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Paul Ryan: «J’ai besoin que la musique passe à travers moi pour me permettre de peindre»

Les pochettes de «Apocalypse» et «Dream River» de Bill Callahan, signées Paul Ryan.

Les pochettes de «Apocalypse» et «Dream River» de Bill Callahan, signées Paul Ryan.

De quelle manière la musique influence-t-elle le travail d’un peintre? Les réponses du néo-zélandais Paul Ryan, auteur des magnifiques pochettes des derniers albums de Bill Callahan.

De quelle manière la musique influence-t-elle le travail d’un acteur, d’un réalisateur, d’un photographe, d’un metteur en scène, d’un plasticien, d’un cuisinier, d’un écrivain ou d’un peintre? Comment ceux qui n’interprètent, ne produisent ou ne composent pas eux-mêmes de la musique se servent-ils d’elle dans leur propre art, leurs propres œuvres? C’est ce que nous essayons de comprendre avec «Music is my radar», une série de longs entretiens que vous pourrez retrouver régulièrement sur la Blogothèque et sur Slate. Cliquez ici pour lire le premier épisode, consacré à l'acteur Cillian Murphy.

Au sud de Sydney, l’interminable côte est-australienne offre un spectacle rare où les immenses étendues de sapins plantés par les premiers colons rejoignent celle de l’océan Pacifique dans un dégradé de vert et de bleu à donner le tournis. C’est ici, dans la petite ville de Thirroul, que le peintre néo-zélandais Paul Ryan a décidé de s’installer il y a plusieurs années pour coucher sur ses tableaux toute la beauté sauvage de cette partie si isolée du monde.

Depuis plus de vingt ans, entre deux sessions de surf, l’artiste peint sans relâche ces paysages grandioses au son des albums de Nick Cave, de Bonnie ‘Prince’ Billy, d’Antony & The Johnsons, de PJ Harvey et de Bill Callahan, avec lequel il a développé une relation artistique fascinante. Rencontre avec un peintre dont la musique guide les coups de pinceaux et qui ne peut pas attaquer une toile sans brancher sa stéréo.


Comment décrirais-tu ta relation à la musique en général?

Sans musique, il n’y a pas de vie, non? On ne peut pas vivre sans musique. C’est un art tellement enrichissant et inspirant pour moi. La musique m’aide à profiter des bons moments et à gérer les mauvais. Et j’adore la façon dont elle joue sur mon humeur. On peut s’en servir de tant de manières: pour être heureux, ou parfois pour se noyer dans la mélancolie, ce que je trouve assez agréable.

Dans une interview que tu as donnée au Guardian au printemps dernier, tu as confié que tu ne pouvais «pas peindre sans musique». Tu peux m’expliquer ce que cela signifie concrètement?

La première chose que je fais lorsque j’arrive dans mon studio, c’est brancher mon téléphone, allumer ma chaîne hifi et mettre de la musique. Ça me permet d’être dans l’état d’esprit nécessaire pour peindre. Pendant que la musique joue, je prépare ma peinture, mes couteaux à palette, parfois mes brosses. Pendant que les albums défilent, je fais une ébauche de ce que je veux faire sur la toile, et je suis enfin prêt à peindre. Ce n’est qu’à ce moment-là que je choisis vraiment la musique que je veux écouter selon l’humeur que je veux donner à ma peinture. J’utilise aussi beaucoup Spotify et iTunes radio, donc je découvre parfois de nouveaux groupes en peignant, mais quoiqu’il en soit, je ne peux pas peindre sans musique.

Aujourd’hui par exemple, j’ai peint en écoutant un groupe de surf-punk hardcore que je n’avais pas écouté depuis au moins vingt ans, Suicidal Tendencies. J’étais d’une humeur très exaltée, et leur musique m’a aidé à la canaliser dans mon tableau. Elle m’a permis de le rendre vivant, tout en m’autorisant un petit voyage nostalgique en même temps (rires).

Dirais-tu que la musique t’aide à être créatif ou qu’elle est un outil dans ton processus créatif?

D’une certaine manière, c’est un outil. C’est un peu comme si mon cerveau avait une sorte de muscle de la mémoire lié à la peinture et que la musique me permettait de le réveiller lorsque je peins. Cela fait vingt, peut-être vingt-cinq ans que j’ai entamé cette longue conversation dans mon studio: mes tableaux sont cette conversation, et à chaque fois que je la reprends, la musique m’aide à savoir où j’en étais.

De quelle manière la musique nourrit-elle concrètement ta peinture?

«In The Pines» de Smog.

C’est une voie rapide pour me mettre dans les meilleures conditions pour peindre. Ça dépend bien sûr du type de musique que j’écoute. La musique de Bill Callahan est profonde, pensive, mystérieuse et mélancolique, mais aussi incroyablement belle: si j’écoute cette musique et que le tableau que je suis en train de peindre réussit à avoir un peu de ces sensations de ces idées, de ces émotions en lui, alors j’estime que j’ai réussi à achever ce que je voulais.

Pour aller plus loin, ça dépasse parfois le ton ou l’émotion d’une chanson: il m’arrive d’être influencé par les paroles elles-mêmes –je m’en sers d’ailleurs parfois pour nommer mes tableaux. Dans «In The Pines» de Smog (le premier alias de Bill Callahan, ndlr) par exemple, il y a cette phrase qui parle de paysages américains: «In the pines / The sun never shines / And we shiver / When the North wind blows.» Elle me parle beaucoup, bien que ce soit le vent du Sud qui nous fasse trembler ici en Australie, pas celui du Nord (rires). Ces paroles m’ont profondément touché parce que tout le long de la côte Est australienne, les premiers colons ont planté les mêmes sapins dont parle Bill et que je m’assois souvent près d’eux avant d’aller surfer le matin. J’ai peint ces paysages des centaines de fois en écoutant cette chanson –l’océan, les montagnes et ces sapins– et j’ai donc été inspiré à la fois par les émotions qu’elle me fait ressentir, mais aussi par ses paroles.

Est-ce que, de la même manière que peindre est une conversation entre tes tableaux et toi, la musique est, elle aussi, un langage à tes yeux?

Je pense, oui. C’est une sorte de langage. Un langage très mystérieux.

La musique serait une troisième personne dans la conversation lorsque tu peins dans ce cas?

Oui. Lorsque j’écoute de nouveaux groupes, particulièrement quand c’est une très belle découverte, c’est comme une toute nouvelle conversation qui m’amène sur un territoire que je ne connaissais pas. Parfois, la conversation est teintée de nostalgie et ravive de vieux souvenirs quand j’écoute des groupes qui me sont plus familiers.

Est-ce qu’il y a un nouveau groupe qui t’a récemment inspiré pour un tableau?

Laisse-moi réfléchir… Pour être honnête, il m’arrive plus souvent de rester bloqué sur mes groupes préférés, comme Bonnie ‘Prince’ Billy ou Nick Cave –ceux que j’écoute depuis des années et qui sortent encore régulièrement de nouveaux albums, aussi bons voire meilleurs que les précédents. J’aime particulièrement Antony & The Johnsons aussi, et Bill Callahan bien sûr. Ce ne sont pas de jeunes artistes, mais leurs albums les plus récents ont été source d’inspiration pour moi. Et puis j’avoue qu’il y a tant de nouveaux groupes chaque semaine que je m’y perds un peu.  

Maintenant que j’y pense, il y a ce super groupe australien que j’adore: Tame Impala. Ils sont vraiment bons, ils m’ont beaucoup impressionné.


 

Tu as déjà vu leurs pochettes d’albums?

Oui, elles sont assez psychédéliques. Il y en a une avec ce paysage qui se multiplie à l’infinie (Innerspeaker, sorti en 2010, ndlr) –je l’aime beaucoup, celle-là.

C’est drôle que tu parles de Tame Impala parce qu’ils travaillent avec un artiste, Robert Beatty, qui fait toutes leurs pochettes d’albums et leur artwork, de la même manière que tu as fait celles de Bill Callahan. Peux-tu me raconter comment est née ta collaboration avec Bill? 

Un de mes amis (Ashley Frost, ndlr) a commencé un documentaire sur moi il y a quelques années –il n’est toujours pas terminé, je ne sais pas s’il le sera un jour, mais ce n’est pas très grave maintenant (rires). Je lui ai dit que j’étais d’accord pour qu’il fasse ce documentaire, mais que s’il devait utiliser de la musique dedans, il faudrait que ce soit la musique que j’écoute vraiment.

J’ai donc écrit à Drag City (le label de Bill Callahan, ndlr) en disant que j’adorerais utiliser la musique de Bill dans ce documentaire, que je n’avais pas d’argent, mais je pouvais lui offrir un tableau en guise de paiement. Drag City m’a répondu que si je peignais un tableau à partir d’images de l’ouest du Texas et qu’il plaisait à Bill, peut-être qu’il l’utiliserait pour quelque chose. J’ai trouvé une image qui m’a beaucoup plu de cette montagne texane, Mule Ear Peak, et j’ai donc peint quelques tableaux à partir de ça. J’en ai envoyé un, et deux jours plus tard, j’ai reçu un email qui disait que Bill avait adoré mon tableau et qu’il aimerait l’utiliser comme pochette de son nouvel album, Apocalypse. Je n’en revenais pas, c’était tellement inattendu.

Ce premier tableau était donc inspiré par la musique de Bill et un endroit où tu n’étais jamais allé?

Je suis allé au Etats-Unis, mais jamais au Texas, donc mon tableau était en effet plus inspiré par l’émotion que j’avais en écoutant la musique de Bill que par le lieu que j’avais trouvé en Googlant «ouest du Texas» (rires). Bill était très content du tableau parce qu’il allait vraiment bien avec sa musique. C’est un heureux hasard, un coup de chance peut-être, je ne sais pas pourquoi ça a aussi bien fonctionné, mais c’est comme cela que tout à commencé.  

Un peu plus tard, Bill m’a contacté directement pour me dire qu’il travaillait sur un nouvel album, Dream River. Il m’a demandé si je voulais de nouveau peindre pour lui. J’ai accepté bien sûr et je lui ai envoyé deux tableaux. Il a utilisé le premier pour Dream River et le second pour Have Fun with God, l’EP qu’il a sorti après et qui est une version dub de Dream River.

Comment s’est déroulée cette nouvelle collaboration? Est-ce que Bill t’a envoyé ses nouveaux morceaux pour que tu t’en inspires?

En réalité, non. Il m’a plutôt expliqué comment la musique allait être, à quoi allait ressembler l’album et il m’a donné le titre, Dream River, c’est tout. Je savais simplement qu’il fallait qu’il y ait un élément aquatique dans mon tableau, et Bill disait qu’il voulait des montagnes aussi, quelque chose qui symbolise le changement de saison. Ce n’était pas évident, je n’étais pas sûr de savoir quoi faire, donc j’ai peint ce petit tableau que j’ai retravaillé avec des chiffons et au doigt jusqu’à ce que la peinture soit estompée et brumeuse.

Tu avais quand même mis les vieux morceaux de Bill pendant que tu peignais?

Bien sûr! J’en avais besoin pour enfiler mon costume de peintre de Bill Callahan (rires).

Bill et toi vous êtes rencontrés pour la première fois au printemps dernier à l’occasion d’une série de concerts très spéciaux –tu peux m’en dire plus?

Bill a joué au Sydney Opera House. C’était en effet très spécial pour moi parce qu’il m’a demandé s’il pouvait projeter certains de mes tableaux pendant ses concerts, sur un grand écran derrière lui et son groupe. J’ai accepté bien sûr. J’ai dû retravailler certains d’entre eux pour qu’ils puissent être montrés à grande échelle, et j’ai envoyé tout cela à son équipe.

Il a donné deux concerts, chacun a duré un peu moins de trois heures –c’était incroyable. C’était la première fois que je le voyais en live, et il ne m’a pas déçu. Et ce qui était encore plus dingue, c’était de voir mes tableaux sur scène avec lui.

Les tableaux défilaient simplement sur grand écran?


 

Non, pour quelques tableaux, Bill m’avait demandé de faire un timelapse. L’ami dont je te parlais tout à l’heure, celui qui réalise un documentaire sur moi, est venu me filmer en train de peindre dans mon studio, puis il a monté ces images en m’enlevant du champ pour que la seule chose qui reste soit le tableau en train de prendre forme. C’est ce qu’on voyait sur scène: pendant que Bill chantait, mon tableau s’étoffait jusqu’à être une œuvre finie. Nous avons fait ça pour cinq chansons, et pour le reste, il s’agissait d’images de tableaux seulement.

Comment expliques-tu que la connexion entre tes œuvres et la musique de Bill soit si forte et évidente? Leur association fonctionne si bien –comme si la musique de Bill avait été faite pour accompagner tes tableaux ou que tes tableaux étaient faits pour accompagner sa musique.

(Il rit) Je ne sais pas pourquoi c’est si fort, mais ça l’est indéniablement! Quand j’ai posté des vidéos des concerts au Sydney Opera House sur Facebook et Instagram, les gens ont tous dit que l’ensemble était extrêmement émouvant et qu’ils en avaient eu les larmes aux yeux.

Quand Bill était en Australie, beaucoup de journalistes lui ont demandé pourquoi mes peintures lui plaisaient et il a répondu que lorsqu’il les regardait, il pouvait sentir l’océan, la brise sur son visage, le vent froid… Quand je l’ai entendu dire ça, j’étais très surpris parce que c’est exactement ce que je ressens lorsque je peins en écoutant sa musique. Ce n’est pas seulement visuel –tous mes sens sont sollicités. Voir qu’une autre personne créative puisse comprendre ça était très rassurant pour moi. Et ces deux concerts au Sydney Opera House étaient une manière de boucler la boucle de cette relation dans laquelle chacun apporte quelque chose à la créativité de l’autre.

Pour moi, la musique de Bill, c’est une certaine idée de l’Amérique. Pas l’Amérique hipster, clinquante et fantasmée qu’on peut voir à la télé, mais l’Amérique profonde. J’ai l’impression que cela te parle particulièrement en tant que peintre, non?

À un moment donné, j’ai dû me poser la question de ce que la musique de Bill représentait pour moi en tant qu’artiste. À mes yeux, écouter ses chansons revient à voyager sur la route poussiéreuse d’une Amérique oubliée, cette autre Amérique, la vraie –pas celle d’Hollywood et de ses conneries en carton-pâte. C’est la vision personnelle de l’Amérique qu’a Bill.

J’ai toujours été très attiré par ce pays: je suis accro à la littérature américaine, à sa musique, à ses films. Je ne saurais pas expliquer pourquoi. Peut-être que c’est tout simplement exotique pour moi. Ou peut-être que cela vient en partie du fait que l’Amérique et l’Australie se ressemblent plus qu’on ne peut l’imaginer. Ce sont deux pays qui sont nés de colonies, de l’Empire britannique, et qui ont volé leurs terres à ceux qui vivaient là avant eux. Nos pays ont ce lien, cette chose en commun, et bien sûr, nous sommes deux États multiculturels dont les territoires sont magnifiques.

L’Australie et les Etats-Unis sont aussi des pays dont l’immensité donne le tournis, quelque chose que l’on retrouve dans tes tableaux…

Et dans la musique de Bill, n’est-ce pas? Il y a un vrai sens de l’espace dans sa musique, c’est quelque chose que je ressens très profondément. Et c’est peut-être un autre point commun qui unit nos œuvres.

Beautiful Mick II (Paul Ryan)

Tu n’es pas seulement inspiré par la musique, mais parfois aussi par les musiciens eux-mêmes. Tu as notamment fait quelques portraits de Nick Cave et de Mick Jagger. De quelle manière peints-tu lorsque tu réalises des portraits comme ceux-ci?

Je fais pas mal de portraits d’artistes en général –d’acteurs, d’écrivains, de réalisateurs, et donc de musiciens. Les circonstances dans lesquelles j’ai peint le portrait de Mick Jagger, par exemple, sont très particulières parce que je venais de regarder Crossfire Hurricane, un documentaire sur les Rolling Stones au moment où ils étaient au sommet. Dans le film, on les voit sur scène bien sûr et l’énergie sexuelle qui se dégage de Mick Jagger dans ces images m’a époustouflé. Rajoute à cela sa voix fantastique, leur musique et le fait que j’aime particulièrement peindre des gens aux visages atypiques, et tu comprendras pourquoi il fallait absolument que je peigne un portrait de lui.

Ce qui est drôle, c’est que je n’ai pas écouté les Stones depuis longtemps. Ils étaient le meilleur groupe du monde pour moi il y a trente ans, mais je suppose que je suis passé à autre chose. Ces images live ont pourtant ravivé quelque chose qui m’a donné une envie irrépressible de peindre.

Sur quelle musique préfères-tu peindre?

Il y a un mot portugais que j’adore, saudade. C’est aussi un genre de musique brésilien et ce mot implique une certaine idée de tristesse venant d’un sentiment de perte indéfinissable –tu ne sais pas ce qu’est cette perte, mais tu ressens une profonde mélancolie vis-à-vis d’elle. C’est quelque chose que je ressens profondément en moi, j’aime cette idée, et donc je dirais que la musique que je préfère pour peindre est celle qui implique ce sentiment. Beaucoup de mes paysages ont un vide en eux, une tristesse cachée entre les lignes, mais pour moi, c’est une belle tristesse, pas un truc de chouineur. La mélancolie est d’une incroyable beauté à mes yeux.

Tu expliques que ton corps filtre la musique lorsque tu peins, et que tout ça a une influence directe sur la manière dont tu peins. Peux-tu m’expliquer ce procédé très mystérieux?

J’ai une meilleure façon de t’expliquer ça: quand ta voiture est à sec, tu dois remettre de l’essence dedans. Et bien pour moi, c’est pareil: j’ai besoin de remplir ma tête de musique pour ravitailler ma créativité. Pendant ces moments, mon corps absorbe la musique qui finit par ressortir à travers mes bras, mes mains, ce qui influence la manière dont je peins. J’ai toujours une idée générale de ce que je veux faire sur un tableau, mais la musique me guide d’un point de vue émotionnel et spirituel. J’ai besoin que la musique passe à travers moi pour guider mon bras, pour libérer ma brosse ou mon couteau, et me permettre de peindre. Je suis persuadé que, d’une certaine manière, ça marche comme ça.

Afterglow, Thirroul (Paul Ryan)

La musique donnerait un certain mouvement à tes tableaux? Tes paysages sont en effet très vivants, très mouvants…

Absolument. La musique m’aide à bouger pendant que je peins. Je fais des danses bizarres quand je réalise un tableau, de drôles de petits sauts (rires). La musique me donne cette énergie, et elle me met aussi parallèlement dans un état de méditation. Le temps passe tellement vite quand je peins en écoutant un album. Il n’y a plus rien d’autre: seulement le tableau, la musique et moi. Je me sens très chanceux parce qu’elle me met dans un état incroyable. C’est un peu comme une performance –une performance qu’elle nourrit. J’aime particulièrement le moment où je m’aperçois que deux heures ont passé, et que je peux enfin prendre un peu de recul par rapport à ce que j’ai crée. Parfois, le tableau est terminé; parfois, il lui faudra encore quelques retouches, mais ressortir de cette lessiveuse où la musique et la peinture ne faisaient plus qu’une a quelque chose de jouissif. Je suis épuisé après ça.

La synesthésie est un phénomène neurologique qui implique que le cerveau de certaines personnes associe un son ou une note donnée à une couleur particulière. Je me demandais si, en tant que peintre, la musique avait une couleur ou une gamme de couleur pour toi?

Chaque genre de musique a une couleur bien sûr. Le compositeur russe Chostakovich a composé une grande partie de ses œuvres sous Staline, pendant une période très sombre et difficile de l’histoire du pays. Pour moi, sa musique est noire, brune, dénuée de couleurs claires. La musique plus légère, comme le reggae par exemple, est bien plus colorée dans ma tête.

De quelle couleur serait la musique de Bill à tes yeux?

Elle n’est sûrement pas fluo (rires)! Dans les romans de Cormac McCarthy, il y a de très belles descriptions des paysages de l’Ouest du Texas –les mêmes dont parle Bill dans ses chansons d’ailleurs: il détaille les ombres des montagnes au loin, le ciel bleu pâle, les chemins poussiéreux, de plusieurs teintes de brun et de gris... Ce sont exactement les couleurs que m’évoque la musique de Bill.

Et celles de tes tableaux.

Oui, tout à fait!

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