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Une caisse d’assurance maladie allemande lorgne sur les données de fitness de ses assurés

Les caisses d’assurance maladie aimeraient se faire une idée précise de l’hygiène de vie et de l’état de santé de leurs assurés | GotCredit via Flickr CC License by

Les caisses d’assurance maladie aimeraient se faire une idée précise de l’hygiène de vie et de l’état de santé de leurs assurés | GotCredit via Flickr CC License by

Le président de la plus grande caisse d’assurance maladie publique allemande a déclaré qu’il comptait à l’avenir faire une plus grande utilisation des données personnelles des patients.

Nombre de pas effectués quotidiennement, nombre de calories brûlées, rythme cardiaque... Les bracelets connectés sont de précieux alliés pour ceux qui font attention à leur activité physique et à leur ligne. Toutes les données qu’ils collectent sur ceux qui les portent pourraient également être intéressantes pour les caisses d’assurance maladie, fait remarquer l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, car celles-ci leur permettraient de se faire une idée précise de l’hygiène de vie et de l’état de santé de leurs assurés:

«L’assuré vit-il de manière saine? Fait-il beaucoup de sport? Est-il en forme? Et par conséquent doit-il recevoir moins de prestations que les autres?»

Interviewé par le quotidien Süddeutsche Zeitung, Jens Baas, le président de la Techniker Krankenkasse, la plus grande caisse d’assurance maladie publique allemande[1], a déclaré qu’il comptait à l’avenir faire une plus grande utilisation des données personnelles des patients, et ce, notamment en intégrant les données récoltées par les bracelets connectés des assurés dans leur dossier médical numérique, de manière à ce que les caisses d’assurance maladie puissent les exploiter.

Dossier médical numérique

D’ici à 2018, toutes les personnes assurées en Allemagne, qui disposent actuellement d’une carte électronique semblable à la carte vitale française, se verront attribuer un dossier médical numérique dans lequel pourront par exemple être sauvegardées les radiographies et les analyses de sang. Les médecins pourront y accéder via la carte d’assuré électronique des patients.

Personne ne doit être obligé de publier des données aussi intimes que le rythme cardiaque, la vitesse en faisant du jogging ou la fréquence des entraînements au studio de fitness

Heiko Maas, ministre allemand de la Justice,  (SPD), dans une tribune publiée dans le quotidien Donaukurier

Bien que Jens Baas se défende dans l’entretien de vouloir obliger les assurés de la Techniker Krankenkasse de transmettre leurs données fitness, arguant que le patient «doit rester maître de son dossier médical» et qu’il est contre le fait de «lier les tarifs à un comportement soucieux de sa santé», cette annonce a de quoi effrayer les défenseurs de la vie privée:

«Les sceptiques craignent qu’un jour il n’y ait plus seulement des bonus qui récompensent un comportement exemplaire mais que les gens qui ont un mode de vie malsain ne puissent plus être assurés. Cela est possible chez les caisses d’assurance maladie privées. Mais, dans le cas des caisses d’assurance maladie publiques, le principe de solidarité l’interdit jusqu’à présent: cela signifie que chacun est accepté et que tous les assurés doivent prendre en charge ensemble les coûts de chacun.»

«Poubelle de données»

Plusieurs médecins allemands estiment pourtant que ces données de fitness sont sans valeur, fait remarquer la Süddeutsche Zeitung. Franz Bartmann, membre du directoire de la Chambre fédérale des médecins, en parle comme d’une «poubelle de données», rapporte le quotidien:

«La majorité des utilisateurs sont de jeunes gens performants qui la plupart du temps n’ont pas besoin d’aller chez le médecin.»

Lors du «Safer Internet Day», le 9 février 2016, le ministre allemand de la Justice, Heiko Maas (SPD), a publié une tribune dans le quotidien Donaukurier, dans laquelle il a fermement condamné l’utilisation des données collectées par les bracelets connectés par les caisses de maladie allemande, insistant sur le fait que personne «ne doit être obligé de publier des données aussi intimes que le rythme cardiaque, la vitesse en faisant du jogging ou la fréquence des entraînements au studio de fitness» et que les assurés «ne doivent en aucun cas être à la solde d’un algorithme».

1 — Il existe en Allemagne plus de 200 caisses d’assurances maladie publiques et privées. Retourner à l'article

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