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Plus fort qu'Hitchcock, le neurothriller moderne

Tilda Swinton dans «We Need To Talk About Kevin» I  Diaphana Distribution

Tilda Swinton dans «We Need To Talk About Kevin» I Diaphana Distribution

Accompagnant le progrès des neurosciences, les réalisateurs nous plongent aujourd'hui dans le tréfonds de leurs personnages.

Grâce au développement des neurosciences, on en sait de plus en plus sur le cerveau humain. Un interêt qui n'a pas échappé au cinéma. L'année passée, le film Pixar Vice Versa nous plongeait ainsi au cœur de la psychée d'une jeune adolescente américaine entre peur, colère, joie, tristesse et dégoût. 


Mais c'est sans doute dans le cadre du film à suspense que cette exploration est la plus poussée. Pour Patricia Pisters, professeure spécialisée dans l’étude des médias à l’université d’Amsterdam, qui signe un long article dans Aeon, on a même assisté ces dernières années à l'émergence d'un nouveau genre: le neurothriller.

«Consciemment ou non, les réalisateurs contemporains ne se servent pas seulement des connaissances amassées sur le cerveau par les expériences neuroscientifiques, mais leurs films stimulent également les sens névralgiques des émotions, sans passer par la narration», affirme-t-elle.

L'œuvre de certains cinéastes auraient ainsi de nombreuses correspondances avec les travaux de neuroscientifiques comme Jaak Panksepp, qui a théorisé les «sept émotions fondamentales»: la recherche, la peur, la rage, le désir, les soins, la panique/la détresse de la séparation et le jeu, et les différentes formes que ces émotions peuvent prendre. Antonio Damasio, de l’université de Californie du Sud, a quant à lui montré que les sensations pures existent, par simple stimulation de certaines zones du cerveau, sans narration ou sentiment aucuns.

Jusqu'ici développe-t-elle, un maître du suspense comme Hitchcock jouait avec le spectateur en lui donnant plus d'informations qu'aux personnages et en l'intégrant à l'action par la mise en scène. Aujourd'hui, les films vont nous plonger directement dans la psyché des personnages. Le suspense joue moins sur le déroulement de l'intrigue que comment les héros vont la vivre à travers leurs émotions.

Patricia Pisters prend l’exemple du film Melancholia, réalisé par Lars Von Trier en 2011. Le film suit deux sœurs, Justine et Claire, alors qu’une planète nommée Melancholia menace de s’écraser sur Terre. 

«L’accès premier que nous avons en tant que spectateur est au niveau d’une tristesse pure, que nous pouvons ressentir dans les couleurs sombres de la mise en scène, qui semblent avoir perdu toute énergie, et dans les mouvements lourds de Justine, qui peine à marcher», décrit la chercheur. 

Pour elle, cela relève de «l’affect pur».

 


Elle s’appuie aussi sur We Need to Talk About Kevin, sorti en 2011. À travers les regards, les couleurs et le point de vue de la mère, le spectateur est directement confronté à sa perception de l’histoire. Il n’apprend le reste de l’histoire qu’au fur et à mesure. Et cite également Red Road d'Andrea Arnold, et son exploration de notre rapport complexe observateur/observé au caméras de surveillance.

«Le neurothriller incarne l'émotion du film, tout comme le corps humain incarne l'émotion de l'esprit», analyse Patricia Pisters. 

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