Culture / Monde

Le World Press Photo a choisi le bon sujet, mais pas la bonne image

Temps de lecture : 2 min

Signée de l'australien Warren Richardson, la photo de l'année, qui montre des réfugiés à la frontière serbo-hongroise, est trop douce et trop classique pour un drame d'une telle violence.

Image de Warren Richardson, élue «Photo de l'année 2015» par le World Press Photo. Cette photo a été prise à la frontière entre Horgoš, en Serbie, et Röszke, en Hongrie, dans la nuit du 28 août 2015.
Image de Warren Richardson, élue «Photo de l'année 2015» par le World Press Photo. Cette photo a été prise à la frontière entre Horgoš, en Serbie, et Röszke, en Hongrie, dans la nuit du 28 août 2015.

Chaque année, le World Press Photo déçoit les attentes. 2016 ne fait pas exception.

Le 18 février, le prix de la «photo de l'année» 2015 a été décerné à l'australien Warren Richardson. Son image, prise à la frontière entre Horgoš, en Serbie, et Röszke, en Hongrie, dans la nuit du 28 août 2015, montre un réfugié qui passe un bébé à travers des barbelés coupants.

Au vu des douze mois qui viennent de s'écouler, le choix du sujet est compréhensible. Le World Press Photo ne s'est pas trompé, la question des réfugiés est bien le sujet de l'année. Or, cette photo montre un détail alors que le phénomène, au contraire, se traduit par des foules massées encore aujourd'hui aux frontières, comme à Bab al-salama entre la Syrie et la Turquie. Cette photo ne montre pas l'ampleur du drame.

D'autres travaux étaient plus forts, plus intéressants. Certains, avec le même parti pris en noir et blanc, ont réussi à montrer une vraie détresse, comme celui d'Alex Majoli, qui pourtant n'a pas été primé.

L'image de Richardson montre, mais pas trop. On joue sur des petits symboles. Cette photo est trop douce et trop classique pour un drame d'une violence inouïe. Représente-elle l'année 2015 que nous avons vécue? Si cette tragédie est celle d'enfants passés entre les barbelés, elle est surtout celle de milliers d'enfants morts rejetés par la mer. Et si la photo de l'année était celle du petit Aylan Kurdi, cette image qui a été tellement questionnée dans les rédactions?

Mais la logique même du World Press Photo ne permet pas de montrer un enfant mort. Ce prix est suivi d'une exposition qui tourne à travers le monde. Il ne faut pas perdre le public, ni les sponsors.

Ce prix raconte-il encore la presse? Les images sont malheureusement sorties de leur contexte de publication. Celle de Richardson a-t-elle été publiée dans un journal ou un magazine? Lequel? Où? Comment? Comment la page a-t-elle été titrée? Le World Press ne donne pas de réponse et ne publie qu'une seule image du photographe, qui fait pourtant partie d'un travail plus large.

Une dernière question: pourquoi sépare-t-on ce prix du prix multimédia, qui sera annoncé le 16 mars? Le World Press Photo semble décidement avoir du mal à s'adapter à l'évolution de nos pratiques.

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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