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Conseils à l’amateur de whisky fauché

Aberlour

Aberlour

Huit trucs imparables pour pouvoir continuer à assouvir sa passion sans finir fiché à la Banque de France malgré un budget limité.

Ce sera ma contribution à la lutte contre l’exclusion. L’explosion continue de la demande, la baisse des stocks (quoique de plus en plus relative) et l’inhérente montée en gamme du whisky transforment inexorablement ce produit qui devrait être classé «première nécessité» en article de luxe, rejetant des pans entiers de la population à la périphérie du bonheur, vers le rhum notamment. Alors, amis amateurs d’orge maltée bien que fauchés comme les blés, il est temps de s’organiser pour continuer à assouvir notre passion commune sans renoncer à la qualité de ce que nous acceptons dans nos gosiers. Quelques pistes pour commencer.

1.Divisez pour mieux régner

Rejoignez un club de dégustation de whisky, ou créez le vôtre avec une poignée d’amis. Cela ne fera pas baisser le prix au centilitre, mais vous diviserez entre vous le montant des achats, tout en les diversifiant plus souvent. À défaut d’études scientifiques (que je serais néanmoins prête à vous inventer), l’expérience prouve en outre que la dégustation comparée en agréable compagnie permet de progresser dans la connaissance du sujet, et que le plaisir partagé devant une verticale n’est pas divisé mais au contraire décuplé. (Oui, ça marche aussi à l’horizontale.) Si vous êtes un indécrottable adepte des plaisirs solitaires, regroupez-vous à plusieurs pour acheter en commun les flacons hors de votre portée, et divisez-les en fioles que vous vous répartirez.

2.Revenez aux fondamentaux

Il est de bon ton de les mépriser, par ignorance crasse ou par snobisme invétéré, parce que ce sont des entrées de gamme, ou parce que certains d’entre eux se vendent dans les circuits de distribution qui obligent à pousser un Caddie. Mais ces classiques solides restent bluffants –et je vous connais: vous ne tarderez pas à pleurer ces quilles mythiques quand elles auront bientôt disparu, poussées hors des rayons par des whiskies sans âge. Les Ardbeg Ten, Glenfiddich 12 ans ou 15 ans Distillery Edition, Dalwhinnie 15 ans, Aberfeldy 12 ans, Laphroaig 10 ans, à l’aveugle, enfoncent allègrement bon nombre de vintages prétentieux. Les Glenfarclas 10, 12, 15 ans et 105 vous collent toujours une claque phénoménale, le Lagavulin 16 ans est une pépite qu’on peut exhumer pour une quarantaine d’euros ou moins dans certains supermarchés –et franchement, cette possibilité même reste un insondable mystère terrestre. Et pour continuer à boire du japonais sans finir devant la Commission de surendettement, on n’a encore rien inventé de mieux que le blend Nikka From the Barrel.

3.Traquez les promos

Si vous comptez vos sous, vous avez déjà intégré le réflexe, comme la plupart des Français, et on ne va pas s’attarder sur le sujet. Surveillez les soldes privées chez les cavistes où vous avez vos habitudes, attendez la saint Patrick pour les offres promotionnelles sur les Irish whiskeys, jetez un œil sur les sites de déstockage type cdiscount… Guettez les Foires aux whiskies d’octobre, qui en quelques années seulement ont formé le deuxième pic de vente annuel du malt, derrière les fêtes de fin d’années mais devant la fête des pères: à cette occasion, les enseignes rivalisent d’imagination pour proposer des références absentes le reste de l’année, notamment en matière de whiskies du monde et d’éditions limitées (téléchargez les catalogues de chaque enseigne sur leurs appli pour comparer). En revanche, ne vous agenouillez pas pour attraper les flacons à vil prix rangés à ras de terre dans les supermarchés: ce qui vaut pour les paquets de nouilles ou les kilos de riz n’est pas une bonne idée pour le whisky. Moins cher, oui. Moins bon, non.

4.Apprenez la méthode auvergnate

Changez votre approche du whisky. Au lieu de boire comme des cow-boys au comptoir du saloon, servez-vous des doses civilisées d’un centilitre, et faites durer le plaisir en sirotant goutte à goutte, par micro-gorgées, par petites lampées, pendant une heure au moins. Un centilitre à l’heure prélevé sur une bouteille de 70 cl à 70 euros (je fais simple pour éviter de me ridiculiser dans les divisions à virgule), c’est soixante-dix heures de nirvana à 1 euro de l’heure. Qui dit mieux? Cette «méthode auvergnate» double le bénéfice prix d’une satisfaction produit qui mérite à elle seule de s’y convertir: en consommant par petites gorgées que vous laisser s’imbiber de salive en bouche, vous réduisez l’effet anesthésiant de l’alcool et laissez s’exprimer davantage les arômes.

5.Écumez les supermarchés «touristiques»

En province, dans les régions frontalières, ou en région parisienne près des zones commerciales qui attirent les riches touristes (Aéroville à Roissy ou Chessy près de Disneyland Paris et de l’outlet de Marne-la-Vallée), la grande distribution offre parfois à la vente des flacons improbables, en principe réservés aux cavistes. Ce ne sont pas des plans pour fauchés stricto sensu, mais une occasion de mettre la main sur des flacons haut de gamme à des prix imbattables. Dans le même ordre d’idée, pensez aux duty free.

6.Partez à la chasse aux distilleries «secondaires»

On ne peut que s’en réjouir, bon nombre de distilleries cachées sont récemment sorties du placard en Écosse: Craigellachie, Aultmore, Deveron, Royal Brackla, Mortlach, Longmorn, Kininvie pour citer les plus récents coming out. Mais beaucoup restent dans l’ombre, produisant à des fins d’assemblages pour les grands blenders. Vous les trouverez à très bon prix en fouinant du côté des négociants ou dans la collection Flora & Fauna de Diageo. L’occasion d’élargir son horizon en exhumant Inchgower, Strathmill, Auchroisk, Mannochmore, Miltonduff, Glenburgie, Glencadam, Fettercairn, Allt-a-Bhainne (quoique cette dernière, on ne devrait plus tarder à en parler officiellement)… Et bien d’autres. Profitez-en pour dénicher avant tout le monde les futures stars de demain.

7.Goûtez avant d’acheter

L’achat spontané qu’on regrette à la première gorgée est un peu l’équivalent du fashion faux pas, de la fringue acquise sans essayage et qui, face à l’épreuve du miroir, vous va en fait comme un tablier brodé à une vache des Highlands. Bref, de l’argent claqué en vain. Goûtez toujours avant de passer en caisse avec un whisky qui vous fait de l’œil. Goûtez chez des amis, chez les cavistes dévoués qui ouvrent les bouteilles (ceux-là, restez-leur fidèle), goûtez dans les duty free d’aéroport, partez en repérage dans les salons de dégustation (le Whisky Live, ça sert aussi à cela)… Goûtez pour ne pas finir dégoûté.

8.Créez votre propre whisky

Vous avez déjà appris ici même à sauver un blend médiocre tout en perfectionnant vos talents d’assembleur. Si vous êtes fauché, forcez un peu votre esprit créatif et explorez les infinies possibilités du home blending. Commencez par le plus simple. N’essayez pas de transformer le William Peel en Macallan: cherchez plutôt à redonner du coffre à certains blends bien fichus, Johnnie Walker Black Label ou Black Bush (Bushmills) par exemple, qui manquent un peu de souffle dans le goulot, et apprécieraient trois petits degrés supplémentaires. Boostez-les avec un trait de brut de fût jeunot pas trop cher (chez les indépendants, on trouve) pour leur filer un peu de patate. 

Dans un second temps, risquez-vous sur les assemblages à deux ingrédients –après tout, l’embouteilleur indépendant Douglas Laing en a fait une gamme à succès, les Double Barrels. En tâtonnant, en variant les proportions, créez vos propres duos: mariez un single malt puissant mais un peu monolithique avec un autre plus baroque mais moins structuré par exemple. Un petit verre doseur et beaucoup de patience suffisent pour s’amuser. N’oubliez pas de laisser reposer vos mélanges, pendant quelques jours si possible, avant d’émettre un avis définitif sur vos créations. À la réflexion… si au passage vous trouvez la recette pour transformer le William Peel en Macallan, contactez-moi en message privé.

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