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Boutros Boutros-Ghali n'était plus vraiment en phase avec l'Égypte d'aujourd'hui

Boutros Boutros-Ghali, le 6 avril 2003. Crédit photo: FRANCOIS LO PRESTI / AFP

Boutros Boutros-Ghali, le 6 avril 2003. Crédit photo: FRANCOIS LO PRESTI / AFP

L'ancien secrétaire général de l'ONU est décédé mardi 16 février à 94 ans.

C'est tout un pan de l'histoire de l'Égypte moderne qui s'est envolé avec la mort de Boutros Boutros-Ghali, mardi 16 février. L'ancien secrétaire général de l'ONU, âgé de 94 ans, avait connu et côtoyé tous les «pharaons modernes». Ministre des Affaires étrangères de Sadate, puis de Moubarak, il avait ensuite embrassé une carrière internationale avec un poste de secrétaire général de l'ONU (1992-96), une première pour un Africain, puis un passage à la tête de la Francophonie (1997-2002). 

Il était l'héritier d'une grande famille égyptienne. Son grand-père avait été Premier ministre au Caire. «C'est un ambitieux, il a le sentiment d'être issu d'une famille de gens de la terre, des fermiers coptes, qui a force de travail se sont hissé au premier rang», disait de lui Alain Dejammet, auteur de la biographie Boutros Boutros-Ghali: une histoire égyptienneFrancophone et grand connaisseur de la France, il avait étudié à Paris et partageait la fin de sa vie entre les deux rives de la Méditerranée. 

«Sissi a sauvé l'Égypte»

Mais derrière ses épaisses lunettes et son allure aristocratique d'un autre siècle, Boutros Boutros-Ghali n'était plus le porte-voix de l'Égypte d'aujourd'hui. Celle de l'après-révolution du 25 janvier 2011, qui a jeté bas Hosni Moubarak.

Sissi a sauvé l'Egypte

Boutros Boutros-Ghali

Dans une de ses rares sorties dans la presse, une interview accordée à Jeune Afrique en octobre 2015, Boutros Boutros-Ghali expliquait avoir confiance en Al-Sissi, ancien militaire qui dirige aujourd'hui le pays d'une main de fer et dont le régime est accusé de nombreuses atteintes aux droits de l'homme, pour rétablir la démocratie. 

«C’est un homme qui sait écouter, qui pose des questions intelligentes. Il a hésité beaucoup à prendre le pouvoir, mais a finalement pris la décision de le faire parce qu’il n’y avait pas d’autres solutions. Il nous faudra une période de deux-trois ans pour stabiliser le pays (...) Sissi a sauvé l’Egypte», disait-il.

Avant d'ajouter de manière plus que sévère sur l'opposition égyptienne: 

«L’opposition n’existe pas, un parti politique se forme, il ne s’invente pas. Comment avoir une démocratie sans partis politiques dignes de ce nom et avec une population dont 50% ne sait ni lire ni écrire? Il n’y a plus de partis politiques depuis cinquante ans. Et tout d’un coup des dizaines apparaissent, des nullités…»

Il avait également confié au site OrientXXI: «Il était temps de rétablir l'ordre. Il fallait réagir. Le pays s'enfonçait dans le chaos et la régression. Il faut l'engager dans la modernisation. Aller vers l'avant. Être de son temps.» 

Violations des droits de l'homme

Loin de cette analyse, de nombreux mouvements politiques égyptiens et organisations pour les droits de l'homme dénoncent régulièrement la répression politique menée par Abdel Fattah al-Sissi, au pouvoir depuis l'été 2013. Dans un rapport daté du 11 février 2014, Amnesty International pointait de graves violations des droits de l'homme de la part du régime. «Amnesty International s'inquiète de voir les autorités égyptiennes user de toutes les branches de l’État pour bafouer les droits humains et écraser la dissidence», peut-on lire dans le rapport.

Homme de lige de plusieurs autocrates égyptiens, Boutros Boutros-Ghali était un grand homme. Mais un personnage de l'Égypte d'hier. 

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