Après cinq mois passés sur la réplique de Mars, leur vie est comme une «recette de cuisine»

 Photo de l'agence spatiale européenne montrant les effets des vents sur Mars.   | European Space Agency via Flickr CC License by

Photo de l'agence spatiale européenne montrant les effets des vents sur Mars. | European Space Agency via Flickr CC License by

Six scientifiques sont enfermés pour un an dans un dôme sur un volcan de Hawaï, pour simuler la vie sur Mars. La médecin de l'équipe fait part de son expérience.

«Déménager dans un dôme, c’est un peu comme se retrouver du jour au lendemain avec cinq conjoints.» C’est ainsi que Sheyna Gifford, scientifique, médecin de l’équipe et journaliste, décrit la mission de simulation Hi-Seas IV dans un long article publié dans le magazine Aeon

«On découvre rapidement que ce qui est propre, poli et acceptable pour nous ne l’est pas forcément pour les autres. Comme nous sommes tous ici pour une longue durée [...], nous devons tous nous adapter de cinq manières différentes, aussi rapidement que possible, tout en faisant notre boulot», relate la scientifique. Depuis le 29 août 2015, elle vit avec un Français, un Allemand et trois Américains, dans un dôme hermétique de 11 mètres de diamètre, juché sur les pentes d’un volcan hawaïen pour recréer les conditions de vie d’une colonie martienne. 


Sheyna Gifford voit l’expérience comme une recette de cuisine: il faut que les bonnes personnes, avec les bons outils, parviennent à vivre ensemble dans un espace restreint, dans des conditions stressantes, pendant des années, tout en donnant le meilleur d’eux-mêmes, comme dans la station spatiale internationale (ISS). En tant qu’astronautes cobayes, leur mission sur le volcan Mauna Kae est de tester tous les ingrédients potentiels de cette recette, qui ne peut se suffire d’eau, de nourriture et d’énergie.

Des «fermiers-scientifiques»

Mais que fait l’équipage de ses journées? Essentiellement, trouver ce dont les scientifiques sur Mars auraient absolument besoin pour survivre. L’architecte, le pilote, la médecin/journaliste, l’astro-biologiste, la scientifique spécialisé dans les sols et la physicienne se partagent en plus de leur spécialité la pousse et la culture de nourriture comestible. 

«Nous fonctionnons comme un collectif de fermiers-scientifiques, remarque l’auteure de l’article. Chacun fait pousser quelque chose: des plantes, des pois de senteur, de l’herbe (étonnamment bonne), des tomates, du pain, du yaourt. Sans nos cultures, la nourriture saine serait en danger, et nous aussi.»

Ravitaillés occasionnellement, l’équipe doit se contenter de ses cultures et de nourriture lyophilisée pour cuisiner, ce qui ne semble pas les perturber pour autant.

Certaines spécialités sont réduites au strict minimum. Pour Sheyna Gifford, médecin de l’équipe, son rôle est parfois réduit à écouter les patients, diagnostiquer les symptômes et prescrire… l’attente, le temps que la personne guérisse d’elle-même. Pour le moment, elle n’a heureusement pas eu à faire face à une urgence grave. Techniquement, l’équipe pourrait appeler les secours, les communications passent. Seul souci: un message met vingt minutes à parvenir à sa destination, de même que la réponse pour revenir. Les scientifiques sont totalement isolés, comme s’ils étaient en conditions réelles.

La nature humaine, inconnue de l'équation martienne

Cyprien Verseux, un astro-biologiste français membre de l’équipe, a pâti de ce délai de communication lors des attentats du 13 novembre. Il a appris ce qu’il s’était passé par l'e-mail d’un ami et les chuchotements de ses collègues. «C’est le genre de moments où l’isolement est le plus dur. Dans les futures missions sur Mars, les événements qui auront le plus d’effet sur l’équipage pourraient arriver sur Terre», présume-t-il dans sa vidéo.

Sa conclusion rejoint celle de Sheyna Gifford: «Les solutions mécaniques pour emmener une équipe [sur Mars] et la ramener en vie se développeront avec le temps et l’argent. Ce qui ne peut pas être créé, ce sont les gens. Physiquement et mentalement, émotionnellement et spirituellement, nous sommes les électrons libres de ce dôme blanc destiné à la planète rouge.»

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