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L'équipe de foot de la primaire à droite

Qui est Zinedine Zidane et qui est Lionel Charbonnier? Petite revue d'effectif.

«Ils sont sept, bientôt dix, si ce n'est onze. Ce n'est plus une primaire, c'est une équipe de foot», a récemment ironisé à propos de la primaire à droite Jean-Christophe Cambadélis, qu'on a rarement connu aussi drôle. Alors une chose est sûre: le premier secrétaire du PS sait compter jusqu'à onze. Mais il n'a pas dit qui jouerait à quel poste...

1.Nicolas SarkozyLe capitaine qui garde les bois en attendant mieux

Toujours là pour dire une connerie, il revient sur les traces de sa gloire passée, comme un certain Fabulous Fab. Il est allé très haut mais retombe assez bas, sans pour autant changer sa philosophie de jeu. Quand on l'insulte, évidemment, il répond sèchement. Même s'il regrette parfois ses dérapages dans un langage qui ne déplairait pas aux plus grands joueurs de football: «Ce fut une erreur, car il avait le droit de penser ce qu'il disait, même s'il n'avait pas à le dire ainsi», s'excuse-t-il. «Pour être humaine, ma réaction n'en était pas moins inappropriée: j'ai appris à mes dépens qu'avoir du caractère n'autorise pas tout.»

Il est faillible, ça n'est qu'un homme, mais c'est un capitaine. Mieux: c'est un patron qui protège désormais les bois et sa famille politique, mais ne peut pas toujours compter sur ses défenseurs, souvent prompts à lui valoir quelques buts contre leur camp. «Je dis que Nicolas Sarkozy s'est forgé une image de plébéien teigneux qui ne correspondait pas à celui qu'il était», lui a lancé en pleine figure François Fillon, qui fut pourtant son Premier ministre pendant cinq ans. Et dans la bouche du député de Paris, c'était une gentillesse.

Nicolas Sarkozy, c'est Fabien Barthez, pour le meilleur et pour le pire.

2.Nadine MoranoDéfenseur de son camp, à droite toute!

C'est celle qui livre des accélérations sur la droite, à toute allure, sans vraiment penser à centrer au milieu de terrain. Tant pis, elle fonce dans le tas, et puis on verra bien le résultat... «Il faut garder un équilibre dans le pays, c'est-à-dire sa majorité culturelle. Nous sommes un pays judéo-chrétien, le général de Gaulle le disait, de race blanche, qui accueille des personnes étrangères», a-t-elle bûcheronné sur France 2, ne rendant pas vraiment service au Général sur ce coup-là. Avant de conclure de façon majestueuse: «Je n'ai pas envie que la France devienne musulmane!» Morano, c'est la défense rugueuse, les tacles au genou et une certaine idée de la posture.

Nadine Morano, c'est Lilian Thuram, époque cartons rouges, avant le doigt sur la bouche et ses rêves de Malcom X (Thuram qui cumule près de 142 capes en équipe de France, rappelons-le).

3.Frédéric LefebvreLe gaucher qui a bien changé

C'est celui qui double tout le monde sur sa gauche. Autrefois nerveux et autoritaire, il est doux comme un agneau. Il vante son ouverture d'esprit et oublie sa carrière de défenseur rugueux –ou de porte-flingue. Désormais, il regrette un monde politique où «le cynisme prime sur l'authenticité et où l'intérêt partisan l'emporte toujours sur l'intérêt général». Il est loin, le porte-parole de l'UMP qui jurait que «la dénonciation est un devoir républicain».

Bienvenue au Frédéric nouveau, un homme sage et raisonné, qui ne pète plus les plombs sur le terrain mais, au contraire, cherche à arrondir les angles. Finis les cartons rouges, Lefebvre est devenu le champion du fair-play, au grand désarroi des journalistes. Car évidemment, ça n'enchante pas tout le monde, surtout lorsqu'il fait des appels en forme de moralisation: «Les appels de Frédéric Lefebvre, en général ça concerne, et encore pas à chaque fois, la personne qu’il voit en face de lui quand il se rase le matin», a ironisé son chef de groupe à l'Assemblée, Christian Jacob.

Frédéric Lefebvre, c'est Bixente Lizarazu (ou alors, dans un autre style, c'est Samir Nasri ou Nicolas Anelka qui auraient pris le chemin du repentir, ce qui ne risque pas d'arriver, bien sûr).

4.Jean-François CopéLe patron de la défense qu'on ne prend plus au sérieux

C'est le stoppeur qui s'est fait stopper. C'est celui qui dirige en sous-main mais qui ne dit pas un mot plus haut que l'autre. «J'ai vécu vingt mois difficiles. On m'a désigné comme une sorte de coupable idéal», se défend-t-il, dans une affaire de gros sous où il jure qu'il n'est pas coupable, comme certains sont expulsés avant le coup de sifflet final sur un malentendu ou une erreur d'arbitrage. Jean-François Copé, c'est la défense décomplexée d'une certaine identité de la France. Le terroir, le swag des années 90, teinté d'un caractère ou d'une posture un peu hautaine qui suscite l'ambiguïté. Copé, c'est aussi le chef à qui personne n'obéit, car tout le monde sait qu'on l'a mis là pour qu'il ne fasse pas de vagues. Et parfois, c'est raté.

Jean-François Copé, c'est Laurent Blanc, à la fois défenseur central de l'équipe de France et entraîneur du PSG version Qatar.

5.Hervé MaritonLa «divine surprise» qu'on ne comprend pas trop

C'est l'invité surprise. Celui qui ne devait pas être là mais qui jouera quand même. D'ailleurs, il le dit lui-même: il veut être «l’heureuse surprise» de cette équipe. On ne le comprend pas toujours très bien, on ne sait d'ailleurs pas trop pourquoi il est là, mais il reste sympathique, et c'est le principal. Toutefois, il arrive que sa défense fasse un peu peur. Son programme ne ressemble pas à un robinet d'eau tiède, il n'hésite pas à mettre quelques taquets, comme lorsqu'il annonce la couleur sans pudeur: «Je propose de supprimer le logement social.» Carrément! Mariton, c'est le vieil oncle marrant qui plaisante à table, celui qui fait entendre sa petite musique en défendant sa clientèle –en l'occurrence, la Manif pour Tous, dont il fut l'une des têtes de pont.

Hervé Mariton, c'est Franck Leboeuf le soir de la finale France-Brésil 1998, tout heureux d'être dans le onze de départ. Sur un malentendu, ça peut marcher, encore une fois.

6.François FillonLe milieu qui joue dans l'ombre

C'est le plus dur sur l'homme, celui qui propose le remède le plus amer et la préparation physique la plus difficile à gérer en début de la saison. C'est aussi celui qui ne se fait pas toujours des amis avec ses avis des plus pessimistes: «Je crains que la France ne soit à la veille d'un accident financier grave qui pourrait faire éclater la zone euro», prédisait-il en 2014. Son objectif? Un plan pour économiser 110 milliards d'euros en cinq ans et la suppression de 600.000 postes de fonctionnaires. Quand même... Fillon, c'est enfin celui qui ne s'arrête jamais, malgré les hauts et les bas. C'est un joueur de l'ombre sous-estimé mais qui fait toujours le travail pour le bien de l'équipe. Ce qui ne l'empêche pas de jouer parfois contre son camp.

François Fillon, c'est Patrick Vieira. Comme ce dernier, Fillon devra-t-il s'exiler outre-Manche pour accéder aux fonctions sur lesquelles il lorgne depuis longtemps?

7.Bruno Le MaireLe jeune pressé qui court partout

C'est le jeune qui monte et qui veut tout révolutionner; mais aussi celui dont tout le monde se moque pour des détails croustillants. Dans Le Ministre, publié chez Grasset en 2004, il raconte comment Pauline le masturbe dans une baignoire d'une salle de bain à Venise. La scène aurait pu rester privée, mais elle fait la joie de ses adversaires: «Le Maire, il est utile. On a toujours besoin d'un énarque qui parle allemand dans les sommets internationaux. Le pauvre, il écrit des livres que personne ne lit. Ah si, il y en a un que j'ai lu, c'est celui où il se masturbe!», s'est moqué Nicolas Sarkozy. Bruno Le Maire court partout, tout heureux de son nouveau statut (322 déplacements depuis septembre 2012!) mais il reste surtout à droite, car il sait qu'il n'y a qu'ici qu'il profite d'un espace susceptible de le faire gagner: tous les autres couloirs sont pris. Le Maire, c'est un nerveux qui cache bien son jeu, un garçon bien psychanalysé qui masque en réalité des airs de bad boy.

Bruno le Maire, c'est Franck Ribéry (la maîtrise du français en plus et des yeux bleus plus élégants.)

8.Nathalie Kosciuszko-MorizetLa bien élevée

C'est la jeune femme de bonne famille prometteuse mais qui n'a jamais vraiment confirmé. De si bonne famille que ses adversaires l'ont même taclé avec cet argument: «Madame Kosciuszko-Morizet, vous avez toujours été bien élevée, continuez de l'être», lui lançait Martine Aubry pendant la campagne présidentielle de 2012. Elle s'est longtemps faite discrète mais désormais, elle ne veut plus se faire marcher sur les pieds par les grands qui l'ont martyrisée. Derrière ses airs de femme bien élevée, il y a une vraie rebelle, qui brise la langue de bois et bouscule les ténors. Sauf si son plan, encore une fois, échoue à cause d'une blessure.

NKM, c'est Yoann Gourcuff.

9.Henri GuainoL'avant-centre un peu dingue

C'est l'avant-centre éruptif, celui qui joue en pointe et n'en fait qu'à sa tête. Après des années de fidélité aux côtés de Nicolas Sarkozy, voilà qu'il fait entendre sa petite musique. «À ceux qui croient voir la France se droitiser et qui rêvent qu’elle soit gouvernée le plus à droite possible, [...] je veux dire qu’il ne faut pas confondre la radicalisation avec la droitisation», a-t-il expliqué au Conseil national des Républicains, le 13 février. Une musique que plus personne n'entonne, regrette-t-il, car c'est celle du gaullisme qui s'est perdu au fil du temps. Guaino aime le beau geste, ses colères sont mémorables, et il n'hésite pas à rentrer dedans quand c'est nécessaire. Il porte le verbe haut, se rêve en Malraux et admire la France Libre.

Henri Guaino, c'est Éric Cantona.

10.Alain JuppéLe sage qui revient pour jouer collectif

Il revient de sa retraite pour faire gagner l'équipe en pensant d'abord au collectif. On lui souffle qu'il est trop âgé? Il répond par son habileté à éviter les coups: «C’est une réflexion que l’on peut avoir...» On lui rappelle qu'il était déjà là, en 1995? Il rétorque qu'il avait déjà engagé, à l'époque, des réformes salutaires pour la France, et que son expérience est la bienvenue. Juppé a réponse à tout mais, surtout, sa parole se fait rare. Il ne veut pas voir débarquer les caméras en déplacement et rechigne surtout à s'exprimer sur sa vie privée. Il croit que son aura d'autrefois le protègera à tout jamais. Il croit aussi à sa bonne étoile. Il n'est pas numéro 10 à Paname et, pour autant, il n'est pas la banane du siècle.

Alain Juppé, c'est Zinedine Zidane. Reste à savoir à qui il donnera un bon coup de boule.

11.Jean-Frédéric PoissonL'inconnu du onze

C'est le deuxième avant-centre (ou le troisième gardien). Celui dont on entend pas parler parce qu'il est venu faire de la figuration. En l'occurrence, Poisson est le Boutin au masculin. Il est là pour que vive une sensibilité démocrate-chrétienne attachée à la famille au sein de la primaire de la droite et du centre.

Jean-Frédéric Poisson, c'est Bernard Diomède. Ou Lionel Charbonnier, au choix. Ou alors un autre, mais quelle importance?

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