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Arrêtons de nous demander si nous sommes seuls dans l'univers

Hubble Sees Pinwheel of Star Birth / Nasa via Flickr CC License by.

Hubble Sees Pinwheel of Star Birth / Nasa via Flickr CC License by.

La réponse est très probablement «non». La bonne question est donc: et maintenant, on fait quoi?

Nous nous posons la question «Sommes-nous seuls dans l'univers?» depuis des millénaires. Sa première occurrence remonte au moins à Anaximandre (vers 610 av. J.-C. – vers 546 av. J.-C.), philosophe grec qui postula une «pluralité cosmique» –l'idée qu'un nombre élevé, si ce n'est infini, de planètes dotées de vie extraterrestre puissent exister. 

Cette question philosophique, devenue scientifique, est toujours au goût du jour;, mais l'heure est venue de ne plus se la poser. La réponse a toujours été là, évidente: non, nous ne sommes pas seuls. Bien sûr, la scientifique que je suis ne peux y accorder un degré de certitude de 100%, mais l'expérience laisse entendre que la réalité est bien là. 

Comme avec chaque découverte astronomique, une fois qu'un objet ou phénomène nouveau a été détecté, nous sommes sûrs d'en trouver d'autres. Nous avons découvert un point de donnée dans notre quête de la vie dans l'univers: la Terre. Le défi, après cette première détection, consiste à gagner en efficacité pour en trouver davantage. 

Certains phénomènes sont plus fréquents que d'autres, mais l'unicité n'est pas de ce monde –il n'y a jamais de cas particulier dans le cosmos. Après la découverte de la première supernova en 1054, d'autres furent observées au cours des siècles suivants. Puis, plus récemment, à la faveur d'avancées technologiques et de télescopes conçus pour les chercher, c'est un flot de découvertes qui nous a submergé. Aujourd'hui, nous nous servons des supernovæ pour mesurer l'accélération de l'univers et pour étudier comment les éléments créés par les étoiles sont dispersés dans le cosmos.  

Quand l'existence d'une exoplanète orbitant autour d'une étoile semblable au soleil fut confirmée, la nouvelle fut révolutionnaire. Au milieu des années 1990, nous en avions détectées une poignée. Aujourd'hui, à peine vingt ans plus tard, notre inventaire en compte plusieurs milliers. Grâce aux résultats spectaculaires (et statistiques) de Kepler, le télescope de la Nasa, nous savons désormais que quasiment toutes les étoiles hébergent au moins une planète. D'un coup, il y a des planètes partout.

Évidemment qu'il faut financer ces programmes!

Aujourd'hui, nous découvrons des planètes dans la «zone habitable» des étoiles –à distance suffisante pour que l'eau y existe à l'état liquide. La première, nous l'avons découverte en 2012. Trois ans plus tard, nous dépassons la trentaine et grâce à cette explosion de découvertes, c'est l'existence de plusieurs milliers qui sera très probablement confirmée. Les statistiques nous disent déjà qu'elles sont à peu près 20 milliards dans notre seule galaxie, la Voie Lactée, à pouvoir abriter la vie. Il y a plus de 100 milliards de galaxies dans notre univers.

Ces trente dernières années, le programme SETI aura été la figure de proue de la recherche d'une vie intelligente dans l'univers et continue de perfectionner ses télescopes et ses techniques expérimentales.

Encore plus prometteur: la recherche de biomarqueurs, des gaz dans l'atmosphère des planètes indiquant une vie présente ou passé sur leur surface. Une avancée rendue possible par la découverte d'exoplanètes en transit –des planètes qui éclipsent périodiquement leur étoile et dont l'atmosphère peut être analysée quand elles les éclaire par derrière. Une technique que les astronomes essayent déjà de mettre à profit et qui sera grandement aidée par les nouvelles compétences du télescope James-Webb, dont le lancement est prévu pour 2018. Les preuves concluantes de formes quelconques d'une vie extraterrestre pourraient nous arriver quand les voitures autonomes seront devenues la norme, soit aux alentours de 2020.  

Il est vrai que nos recherches sont entièrement guidées par ce que nous savons de nous-mêmes, ici sur cette planète, ce qui limite nos capacités d'identifier d'autres formes de vie. Mais la quasi-certitude de l'existence de la vie en dehors de la Terre devrait nous aider à passer du «Sommes-nous seuls?» à «Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait?»

En oubliant la première question, et en acceptant que sa réponse la plus probable est «non», alors nous pourrons focaliser nos ressources et notre attention sur la signification profonde et les bénéfices généraux d'une telle prise de conscience. Enfin, nous pourrons cesser de débattre de la pertinence du financement de programmes de recherche d'une vie extraterrestre. Évidemment qu'il faut les financer. Évidemment qu'il faut y investir l'argent du contribuable. Évidemment que de tels projets méritent l'engagement des esprits les plus brillants de cette planète. De tels investissements sont absolument nécessaires pour comprendre la vie sur Terre, pour nous comprendre nous-mêmes en comparant diverses biochimies et pouvoir développer une théorie générale de l'évolution.

Répercussions culturelles et sociologiques

En outre, si le monde entier comprenait que nous ne sommes pas seuls dans l'univers, les répercussions culturelles et sociologiques seraient des plus significatives pour notre société.

En nous pensant seuls, nos perspectives demeurent étroites et individualisées. En sachant que nous sommes une forme de vie parmi d'autres, à mon avis, nous nous sentirions moins divisés. Par exemple, là tout de suite, ce qui vous distingue de votre voisin le plus crispant vous saute sans doute aux yeux. Mais imaginez-vous largués dans un pays lointain, où vous êtes les seuls à parler votre langue, et il est bien possible que ce même voisin vous paraisse plus affable. L'existence d'un «eux» change le «nous» pour toujours. 

Quand vous vous savez, tous, être fondamentalement un élément du même, il est bien plus facile de se lier à son voisin, au clochard de la rue ou à cette personne qui, dans un avion, n'a pas la même couleur de peau ou de passeport que vous. Vraiment. Quand nous ne nous focaliserons plus sur nos différences, nous serons plus à l'aise avec ceux qui sont différents de nous. Nos opinions politiques pourraient même évoluer, nos angoisses culturelles se dissiper, notre façon de traiter l'étranger s'améliorer quand nous aurons acquis un sens nouveau de l'unité. Faites un zoom arrière et voyez la Terre comme une planète parmi d'autres. Nos frontières s'effaceront, nos clivages religieux et culturels se combleront.

La chose pourrait sembler niaise, mais il s'agit en réalité d'une technique scientifique qui a fait ses preuves –réduire le «bruit» en faisant la moyenne d'un grand nombre d'observations pour obtenir une vue plus claire de la réalité, sans la distraction des petits signaux sans importance que peuvent comporter nos données. De même, m'est avis que l'excès de détails sur nos divisions culturelles et politiques nous embrume et nous empêche de voir la situation dans son ensemble. Et savoir que nous ne sommes (quasi-certainement) pas seuls dans l'univers pourrait être un tournant décisif. Enfin, nous pourrons voir ce qu'est réellement notre identité collective.

Même si nous ne connaîtrons jamais une Terre aussi bien que la nôtre, les connaissances relatives à la vie extraterrestre offriront un nouveau contexte à notre planète, autant culturellement que scientifiquement. Alors, arrêtons les «Sommes-nous seuls dans l'univers?» Passons au «Et maintenant, que faire?»

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