Partager cet article

Les ministres balancent après le remaniement

Fleur Pellerin lors de la passation de pouvoir au ministère de la Culture, le 12 février 2016. AFP/Lionel Bonaventure

Fleur Pellerin lors de la passation de pouvoir au ministère de la Culture, le 12 février 2016. AFP/Lionel Bonaventure

Les langues se délient à la suite des changements gouvernementaux de ces dernières semaines. Aussi bien chez les ministres écartés (parfois brutalement) qu'au sein de l'équipe gouvernementale. Extraits.

À un an de l'élection présidentielle de 2017, François Hollande a traduit sa volonté de «bouger» et de «réformer jusqu'au bout» par un remaniement de l'équipe gouvernementale, le 11 février 2016. L'arrivée de trois membres d'Europe Écologie-Les Verts (Emmanuelle Cosse, Jean-Vincent Placé et Barbara Pompili) et le retour de l'ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault ont été remarqués, mais n'ont pas pour autant occulté les évictions, parfois brutales, de certains ministres. 

Quelques jours seulement après l'annonce du remaniement, certains ministres poussés vers la sortie n'ont pas hésité à faire part de leur déception et à critiquer l'attitude froide et maladroite de François Hollande. 

1.Les méthodes sèches de Hollande

Après quatre années au sein du gouvernement, comme secrétaire d'État à l'Économie numérique, au Commerce extérieur puis comme ministre de la Culture, Fleur Pellerin a été débarquée. Dans une interview accordée à L'Obs, le 17 février 2016, elle raconte son limogeage brutal, appris à la toute dernière minute. 

«Dire que je n’ai pas accusé le coup, que je n’ai pas été choquée par la nouvelle serait mentir, reconnaît-elle. Ces quatre années au gouvernement, à l’Économie numérique, puis au Commerce Extérieur et enfin à la Culture, ont été soldées en quatre minutes.»

La brutalité de ce limogeage a même fait réagir Jack Lang, ancien ministre de la Culture. Celui-ci a vivement critiqué la manière dont Fleur Pellerin a été évincée:

«Je n’ai pas trouvé très correcte la façon dont elle a été éjectée. Ce qui me choque un peu c’est qu’on vire quelqu’un comme ça, sans aucun préavis d’aucune sorte.»

Marylise Lebranchu, désormais ex-ministre de la Fonction publique, a également fait les frais d'une annonce lapidaire de la part du président de la République. Elle a appris son éviction du gouvernement juste avant la diffusion du communiqué officiel, le 11 février 2016, par un appel de François Hollande qui aura duré «moins d'une minute».
 

2.Les «manigances»

Au-delà du manque de tact à l'encontre des ministres évincés, ce sont également les raisons qui ont motivé ces décisions qui ont été pointées du doigt. Dans Le Parisien, Marylise Lebranchu, qui n'avait pas l'intention de partir de son poste de ministre, a expliqué les raisons de ce «sacrifice»: la stratégie et le maintien d'un équilibre politique au sein du gouvernement, notamment avec le Parti radical de gauche: 

«[François Hollande] m'a expliqué qu'il avait besoin de faire rentrer Jean-Michel Baylet au gouvernement. Il fallait faire de la place. (...) Je suis sortie parce qu'effectivement, il y avait besoin d'équilibre politique et que je n'apportais absolument rien, je dirais, en termes de valeur ajoutée politique, semble-t-il, à ce gouvernement.»

Le remplacement surprise de Fleur Pellerin par Audrey Azoulay a, de son côté, fait l'objet de rumeurs. Pour Frédéric Cuvillier, ancien ministre puis secrétaire d'État aux Transports, Fleur Pellerin n'était pas assez proche des proches de François Hollande. Pour lui comme pour d'autres, l'ancienne ministre pourrait avoir été victime de l'influence de Julie Gayet, compagne de François Hollande et proche d'Audrey Azoulay. 

Une piste que l'ancienne ministre de la Culture «ne peut pas croire»:

«Le président de la République a fait campagne sur la conception qu’il a du gouvernement du pays, sur son éthique dans l’exercice du pouvoir. Je n’imagine pas qu’il ait pu être influencé par des manigances de courtisans.»

 

3.Les désaccords de fond

Après sa démission, le 27 janvier 2016, l'ancienne ministre de la Justice, Christiane Taubira, avait justifié sa décision de quitter le gouvernement par un «désaccord majeur» avec François Hollande sur la déchéance de nationalité. Invitée de l'émission «On n'est pas couché», le 6 février 2016 sur France 2, elle réaffirmait son opposition à une réforme constitutionnelle sur le sujet:

«Si ça ne passe pas, je dis tant mieux. Sincèrement, je souhaite l’échec de cette disposition. (...) Je souhaite que la gauche n’ait pas à assumer d’avoir inscrit dans la constitution une marque pareille.»

Dans son essai Murmures à la jeunesse, paru quelques jours après sa démission, Christiane Taubira reste toutefois clémente envers François Hollande et Manuel Valls. Son ouvrage ne fait mention d'aucune attaques nominatives et ne remet pas en cause les politiques sociales et économiques menées par l'excécutif. C'est en coulisses, en revanche, que l'ancienne garde des sceaux se montre plus critique. Le Canard Enchaîné rapportait, le 3 février 2016, ce qu'elle aurait déclaré à des proches:

«[François Hollande] a jonglé entre opposants et partisans, fait plaisir à la droite et au FN. Il s'est pris pour Mitterrand, mais il lui manque un étage.»

Ce remaniement aura eu le mérite de nous en apprendre davantage sur les coulisses et les pratiques parfois brutales de telles manœuvres politiques. Et ce, de la bouche des premiers concernés: les ministres évincés. Mais, des membres du gouvernement encore en exercice y sont également allés de leur propre commentaire. Le 17 février, Le Canard Enchaîné évoquait le mécontentement de Manuel Valls face aux choix de François Hollande. À ses yeux, le retour de Jean-Marc Ayrault est le symbole de «ce qui n'a pas marché au début du quinquennat». 

Quant à Fleur Pellerin, son éviction surprise sonne comme une erreur de jugement pour le Premier ministre. «C'est une jeune ministre, elle a été piégée une ou deux fois par les médias, mais c'est une valeur sûre de la nouvelle génération. Et elle n'a pas démérité à son poste depuis un an et demi.»

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte