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Et si Obama refusait le prix?

Vendredi 9 Octobre 2009
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Le prix Nobel de la paix est attribué à Barack Obama, président en exercice des Etats-Unis, pour «ses efforts extraordinaires pour renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples.» Nous suivrons les réactions et publierons, via des liens, les articles, vidéos, commentaires, billets, qui nous semblent les plus pertinents. N'hésitez pas à nous envoyer vos liens et commentaires, en réaction, ou par mail à infos @ slate.fr

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Les articles de Slate sur la diplomatie du président américain:

Obama dans les pas de Kissinger, par Hubert Védrine

- La diplomatie de la poignée de mains, par Fred Kaplan

- Le pouvoir des idées, par Jean-Marie Colombani

- Obama contre ses généraux, par Ron Rosenbaum

- Obamania, par Etienne Augé

16H30: Les réactions s'enchaînent pour commenter le choix d'Obama comme Nobel de la paix. Nicolas Sarkozy a adressé ses «plus chaleureuses félicitations» à Barack Obama, et souligné: « [le jury] rend (...) justice à votre vision en faveur de la tolérance et du dialogue entre les Etats, les cultures et les civilisations. Il consacre, enfin, le retour de l'Amérique dans le cœur de tous les peuples du monde».

Dans le reste de l'Europe, Angela Merkel, José Luis Zapatero, Silvio Berlusconi et José Manuel Barroso se sont également félicités. Lech Walesa, Nobel de la Paix en 1983 et ancien président polonais a décrété «Qui, Obama ? Si vite? Trop vite ! Il n'a pas eu le temps de faire quoi que ce soit. Pour le moment il ne fait que proposer. (...) Parfois, le Comité Nobel donne son prix pour encourager une action responsable. Alors, donnons-lui une chance, à Obama".»

Le porte-parole des Talibans, Zabihullah Mujahid, a pour sa part déclaré: «Nous n'avons perçu aucun changement de stratégie pour la paix, il n'a rien fait pour la paix en Afghanistan, il n'a pas pris une seule mesure pour cela ou pour rendre le pays plus stable. Nous condamnons l'attribution du Nobel de la paix à Obama.» [Nouvelobs.com]

15h: Barack Obama aurait dû décliner le prix selon le blog Kausfiles. Il aurait obtenu la même gloire, aurait échappé à la question du narcissisme, montrant que tant d'honneurs, avant qu'il n'ait encore réalisé ce que les gens attendent de lui, le mettent mal à l'aise. Il économiserait aussi du temps à ne pas écrire un discours de remerciements. Le Nobel peut lui attirer bien des critiques, mais pas grand chose de positif: ce n'est pas comme si le Congrès allait passer la réforme de santé juste pour un Nobel. [kausfiles]

12H20: Certains estiment ce Nobel déplacé. L'avocat blogueur Maître Eolas déclare sur Twitter «C'est la 1re fois que le Nobel de la Paix est attribué à un chef d'État occupant militairement deux pays.»

12H15: Le politologue François Durpaire explique qu'il «s'agit ici d'un encouragement plutôt que la récompense d’un bilan. Il existe deux types de prix Nobel. Ceux qui encouragent une position, ceux qui récompensent une réalisation. Dans le cas présent, le comité a, de toute évidence, estimé qu'il s'agissait d'une chance historique de saluer une approche tout à fait nouvelle des relations internationales par les Etats-Unis, qui est le multilatéralisme.»  Le fait que les Etats-Unis soient actuellement en Afghanistan ne rendent pas la remise du prix contradictoire: Durpaire souligne: que «le Nobel n'est pas pour le pacifisme, ni pour que les Etats-Unis abandonnent l'Afghanistan aux talibans. C'est aussi une manière de dire qu'il faudra, à l'avenir, faire pencher la balance du côté de la paix, y compris en Afghanistan.» [20Minutes.fr]

11h42: Pour Pierre Haski, ce Nobel est prématuré. Barack Obama n'a pas encore conclu d'accord de paix, pas encore achevé de négociations qui lui vaudraient un Nobel. Henry Kissinger, rappelle Pierre Haski, «sans doute l'un des plus controversés prix Nobel de l'histoire», l'avait reçu pour les accords de paix mettant fin à des décennies de guerre au Vietnam. Yitzhak Rabin, Shimon Péres et Yasser Arafat, avait reçu le Nobel pour les Accords d'Oslo (1993) qui signifiaient alors la reconnaissance historique entre les deux peuples. [Rue 89]

11h37: Le choix d'Obama a surpris voire choqué les observateurs du prix parce que le président américain n'a été élu qu'en novembre dernier, il y a moins d'un an. Il n'a entamé son mandat qu'en Janvier 2010 et les nominations pour le Nobel s'achevaient en février. [LA Times]

11h22: «Le comité a attaché beaucoup d'importance à la vision et aux efforts d'Obama en vue d'un monde sans armes nucléaires», a déclaré le président Norvégien du comité Nobel, Thorbjoern Jagland. [Le Figaro]

11h15: Le comité norvégien avait à choisir cette année entre 205 candidats, un nombre sans précédent dans l'histoire plus que centenaire du prix, parmi lesquels aucun ne s'imposait clairement aux yeux des experts. [Nouvel Obs]

10h30: Avant la décision, Obama avait une cote de 14/1 chez le bookmaker britannique Paddy Power, loin derrière des personnalités comme l'Afghane Sima Samar (9/2) ou le militant chinois Hu Jia (6/1). [The Economist] Le prix Nobel de la paix récompense «la personnalité ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix» selon les volontés, définies par testament, d'Alfred Nobel.

 

Pourquoi le Nobel a été attribué à Obama: les explications de l'Académie.

«Le comité norvégien du prix Nobel a décidé que le prix Nobel pour 2009 serait remis au président Barack Obama pour ses efforts extraordinaires en vue de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples. Le Comité attache une importance particulière à la vision d'Obama d'un monde sans armes nucléaires et à son travail pour y parvenir.

En tant que président, Obama a créé un climat nouveau dans la politique internationale. Le multilatéralisme a retrouvé une position centrale, de même que les Nations Unies et d'autres institutions internationales. Le dialogue et les négociations sont désormais des instruments privilégiés dans la résolution des conflits internationaux, même les plus compliqués. La vision d'un monde débarrassé des armes nucléaires a stimulé avec force le désarmement et les négociations pour le contrôle des armes.

Grâce aux initiatives d'Obama, les Etats-Unis jouent maintenant un rôle plus constructif pour faire face au défi du réchauffement climatique auquel le monde est confronté. La démocratie et les droits de l'Homme en sortiront renforcés.

 

Attirer l'attention du monde et donner à ses habitants l'espoir d'un futur meilleur comme l'a fait Obama est une chose rare. Sa diplomatie est fondée sur l'idée que ceux qui dirigent le monde doivent le faire sur la base de valeurs partagées par la majeure partie de la population mondiale.

Pendant 108 ans, le comité du Nobel norvégien a justement cherché à stimuler cette politique internationale et cette manière d'agir dont Obama est aujourd'hui le porte-parole à l'échelle mondiale. Le comité soutient l'appel d'Obama: “Aujourd'hui il est temps pour nous tous de prendre notre part de responsabilité pour répondre aux défis mondiaux.”

Réactions et analyses à suivre toute la journée sur Slate.fr

Image de Une: Barack Obama lors de l'Assemblée générale des Nations Unies Mike Segar / Reuters

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Comments

Il ne sauvera pas le monde !

Déjà qu’Obama était condamné par les Américains à sauver les Etats Unis, notre nouveau messie est maintenant obligé d’instaurer la paix mondiale.

Je trouve fascinant ce besoin d’admiration qui touche toute la planète et tous les niveaux sociaux. Notre monde est dur, froid, immorale et courre à sa perte, nous attendions un sauveur et le voilà.

Je ne dis pas qu’Obama n’est pas un symbole fort, bien au contraire ! Il représente une ouverture et un renouveau sans précédant dans la politique des Etats Unis. Et encore mieux, il semble prêt à concrétiser ce qu’il à promis. (Et je ne parle ici que de sa politique étrangère)

Il est juste très étonnant de le voir récompensé avant qu’il n’ait eu le temps d’appliquer sa politique et que l’on puisse juger du résultat. Récompense t on un physicien pour sa recherche ou pour sa découverte ?

Je saurais curieux de voir la tête du comité de Nobel dans 3 ou 7 ans quand ils se rendront compte que le terrorisme existera toujours, le Moyen-Orient sera toujours une poudrière et que les Etats Unis règneront toujours en tant que super puissance. Demanderont-ils à Obama : Pourquoi ne pas nous avoir sauvé ?

Je souhaite néanmoins qu’il réussisse, ou à défauts qu’il améliore les choses. Avec ce Nobel, il aura certainement plus de poids pour faire avancer sa politique.

L'homme est un loup pour l'homme...

Qu'on le congratule ou pas, on ne peut pas nier que ce prix Nobel accentue la pression supportée par Obama depuis son élection. Pour ma part, je le trouve tout à fait justifié, non pas parce que le président est le dirigeant de la première puissance mondiale, bénéficiant ainsi d'un leadership international naturel, mais parce qu'il a montré son engagement dans les grands enjeux internationaux : apaisement des relations diplomatiques avec une grande partie des pays mis au ban de la société internationale par son prédécesseur, démilitarisation, dénucléarisation, résolution du conflit au Moyen-Orient, responsabilisation des hommes politiques, réchauffement climatique, main tendue (Iran, discours du Caire et au Ghana).
Alors bien sûr, les États-Unis sont les acteurs principaux des deux guerres ouvertes les plus importantes (ou du moins les plus médiatiques) du moment : Obama s'est prononcé contre l'une, il n'a pas décidé de l'engager et a tenu à sa parole en mettant en pratique ses promesses de retrait; quant à l'autre, elle sera sûrement pour lui une épine tout au long de son mandat, mais dans l'état actuel des choses, ce serait mentir que de promettre un retrait des troupes, et le fait de supporter, de mener cette guerre montre qu'il assume ses responsabilités. Le président américain montre qu'il a pris la mesure de sa fonction, ne cède pas à la facilité en se retirant d'un bourbier dont il a conscience que c'est son pays qui l'a créé.
Pourquoi attendre qu'il signe un traité pour le récompenser? Le traité est-il la preuve que l'on a agit effectivement pour la paix dans le monde? Porte-t'-il en lui-même la preuve de son application? Devrait-on alors retirer ou contester le prix Nobel de la Paix à Yasser Arafat, Bill Clinton et Yitzhak Rabin parce que les accords d'Oslo n'ont pas été respectés par ceux qui les ont suivis? Non, parce qu'on a récompensé leurs actions du moment, leur courage politique, alors que la situation sur le terrain n'a pas du tout changé. Xian, ces accords datent de 1993 : 16 ans après, je ne pense pas que le comité Nobel regrette sa décision. Devrait on aussi juger les autres prétendants au prix déméritants parce qu'ils n'ont pas obtenu de résultats sur le terrain? Sima Samar (militante afghane des droits de l'homme), Morgan Tsvangiraï (premier ministre de de Robert Mugabe, dictateur zimbabwéen, son adversaire politique), Ben Talal (qui prône le dialogue entre religions), et je ne peut pas tous les citer puisqu'ils sont 205, ne mériteraient-ils pas que l'on récompense leur courage et leurs actions parce que les droits de l'homme sont encore bafoués en Afghanistan, que le régime zimbabwéen continue à opprimer et à laisser mourir son peuple, et que les religions se déchirent encore?
Alors bien sûr, Obama ne sera pas notre sauveur, il ne peut le faire et ce n'est absolument pas son rôle. On ne voit pas la fin du conflit israélo-palestinien, l'Afghanistan prend des allures de Viêt-nam, les luttes raciales continuent dans une clandestinité relative, le Nigéria est en feu, on ne sait sur quel pied danser avec l'Iran, certains pays d'Amérique latine prennent un dangereux virage dictatorial. Aujourd'hui, voilà son action : de par sa position et grâce à sa politique internationale, il véhicule des idées qui méritent d'être écoutées, d'être appliquées. Mais il ne détient pas le pouvoir de ramener la paix dans le monde, avec toute la bonne volonté et tous les traités qu'il pourra signer, il ne pourra pas désamorcer seul des conflits complexes, dont n'ont pas l'air finalement de vouloir sortir les principaux protagonistes.
Alors parce que l'action d'un homme ne saurait venir à bout des luttes intestines qui dévorent les peuples, parce que nous faisons l'expérience d'une réalité très imparfaite, faudrait-il supprimer le prix Nobel de la paix, en n'encourageant plus ceux qui ajoutent une pierre à un édifice qu'ils n'ont pas fragilisé?
Barack Obama mène de front plusieurs problèmes internationaux. Peut-être est-ce une mauvaise stratégie, peut-être qu'il n'arrivera pas les régler lui-même. Mais il ouvre la voie à un processus de paix qui ne s'achèvera sûrement que bien longtemps après notre départ... Pourquoi reconnaître uniquement les grands hommes à titre posthume?

Lilia

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