France

Quand François Hollande écrivait que le remaniement «ne répond que rarement aux aspirations des Français»

Temps de lecture : 3 min

Un jugement qu'exprimait alors le futur candidat à la primaire socialiste sur le dernier mouvement d'ampleur du quinquennat Sarkozy.

François Hollande, le 15 septembre 2014. ALAIN JOCARD/AFP.
François Hollande, le 15 septembre 2014. ALAIN JOCARD/AFP.

«La Ve République a ses rites et ses usages. Le remaniement en est un. Il suscite des attentes souvent déçues et des commentaires toujours nombreux. Il ne répond que rarement aux aspirations des Français, mais il marque des inflexions politiques.»

Celui qui s'exprimait ainsi, dans une tribune publiée par Slate le 15 novembre 2010, s'appelle François Hollande. Il n'était plus, à l'époque, «que» l'ancien premier secrétaire du PS et probable candidat à l'investiture socialiste pour la présidentielle 2012. Un peu plus de cinq ans plus tard, François Hollande vient à son tour d'opérer, ce jeudi 11 février, ce qui sera sans doute le dernier remaniement d'ampleur de son quinquennat.

Un remaniement dont il a estimé, lors d'une interview au 20 heures de France 2, qu'il permettait la formation d'un gouvernement «élargi» et «cohérent». Un remaniement qui marque, lui aussi, une «inflexion politique» (mais pas un changement de ligne), avec notamment le retour au gouvernement d'un mouvement écologiste profondément divisé mais qui se voit attribuer trois portefeuilles (Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili et Emmanuelle Cosse) ainsi que la promesse d'un référendum local à l'automne sur le projet très contesté d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Un remaniement qui voit, lui aussi, le retour au gouvernement d'un «baron» au Quai d'Orsay à l'approche d'une campagne présidentielle, avec Jean-Marc Ayrault dans le rôle occupé par Alain Juppé en novembre 2010 –raffinement supplémentaire, ledit Jean-Marc Ayrault se retrouve placé sous les ordres d'un de ses propres ministres qui lui avait succédé, Manuel Valls.

La droite aura beau jeu –elle a déjà commencé– de noter la tentative hollandiste de raccommoder le consensus, en faisant cohabiter deux anciens rivaux ou en faisant entrer au gouvernement une députée, Hélène Geoffroy, qui a voté contre la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité.

En revanche, les «frondeurs» de l'aile gauche du PS sont beaucoup moins bien servis, ce qu'ils n'ont pas manqué de noter.

Par ailleurs (souci d'équilibre?), le retour au gouvernement de l'ancien rival de Manuel Valls se double d'une légère «rétrogradation» dans l'ordre protocolaire d'un autre de ses rivaux avec qui il s'est accroché récemment, Emmanuel Macron, qui n'obtient pas non plus un «grand Bercy», Michel Sapin restant ministre des Finances et des Comptes publics.

«Après le resserrement de mars et août 2014 autour d'une ligne très hollando-vallsiste, social-démocrate voire social-libérale, le gouvernement s'élargit de nouveau avec le retour des écologistes et le renforcement des radicaux de gauche», note Le Nouvel Observateur. Cela n'était pas le cas fin 2010, où on constatait un rétrécissement plutôt qu'un élargissement, avec notamment le départ du gouvernement de deux têtes d'affiche centristes, Hervé Morin et surtout Jean-Louis Borloo, qui avait un temps fait figure de possible successeur de François Fillon à Matignon, et celui des dernières têtes d'affiche de l'ouverture, Bernard Kouchner et Fadela Amara. À l'époque, il s'agissait de former un gouvernement de premier tour bien ancré à droite, resserré autour de l'ex-RPR; aujourd'hui, il s'agit de former un autre genre de gouvernement de premier tour en ancrant autour du président des composantes de gauche (écologistes «gouvernementaux», radicaux) prêtes à faire un bout de chemin avec François Hollande. Et ce alors que montent chez certains dans ce même camp, comme les «frondeurs» ou Cécile Duflot, la demande d'une primaire à gauche sur laquelle il n'a pas exprimé ses intentions ce jeudi soir.

La parole, encore, au François Hollande de novembre 2010 –pas pour faire de ce dernier remaniement un équivalent (ce n'est pas le cas) de celui d'il y a cinq ans, mais pour esquisser l'impression d'essoufflement que laissent, quasi-inévitablement, ces mouvements de fin de mandat, quand a pâli l'étoile des personnalités marquantes des premiers mois:

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«Contrairement aux apparences, ce remaniement n’est pas en rupture avec les cycles des mandats des prédécesseurs de Nicolas Sarkozy. Lesquels ont toujours commencé avec des gouvernements clinquants et fini avec des équipes rétrécies au cercle étroit des fidèles. [...] Ce n’est pas un gouvernement qui a été formé, c’est une équipe de campagne avec, reconnaissons-le, des professionnels, des personnalités rompues depuis des années à l’exercice des fonctions ministérielles.»

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