

Le passage de la frontière

Muni(e) de votre guide de voyage, de votre billet, de votre sac et de vos papiers d’identité, vous embarquez à bord de l’Eurostar, au premier étage de la gare du Nord. Le train à grande vitesse, inauguré en 1994, ne risque pas vraiment de changer de nom, malgré sa connotation européenne. Eurostar Ltd. est une entreprise privée, et la démarche serait franchement inutile.

Vous passez tout d’abord le contrôle à la frontière: jusqu’ici, rien de nouveau. Le Royaume-Uni n’étant pas membre de l’espace Schengen, vous devez montrer patte blanche. Soit un passeport ou une carte d’identité en cours de validité, doublée d’une autorisation parentale si vous êtes mineur(e) non accompagné(e). Si le Royaume-Uni venait à quitter l’Union européenne, les démarches pourraient toutefois se compliquer: l’entrée sur le territoire britannique pourrait se faire uniquement avec un passeport, ou même un visa.

En cas de «Brexit», si vous optez pour le ferry, il se peut que vous passiez la frontière à Douvres. Le déplacement du point de contrôle fait débat, notamment en termes de passage des migrants. 

La livre sterling

Une fois les contrôles d'identité et de sécurité passés, vous vous installez confortablement dans l’Eurostar et comptez votre argent, remarquant au passage la commission douloureuse prise par l’agent de change. Jusqu’ici, rien d’inhabituel.

En cas de «Brexit», la conjecture pourrait toutefois être plus favorable à l’euro qu’à la livre. Actuellement, 1 livre vaut 1,27 euro. Si la livre perd de la valeur vis-à-vis de la monnaie unique en raison des inquiétudes consécutives à un «Brexit», 1 livre pourrait par exemple ne plus valoir que 1,10 euro. Vous dépenseriez donc moins d'euros pour obtenir la même quantité de livres, et votre pouvoir d'achat outre-Manche en serait augmenté. Toutefois, à ce jour, rien n'est vraiment prédictible quant au cours de la livre dans une telle situation.

Le prix des attractions touristiques

Être citoyen de l'UE ou non ne change pas grand chose pour le tourisme en Grande-Bretagne. Une fois sur place, vous ne pourrez toujours pas visiter Big Ben. Ce privilège est réservé aux résidents britanniques, et il faut se faire parrainer par un membre du Parlement. La démarche n’est pas impossible, mais nécessite une certaine préparation et une adresse au Royaume-Uni.

Exit Big Ben donc, direction Buckingham Palace. Si le British Museum ou la National Gallery sont gratuits, la visite du palais royal se fait à partir de 20 livres, à des dates bien précises. Cela reste une résidence, après tout. Les tarifs sont harmonisés, et contrairement à Paris où plusieurs musées sont gratuits pour les résidents européens âgés de moins de 25 ans, le Royaume-Uni n'a pas un tel système. En revanche, en cas de sortie de l'UE, le gouvernement britannique n'ira peut-être pas jusqu'à majorer le prix des entrées pour les non-nationaux, comme c’est par exemple le cas au Taj Mahal, en Inde...

La nourriture

Mécontent d’avoir payé 30 livres pour voir trois tableaux et deux tapisseries, vous décidez de vous consoler avec un fish’n’chips et une bière bien «british». Seulement voilà, le «Brexit» a poussé l'Europe à sucrer les subventions européennes aux agriculteurs britanniques. Les tarifs de douane ont été remis en vigueur, causant à long terme des problèmes de production et une chute de l’offre en avoine, en orge et en pommes de terre notamment. Le prix de votre plat et de votre bière s’en ressent, vous laissant un goût amer en bouche.

Les soins médicaux

Pas de chance! Grognant à cause de votre addition salée, vous n’avez pas remarqué la frite tombée au sol. Vous glissez, faites tomber votre pinte vide et vous ouvrez la main sur les bouts de verre. La blessure est superficielle, mais nécessite quand même des soins. Direction le médecin, muni de votre Carte européenne d’assurance maladie (oui, celle que vous oubliez toujours de demander avant de voyager).

Actuellement, si vous vous adressez à un médecin du service national de santé, vous ne paierez rien. En cas de «Brexit», vous pourrez toujours vous servir de votre carte si le Royaume-Uni reste dans l’Espace économique européen, comme la Norvège ou l’Islande. Plusieurs scénarios sont envisagés sur ce point. Les conditions de remboursement pourraient toutefois en être modifiées. 

Les frais universitaires

Plongé dans la contemplation de la vie fourmillante de la City, assis sur un banc, un peu anesthésié par les calmants administrés par le médecin, vous vous interrogez soudain sur l'idée de reprendre vos études, pourquoi pas pour un master en journalisme international à la City University. Surprise! Si les frais de scolarité pour les étudiants européens et britanniques sont actuellement identiques, ils sont majorés de 10.000 livres pour les non-ressortissants de l'UE, une pratique courante. Cela sera-t-il amené à changer en cas de «Brexit»?

Refroidi(e) par cette dernière nouvelle, vous décidez d’abréger votre week-end et de rentrer à la maison. La prochaine fois, vous pourrez toujours aller attraper un rhume en campant en Ecosse, celle-ci ayant exprimé le souhait de rester dans l’Union Européenne en cas de «Brexit». Cela pourrait même amener ses électeurs à voter pour, pour gagner leur indépendance.

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