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La (pas toujours) drôle politique de plaques d'immatriculation belges

Capture d’écran du site License Plate Belgium de plaques belges repérées et photographiées

Capture d’écran du site License Plate Belgium de plaques belges repérées et photographiées

En Belgique, il est possible d’avoir une plaque SS-88, KIKOOLOL ou FCUK-OFF.

C’était à la base une idée plutôt judicieuse pour renflouer assez facilement les caisses de l’État. Laisser l’opportunité aux conducteurs belges de personnaliser à leur guise leur plaque d’immatriculation. Pour 2.000 euros (le prix initial de 1.000 euros a doublé il y a peu), il est donc possible d’inscrire un message de son choix à l’arrière de sa voiture dans une limite de huit caractères. 

Un site, Licence Plate Belgium, dédié au sujet permet ainsi aux passionnés de poster la photo de leur nouveau joujou ou aux badauds de repérer les plaques les plus originales. En zonant un peu sur la page Facebook et sur le site, on peut s’apercevoir que ça va du prénom au club de foot et autres passions en tous genres, avec plus ou moins de bon goût:

Ce site offre, surtout, la possibilité d’utiliser un générateur de plaques et de se faire un petit plaisir coupable en s’imaginant rouler au pas, fenêtres ouvertes, fier comme un coq au volant d’une Punto avec le dernier titre de maïtre Gims à fond:

  • KIKOOLOL,
  • ZIZOUJTM,
  • POKORA,
  • SEAGAL.

Plaque SS

Jusqu’ici, l’initiative n’a rien de bien méchant, c’est même plutôt marrant. Sauf qu’un article du quotidien belge La Dernière Heure a lancé une petite polémique début janvier en affirmant, photo à l’appui, que l’administration avait laissé la possibilité à un conducteur de se payer et donc de circuler avec une plaque SS. Petit rappel pour ceux qui ont séché les cours d’histoire, ces initiales sont assimilées à la Schutzstaffel, l’escadron de protection nazie. 

On a vérifié sur le site de la Direction pour l’immatriculation des véhicules (DIV) qui permet de savoir si une plaque est disponible ou non. Elle a bel et bien été réservée. Licence Plate indique qu’elle circule sur les routes du Plat pays depuis au moins novembre 2014, date à laquelle l’un des internautes a soumis pour la première fois une photo du bolide.

D’autres plaques «tendancieuses» ont également été repérées. C’est le cas d’EVA-SS, inscription choisie par le propriétaire d’une Porsche en novembre 2015 ou encore de la plaque HH apposée sur une Ferrari.

Pas de mots tabous

Contrairement au système adopté pour les plaques classiques qui bannissaient le mot SEX, FUK, NVA, par exemple, l’administration belge n’a pas souhaité établir a priori une liste de mots, de chiffres ou de sigles qui ne pourraient être inscrits sur les plaques personnalisées. 

SS, c’est clair que ça peut choquer mais c’est une zone grise. Ces deux lettres peuvent être également les initiales du titulaire

Thomas De Spiegelaere, porte-parole du ministère de la Mobilité et des Transports

Par conséquent, seul un fonctionnaire de la DIV lorsqu’il enregistre une plaque ou un juge, a posteriori et en cas de plainte, peuvent retirer une plaque qu’ils jugent racistes, insultantes ou liées à un parti politique. Un système et une plaque qui ont provoqué l’ire de la Ligue belge contre l’antisémitisme (LBCA) et de son président Joël Rubinfeld qui avait menacé de porter plainte avant finalement de se raviser:

«C’est incroyable que la DIV ait délivré une telle plaque. Les autorités ont préféré laisser les autorités judiciaires juger au cas par cas. Je trouve ça un peu facile, un peu hypocrite. On a décidé de ne pas porter plainte car on a des dossiers plus graves à gérer mais je me dis qu’ils devront quand même revoir leur procédure. Imaginons qu’un automobiliste inscrive le mot Daech par exemple. Je trouve que c’est un manque de vision et un manque de sens des responsabilités.»

«Il y aura toujours d’autres noms qui vont se rajouter. On a préféré donné une définition plus large de ce qui était interdit, se défend Thomas De Spiegelaere, porte-parole du ministère de la Mobilité et des Transports. SS, c’est clair que ça peut choquer mais c’est une zone grise. Ces deux lettres peuvent être également les initiales du titulaire. Ce n’est pas facile pour la personne de la DIV de savoir ce qui est acceptable ou pas.»

88 interdit en Autriche

Plusieurs pays ont déjà établi une liste de mots à bannir pour éviter les dérives. C’est le cas de l’Allemagne et plus récemment de l’Autriche. Les autorités autrichiennes ont ainsi dressé en 2015 une liste de trente combinaisons de chiffres ou lettres qui ne peuvent apparaître sur les voitures du pays. Voici quelques exemples:

  • 18 (nombre qui symbolise les initiales d’Adolf Hitler);
  • 88 et HH (représentent le salut nazi, «Hei Hitler»);
  • HJ (Hitlerjugend ou Jeunesse hitlérienne);
  • 420 (date d’anniversaire d’Hitler, le 20 avril);
  • NS (pour national-socialisme);
  • ISIS et IS (en référence à l’Etat islamique).

Aux États-Unis, le débat s’est également posé en 2015 lorsque le Texas Department of Motor Vehicles a refusé à l’association Sons of Confederate Veterans le droit d’apposer l’ancien drapeau, considéré pour beaucoup comme raciste et symbole de l’esclavagisme, sur leur plaque d’immatriculation. L’association a fait appel aux juges américains pour obtenir gain de cause –ils considéraient le drapeau comme faisant partie de l’histoire de leur pays– mais la Cour suprême s’y était finalement opposée dans un arrêt rendu le 18 juin 2015. Selon la plus haute juridiction américaine, en effet, le fait de voir apparaître le Stars and Bars sur une plaque «transformait ce symbole en parole d’État».

Depuis, l’État de Virginie a par exemple banni ce type de plaques et demandé en septembre 2015 aux 1.600 habitants titulaires d’une telle plaque de la renvoyer pour se la faire remplacer. Le moins que l’on puisse dire, c’est que de nombreux automobilistes ne l’ont pas entendu de cette oreille puisque seuls 163 d’entre eux avaient renvoyé leur plaque à la mi-octobre. D’autres, comme Kevin Collier, ont fait de la «résistance» en préférant «aller en prison plutôt de rendre [leur] plaque».

 

Enfin, en 2009, l’Arabie saoudite avait également décidé d’interdire plusieurs combinaisons que le royaume jugeait obscènes comme SEX, ASS ou encore USA.

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