Partager cet article

Pourquoi le mème «Bernie vs Hillary» est accusé de sexisme

Obvious Plant Tumblr.

Obvious Plant Tumblr.

En l'espace de deux semaines, ce mème autour des candidats à la primaire démocrate a déclenché pas mal de rires et de réactions exaspérées.

Simple et efficace. Voilà comment Amanda Hess résume sur Slate.com le dernier mème de la campagne présidentielle américaine. Il s’appelle «Bernie ou Hillary» (ou «Bernie vs. Hillary») et met face à face les réponses des deux candidats démocrates sur un sujet donné:

«Bernie ou Hillary. Soyez informés. Comparez-les sur les enjeux importants.

Enjeu: Harry Potter

Sanders: “Je suis un énorme fan. J’ai lu tous les livres. Je connais tout. Je parie qu’Hillary ne sait même pas ce qu’est un moldu.”

Clinton: “Je suis une Piffsufle!”»

Tout a commencé avec ce post sur Tumblr, le 28 janvier. 43.000 likes et reblogs plus tard, le mème a migré sur reddit, Twitter, puis Facebook, où un groupe a fini de le populariser.

Stéréotypes insidieux

Comme le raconte NPR, «au premier abord, cela semble très drôle. Une série de fausses affiches de campagnes avec des citations inventées du sénateur du Vermont, Bernie Sanders, et de l’ancienne secrétaire d’État, Hillary Clinton, sur des sujets aussi variés que le sommeil (qui le dépeint comme un homme énergique et elle comme un robot), Harry Potter ou les loups. Et on ne peut pas s’empêcher de rire à certains».

Il est vrai que, ainsi que le souligne Slate.com, Hillary Clinton donne parfois l’impression de trop essayer de donner l’image de quelqu’un de cool. Une image qui apparaît finalement bien trop fabriquée et contrôlée pour être réelle.

De son côté, Bernie Sanders est un peu le grand-père grognon, qui refuse de s’abaisser à des débats insignifiants. «Ce comportement fait partie de son charme. La blague qui est au cœur de ce mème consiste à retranscrire la passion et l’expertise de Sanders dans des débats sur l’inégalité économique dans des débats culturels insignifiants, sur lesquels il ne s’exprimerait jamais.»

Et l’on découvre que Sanders préférerait le meilleur couplet de Nicki Minaj au morceau le plus connu d’Iggy Azalea:

Ou qu’il livrerait une analyse pointue sur le dernier album de Carly Rae Jepsen, quand Clinton se contenterait de son titre le plus connu:

Mais le problème de ce mème, rapporte NPR, c’est que, pour certains, «il joue sur les stéréotypes insidieux sur les femmes: elles ne savent pas être drôles, elles sont calculatrices, coincées, et intrinsèquement désagréables».

«Punchline sexiste»

Slate souligne que, dans ce mème, Bernie Sanders est à la pointe dans les sous-cultures largement masculines: «l’anime, Tony Hawk et le skateboard, Star Wars, Pokemon, la PlayStation, les jeux vidéo en général, les FPS...»

Idiot Nerd Girl | via Know Your Meme

Pour un journaliste de Houston Press, dans certains cas, il ressemble étrangement à Idiot Nerd Girl, un mème qui était apparu en 2010, qui laissait penser que les femmes font semblant de s’intéresser à la culture nerd pour être cool:

«Ces mèmes sont la dernière expression de cette idée, et ils utilisent celle qui est probablement la femme la plus connue d’Amérique en ce moment pour leur punchline sexiste. Ne vous trompez pas, la seule raison pour laquelle les gens rient de ces mèmes, c’est le sexisme. C’est la seule chose qui rend cette blague drôle. Est-ce que ce serait vraiment marrant, si l’on ne vivait pas dans une société qui dépeint constamment les femmes comme des êtres incapables et dépassés quand il s’agit de gérer des “trucs d’hommes”? Parce qu’autrement c’est juste une personne un peu perdue devant des films et de la musique et cela n’a rien de très remarquable.» 

 

Le sexisme d’une partie des soutiens de Bernie Sanders est d’ailleurs un sujet très sensible, même si, comme le notait récemment Amanda Hess, il a pris une ampleur beaucoup plus large qu’il ne l’aurait dû; un avis partagé par Glenn Greenwald, le journaliste à l’origine des révélations Snowden. Quant aux soutiens d’Hillary Clinton, ils ne valent parfois pas vraiment mieux.

De son côté, le créateur de Bernie vs Hillary s’est défendu de tout sexisme dans un mail envoyé à la radio publique américaine:

«Le but de ce post est de se moquer des manies de Bernie et d’Hillary. Croyez-moi, si Bernie avait essayé de danser le Nae Nae chez Ellen Degeneres, je me moquerais de lui parce qu’il essaierait trop d’être dans le coup. Ce n’est pas un commentaire sur les femmes en général, c’est juste un commentaire sur Hillary Clinton.»

«Mème réducteur»

Sur Paste, Shane Ryan s’en prend à ceux qui s’abritent derrière l’excuse du sexisme pour ne pas voir ce que les gens critiquent avec ce mème:

«On parle de personnalité, d’authenticité. On ne parle pas de genre, peu importe ce que ces gens veulent croire. Jeb Bush se prend les mêmes critiques chez les Républicains, parce qu’il est vu comme quelqu’un qui n’est pas authentique et bizarre dans des situations qui n’étaient pas prévues. La seule raison pour laquelle on s’en prend moins à lui, c’est parce que sa campagne fait déjà un gros bide.»

Après une sixième place dans l’Iowa, Jeb Bush a fini quatrième dans le New Hampshire, où il a dépensé plus de 1.000 dollars par voix, soit trente fois plus que Trump.

Reste que, comme le souligne Annie Zaleski sur Salon, on peut ne pas apprécier les idées d’Hillary Clinton, ou la façon dont elle essaie de paraître dans le coup, mais dire qu’elle n’y connaît rien sur ses dossiers n’est pas vraiment le bon angle d’attaque:

«Faire passer Clinton pour une personne ignorante et incapable est exaspérant parce que c’est symptomatique d’un sale sous-entendu de cette édition 2016: une femme puissante et intelligente doit être remise à sa place simplement parce qu’elle existe. Les femmes ne devraient pas soutenir Clinton uniquement par solidarité féminine. Cependant, les désaccords sur ses politiques et son programme ne devraient pas directement glisser vers les attaques personnelles ou amener les gens à s’en prendre à son intelligence. Réduire constamment Clinton à une caricature de robot ou à un mème réducteur met en évidence ce sentiment généralisé et persistant qui laisse penser que les femmes sont des citoyens de seconde zone, dont les opinions n’ont aucune importance.»

Quant au mème en tant que tel, on va probablement vite passer à autre chose. Sur Twitter et Facebook, on cherche désormais à savoir quelle marque de thé convient le mieux à l’un et à l’autre, ou qui est Android et qui est Apple.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte