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La Saint-Valentin n'est pas que la fête des amoureux, mais aussi des sondeurs

Un couple sur le Pont des arts à Paris, en 2011. AFP PHOTO/FRED DUFOUR.

Un couple sur le Pont des arts à Paris, en 2011. AFP PHOTO/FRED DUFOUR.

Des enquêtes sont menées sur l’amour, sur le sexe, sur la consommation, sur la politique et sur à peu près tout ce qui peut donner lieu à un communiqué de presse.

On dit que la Saint-Valentin est la fête de l’amour mais c’est faux: c’est avant tout le festival annuel des sondages. Sondages sur l’amour, sondages sur le couple, sondages sur le sexe, sondages sur la Saint-Valentin elle-même et sondages sur les cadeaux offerts à l’occasion de la Saint-Valentin... Quand on parle du 14 février comme d’une fête «commerciale», il convient donc d’inclure les instituts de sondages parmi ses bénéficiaires aux côtés des fleuristes, chocolatiers, restaurateurs et marques de lingerie.

Cette année, l’incontournable enquête valentine a été menée par OpinionWay pour le site Non Stop People sur la vision que les Valentins et Valentines ont de nos hommes et femmes politiques. On y apprend notamment que Marion Maréchal-Le Pen arrive en tête des personnalités avec qui les Français aimeraient passer la nuit de la Saint-Valentin (oui, la nuit, pas la soirée): elle est citée par 17% des sondés, devant Najat Vallaud-Belkacem (15%) et Emmanuel Macron (11%), chaque sondé pouvant donner trois réponses. François Hollande ne récolte qu'un décevant 2%. Quand on n'interroge que les hommes, le trio est composé de trois femmes, la députée du Vaucluse, la ministre de l'Éducation et Rachida Dati; en revanche, quand seules les femmes sont sondées, le trio est mixte, avec Macron, Manuel Valls et Christiane Taubira.

Autre sondage farfelu, le site A Vendre A Louer, par l’intermédiaire d’une enquête Harris Interactive, nous révèle lui que 23% des Français interrogés seraient prêts à inviter leur voisin ou leur voisine pour, disons, mieux faire connaissance.

Comportements sexuels et cadeaux

L’année dernière, c’était le site 1001 pharmacies qui publiait un mini-sondage (sur 300 internautes!) à propos de l’activité reine de la fête des amoureux: le sexe. Après tout, n’est-ce pas le seul cadeau qu’on puisse offrir à la personne qui nous est chère sans avoir à dépenser le moindre euro? Si une majorité (55%) affirmait alors qu’elle se plierait au rituel du cadeau de Saint-Valentin, près de 70% des Français interrogés (en gros deux cents personnes, quoi) assuraient qu’une activité sexuelle plus intense qu’à l’accoutumée marquerait leur célébration du 14 février.

C’est encore l’un de ces improbables sondages calendaires qui nous apprenait que la Normandie était «la région la plus “hot” de France» si on en croit la fréquence avec laquelle ses habitants font l’amour pendant leurs vacances... Un article des Inrockuptibles s’arrêtait en 2012 sur cette manie des sondages sur les comportements sexuels à l’occasion de la Saint-Valentin, particulièrement prisée des sites de rencontre, qui profitent de l’approche de cette fête excluante pour enrôler massivement les célibataires désespérés en leur proposant des offres d’abonnement.

Les sondages les moins surprenants concernent généralement les cadeaux les plus offerts pour la Saint-Valentin et leurs montants moyens. Il s’agit traditionnellement des sorties, des parfums, des fleurs et des bijoux. Signalons tout de même ces mystérieux 1% de Français interrogés par le magazine LSA en 2015 qui déclaraient offrir à leur moitié... de l’électroménager pour sceller leur amour.

La Saint-Valentin? Un truc d'homme mûr en couple non cohabitant artisan-commerçant sympathisant LR

Que nous apprennent d’autres sondages sur le profil social de ceux qui fêtent la Saint-Valentin? Un premier consensus émerge: la Saint-Valentin donne lieu à une célébration pour environ un Français sur deux ou, plus exactement, un peu plus d’un Français en couple sur deux. A noter, régulièrement, la présence mystérieuse, pour ne pas dire incompréhensible, d’une minorité conséquente de célibataires (plus de 15%) qui disent avoir l’intention de fêter la Saint-Valentin... Comment? Avec qui? Pourquoi? La science sondagière reste, pour le moment, muette sur ce phénomène désarçonnant.

Le sondage le plus complet sur les caractéristiques socio-démographiques des Valentins et Valentines a été réalisé en janvier 2014 par l’institut Ifop pour la marque de cadenas Master Lock (cadenas d’amour = Saint-Valentin). S’y dévoile le profil type du Français qui a la ferme intention de célébrer la fête des amoureux. Qui est-il? C’est un homme (50% avaient l’intention de fêter la Saint-Valentin, contre 43% pour les femmes), de 35-49 ans (54%, contre 45% pour les moins de 35 ans), en couple non cohabitant (72%, contre 55% des couples qui vivent sous le même toit), plus fréquemment artisan ou commerçant (58%, contre 50% des cadres et professions libérales, 48% des catégories populaires), plutôt provincial (47%, contre 44% des habitants de l’agglomération parisienne), sympathisant de l’ex-UMP (55%, contre 42% des sympathisants FN, et 47% des sympathisants de gauche).

Peu d'explications ont été apportées à cette présence majoritaire et contre-intuitive des hommes dans l'intention de fêter la Saint-Valentin: le sociologue spécialiste du couple Jean-Claude Kaufmann avançait cependant une piste dans Psychologies Magazine. Les hommes culpabilisent à l'approche de la Saint-Valentin et se feraient pardonner leurs comportements du reste de l'année en s'investissant financièrement et symboliquement dans ce rituel amoureux... «Comme une compensation symbolique, un grand rattrapage. Mais un rattrapage obligatoire.»

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