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Une nouvelle étude démontre que l'immigration ne favorise pas le terrorisme

Des réfugiés débarquent d'un bateau à Mytilene, en Grèce, après avoir été secourus sur la mer Egée le 17 février 2016. Aris Messinis / AFP

Des réfugiés débarquent d'un bateau à Mytilene, en Grèce, après avoir été secourus sur la mer Egée le 17 février 2016. Aris Messinis / AFP

Menée à l'université de Warwick, elle pointe, chiffres à l'appui, que si les terroristes peuvent infiltrer les flux migratoires, l'immigration en général ne contribue pas à la montée du terrorisme.

Plus d’un million de migrants sont arrivés en Europe en 2015, annonçaient en fin d’année dernière l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et les Nations unies. Le département des affaires socio-économiques de l’ONU constatait par ailleurs en 2013 que 232 millions de personnes dans le monde étaient des migrants, soit 3% de la population mondiale. Ces flux migratoires, massivement provoqués en Europe par les conflits au Moyen-Orient et en Afrique ces dernières années, se heurtent parfois à des politiques gouvernementales hostiles aux réfugiés. En novembre 2015, le Premier ministre hongrois Viktor Orban a ainsi défendu un strict contrôle des frontières en affirmant que «tous les terroristes [étaient] des migrants», dans une interview à Politico.

Une étude de l’université de Warwick, qui vient d'être publiée dans le Journal of Politics, soutient à l'inverse qu’il n’y a pas de lien de cause à effet entre immigration et terrorisme. Les auteurs de l’étude, Vincenzo Bove et Tobias Böhmelt, se sont basés sur les données de la Banque mondiale et de la Global Terrorism Database de l’université du Maryland pour croiser les informations disponibles sur les flux migratoires dans 145 pays, entre 1970 et 2000.

Il ressort de leurs conclusions que si le terrorisme peut s’appuyer sur les réseaux migratoires pour recruter et répandre son idéologie, les flux de migrants en eux-mêmes ne contribuent pas à une montée du terrorisme dans les pays d’accueil. C’est même plutôt le contraire: plus l’immigration augmente, moins la menace terroriste est présente.

«Les migrations en tant que telles, indépendamment de l’ampleur du terrorisme dans le pays d’origine, mènent à une baisse du nombre d’attaques terroristes de 0,5 à 0,6% quand le nombre de migrants entrant dans un pays augmente de 10%», rapporte l’étude. «Quand les migrants se déplacent d’un pays à un autre, ils emmènent avec eux des compétences, un savoir et des perspectives, ce qui stimule l’innovation technologique, la diffusion des nouvelles idées et la croissance économique», explique Vincenzo Bove au Washington Post.

Non seulement le niveau de terrorisme diminue car, d'une manière générale, les pays d'accueil sont plus stables, mais «il semble possible que de la même manière, si ce n'est plus probablement, ces migrations mènent à de meilleures conditions économiques, qui à long terme ont un impact négatif sur les violences politiques, terrorisme inclus», explique Tobias Böhmelt à Slate.fr. 

L’étude note donc toutefois que si l’immigration ne provoque pas une montée du terrorisme dans les pays d’accueil, les organisations terroristes sont susceptibles de se servir des réseaux migratoires pour recruter des adeptes et diffuser leurs idées. Les auteurs reprennent la théorie du recrutement djihadiste en trois étapes avancée par Marc Sageman: «l’affiliation sociale, l’intensification progressive des croyances et de la foi et l’acceptation officielle du djihad (ou le besoin du terrorisme, en général)»
Pour ce faire, les terroristes recherchent des individus soudés, constituant une toile sociale préexistante solide. Les réseaux de migrants peuvent, en ce sens, se retrouver exploités par ces recruteurs, avance l’étude, comme ce fut le cas pour deux des terroristes du Stade de France, enregistrés le 3 octobre 2015 sur l’île de Leros en Grèce avec de faux passeports syriens. 

Si la possibilité de tomber dans les filets du recrutement djihadiste existe, elle reste toutefois marginale. «Seule une minorité de migrants provenant de pays où il y a une forte activité terroriste peut être associée à une montée du terrorisme, et pas nécessairement de manière directe», tempère l’étude. «S’il faut en conclure quelque chose, c’est peut-être que mettre en place des politiques d’immigration discriminatoires, comme par exemple se concentrer sur les flux en provenance de pays sous le joug de la terreur, n’est pas recommandable. Cela peut même avoir des conséquences désastreuses, si les agences de renseignement échouent à identifier en premier lieu les terroristes et à décider en conséquence de politiques de plafonnement.»

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